Noah, 11 ans, autiste asperger et pianiste

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Apprendre à jouer du piano aux enfants autistes c’est le pari de l’association Apte-Autisme. Noah, un élève, suit ces cours de musique. Nous l’avons rencontré. 

Paris 15ème, 10h45. Noah, autiste asperger, commence sa leçon hebdomadaire de piano chez Françoise Dorocq, la fondatrice d’Apte-Autisme, et son enseignante de piano. “Même Mozart ne peut pas faire mieux !” lance le garçon de 11 ans. Pour lui, il n’y a pas de pianiste meilleur que les autres : chacun à sa façon de jouer. Les lunettes sur le nez, le dos droit, l’enfant attaque sa leçon par des petits exercices d’échauffement.

Les notes sont jouées de la main droite, puis à gauche. Avoir conscience de soi, de son corps, n’est pas chose aisée pour les personnes autistes. La mère de Noah, Déborah, raconte par exemple que son fils peut avoir du mal à faire ses lacets. Pour cela, Françoise Dorocq explique qu’il faut beaucoup de travail pour que ses élèves jouent simultanément de leurs deux mains. C’est le prochain exercice de Noah : la binarité. Il entame le morceau “Gazouillis d’oiseau”. Le regard pivotant entre la feuille, où les notes de musiques sont notées, et les touches du piano, Noah a du mal à enchainer. Patiente, Mme Dorocq lui fait reprendre l’exercice, et lui montre doucement où poser ses doigts. Nullement déconcerté, le jeune garçon rejoue le morceau jusqu’à être satisfait de ce qu’il entend. L’air rieur, il ajoute : “Au moins vous ne payez pas le ticket de spectacle !”.

Derrière l’instrument on ne voit plus les différences

Le bonhomme est loin d’être intimidé par un public. Grâce à Apte-Autisme, Noah, tout juste rentré en classe de 6ème, donne des concerts dans des théâtres partenaires. Comme lui, plusieurs élèves de l’association se produisent dans des lieux tels que le théâtre du Ranelagh (Paris 16ème). Françoise Dorocq explique que “derrière l’instrument on ne voit plus les différences”. Diplômée en psychologie, cette enseignante se dit toujours autant émue de voir ses élèves monter sur scène.

L’un des traits de l’autisme, c’est la difficulté pour les personnes qui en souffrent de ressentir certaines émotions. Mais le fait de jouer sur une scène devant un public fait éclore un sentiment. Noah l’affirme, “c’est le trac”. Après une montée d’adrénaline, le jeune garçon ne ressent plus que du plaisir en jouant. Son enseignante qui a écrit un ouvrage sur le sujet, Autisme et Musique, indique qu’il est plus simple pour les autistes de communiquer avec la musique, qu’avec des mots. Mais des difficultés existent selon les types d’autisme. Un élève atteint d’autisme de Kanner (autisme sévère) a plus de difficulté qu’un autiste asperger à s’adonner à ces leçons de piano.

Noah et ses parents. Beaucoup d’amour dans cette photo. Crédits : DR

Malgré son âge, l’enfant est très mature en ce qui concerne la discrimination dont il est sujet. Noah se dit “triste” de la réaction de certaines personnes face à cette maladie. Le problème, selon lui, est l’ignorance de ce qu’est réellement l’autisme. Du haut de ses 11 ans Noah déclare : “Handicapés ou pas, on s’en fout : on est tous pareil”.

Originaire de Saint Denis, sa famille cherche à installer un piano chez eux afin que Noah puisse s’exercer quand il veut. Le garçon n’est pas certain d’y prendre autant de plaisir que lorsqu’il joue sous la tutelle de son professeur. Ses projets pour l’avenir ? “Faire de la guitare, ou peut-être apprendre à jouer du synthétiseur” répond l’intéressé.


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