Hadi Zeidan, conteur nostalgique et électronique de Beyrouth

Hadi Zeidan
Crédits : DR

Arrivé en France à 17 ans, le producteur franco-libanais Hadi-Zeidan nous emmène danser au rythme de sonorités qui marient à la fois ses origines et ses influences électroniques. Il nous raconte comment s’est construite son identité artistique. Rencontre.

Une enfance au Liban. Des études en France. D’où vient ta sensibilité pour la musique électronique ?
Je suis né, j’ai grandi à Beyrouth, au Liban jusqu’à mes 17 ans. Je chantais en anglais et en arabe dans les bars le soir à Beyrouth. Mon plus beau voyage c’était de venir en France, à Montpellier pour poursuivre une double licence en langues appliquées et en histoire. C’était la vie étudiante et j’ai découvert les soirées électro. Quand on fume, quand on prend de la MDMA, on découvre des dimensions parallèles. C’est une période qu’il faut vivre et qui permet de développer une sensibilité pour certaines formes d’art. La musique électronique est propre à notre génération puisqu’elle s’est démocratisée. Maintenant, tout le monde a un ordinateur et chacun possède une autre sensibilité à la musique. On recherche le son, ce qu’il peut nous faire.

J’ai donc essayé de mélanger tout ça avec mon iPad. J’avais une application, je branchais ma guitare dessus et je mettais des effets. J’ai expérimenté et j’ai voulu monter un vrai projet avec une identité qui me ressemble, très intime. Il y a 2 ans, c’était le projet Paris- Beyrouth -Damas, une performance électro-arabique lancée à Paris. Et voilà, j’ai trouvé ma patte comme ça !

Tu parles d’une période qu’il faut vivre…
Quand on est à l’université entre amis, il faut vivre une vie d’étudiant. Ce n’est pas juste aller à la fac, suivre ses cours, passer les examens. Pour moi, il y a plusieurs paramètres. J’ai quitté Beyrouth à 17 ans et donc j’étais dans un nouveau monde. J’ai aussi quitté mon adolescence à 17 ans et là encore c’était un nouveau monde. J’ai quitté ma famille et pareil, j’étais dans un nouveau cercle. Et donc, tout cela, s’est accompagné d’une sensibilité à ce que j’aime et à ce que je n’aime pas. Ça m’a permis de découvrir que j’ai à la fois une nostalgie pour mes origines arabes et une ouverture pour de nouveaux genres musicaux.

Il y a beaucoup de consonances orientales dans tes musiques. Comment choisis-tu les thèmes pour celles-ci?
C’est souvent lié à une période pendant laquelle j’écoute un genre musical. Par exemple, pour mon nouvel album « Taksim Analog », je collectionnais l’an dernier beaucoup de vinyles des années 80 du Liban. J’ai découvert que la plupart des titres étaient composés par Elias Rahbani. J’étais vraiment fou de cet artiste ! Et je me suis dit, lui, il a fait quelque chose de très intelligent dans les années 60-70 jusqu’aux années 90. Il était contemporain et a toujours gardé la patte de la musique libanaise grâce à des gammes orientales ou à des instruments.

Pourrais-tu qualifier ta musique de musique engagée ?
Non pas du tout. Alors bien sûr il y a toujours une idée derrière une entreprise musicale. Il y a un message qui va passer. Le mien, il est très simple et transparent. On le voit dans tous les projets que j’entreprends. J’essaye de nourrir la mémoire collective et de rappeler l’âge d’or de la musique arabe. C’est vraiment intime et c’est quelque chose que j’ai envie de faire.

Tu te considères comme un conteur. Pourquoi cette appellation ?
Au Liban, il y a la culture du « storytelling ». Il y a une culture du conte dans le monde arabe. A Beyrouth surtout c’était un métier d’être conteur. C’est omniprésent dans mon éducation. Le conteur était un métier honorable car c’est quelqu’un qui connaît la littérature et qui va d’école en école, de quartier en quartier pour raconter une histoire. C’est une tradition très ancienne. Son idée évidemment est de transmettre une leçon, une morale, une histoire.

Tu parles beaucoup de l’âge d’or du monde arabe. Pourquoi cette période est-elle importante pour toi ?
Il faut savoir que je suis né dans la période de l’après-guerre, après la guerre civile. De 1990 à 2005, on n’a jamais parlé de la guerre, un sujet tabou au Liban. On n’a jamais transmis cette période aux générations de l’après-guerre. Il n’y a pas eu une vraie évolution organique dans la société libanaise, dans sa culture et dans son expression artistique. Tout mon travail, c’est de ne pas être amnésique de cette période.

L’électro arabe, c’est la réconciliation de deux mondes ?
Nous, notre génération, on se doit d’essayer de fusionner des genres musicaux et des formes d’art différents. Je ne suis pas un bon musicien, ni un bon graphiste designer mais en mariant les deux, je peux entreprendre un projet qui est intime et qui me ressemble. Voilà ce que je fais et pourquoi ça parle aux gens. Je raconte des histoires avec mes musiques.

Le site internet de Hadi Zeidan


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