28 jours, le documentaire qui met fin à la loi du silence autour des règles

28 jours menstruations
Crédits : Capture écran Youtube

La réalisatrice Angèle Marrey sort demain un chouette documentaire, 28 jours. Ce dernier entend bien briser les tabous autour des menstruations féminines.

Mercredi 24 octobre, 18 heures, nous retrouvons Angèle Marrey dans un café. Jeune femme de 22 ans, Angèle est la réalisatrice de 28 Jours, documentaire qu’elle a entamé en juillet 2017 avec Myriam Attia et Justine Courtot. Sortant de sa dernière nuit de montage, la documentariste est ballotée entre soulagement, excitation et appréhension de confronter ce film au regard du public. Elle vient de vivre intensément 400 jours de travail consacrés à ce premier projet et reprend petit à petit ses marques dans le quotidien.

C’est d’ailleurs de son quotidien qu’est tirée l’idée de 28 jours. Travaillant avec Myriam et Justine dans le même média, les jeunes femmes prennent conscience lors d’une conférence de rédaction que parler de leurs règles avec leurs collègues n’a rien de naturel. Au contraire, dès que l’une d’entre elles tente d’exprimer son mal-être, elle s’entend automatiquement répondre : « C’est dégueu, on n’a pas envie de savoir ça ! ». 

Cette violence verbale, devenue tristement banale, crée chez les trois collègues un électrochoc, une révélation qui sera le point de départ de ce vaste projet de documentaire autour des menstruations féminines, cette réalité vécue par toutes les femmes et pourtant (partiellement) ignorée de l’ensemble de la société. Le constat est simple : au 21ème siècle encore, il ne faut pas parler des règles. Ce silence s’impose à toutes les femmes, quel que soit leur âge, leur origine ethnique ou leur milieu social.

L’art comme moyen d’ouvrir les yeux de la société

Réaliser un documentaire sur les règles n’a rien de simple comme nous le confie Angèle :
« Parler de la féminité en général c’est compliqué, alors parler des règles ça l’est encore plus. On est obligés d’en parler de façon détournée, car on ne peut pas ramener les gens directement dans notre culotte ». La jeune femme voit dans l’art, et dans la forme documentaire, une façon de rendre audible le sujet des menstruations aux yeux de la société dans son ensemble. Pourtant, Angèle reconnaît que faire parler les intervenants n’a pas toujours été simple, notamment les jeunes filles : « Quand on vous dit depuis l’enfance de garder ce sujet pour vous, ce n’est pas évident de se mettre à en parler, surtout devant une caméra ».

Le plus gros risque serait, selon elle, de réduire le dialogue sur les règles à un acte féministe et d’en faire ainsi un sujet clivant, laissant ainsi une partie de la population continuer à détourner le regard. « Je ne pense pas que le documentaire soit féministe, on parle d’un sujet catégorisé comme féministe mais pour moi ce n’est pas du féminisme. À mon sens, les menstruations sont un savoir, on ne revendique rien, on dit juste que ce sujet n’est pas assez traité », dit-elle.

28 Jours mélange les formats et fait voyager la parole pour pouvoir en dire le plus possible sur ce sujet : des interviews d’artistes (l’actrice Noémie de Lattre, la journaliste et autrice Élise Thiébaut par exemple), de spécialistes de la santé, ou simplement de citoyens, hommes et femmes – mais aussi des images de films, des collages sur voix off. La multiplicité et la richesse des images permettent ainsi de donner d’autant plus de relief à l’universalité de ce tabou tout en créant une œuvre qui, loin du document scientifique, s’adresse à toutes et à tous.

L’urgence de mettre des mots sur les maux

28 Jours se veut avant tout un documentaire pédagogique qui met en garde contre cette loi du silence maintenant les femmes dans une méconnaissance de leur propre corps. « Plus on a fait d’interviews, plus on s’est rendu compte du nombre de filles souffrant de règles douloureuses ou de maladies ovariennes, ovaires polykystiques ou endométriose. Elles n’étaient pas prises en charge, parfois elles ne savaient même pas qu’elles étaient malades et refusaient d’aller voir un gynéco par peur de la maladie ou peur du gynéco », affirme Angèle Marrey. Beaucoup de jeunes femmes révèlent ainsi avoir connu une mauvaise expérience médicale et avoir arrêté dès lors de consulter.

28 Jours nous rappelle qu’elles sont toujours plus nombreuses aujourd’hui à subir ces maux sur lesquels la médecine commence à peine à se pencher, mettant en cause notamment le rôle des perturbateurs endocriniens qui nous entourent pourtant. L’esthétique documentaire permet à 28 Jours de naviguer de témoignage en témoignage, en parvenant à sensibiliser et alerter sur la nécessité de parler de ces douleurs, tout en cherchant à montrer que le sujet des règles est un domaine où chacun a besoin de s’informer mais surtout besoin de s’exprimer.

Faire exister celles dont on ne doit pas prononcer le nom

L’utilisation de tout temps de métaphores toujours plus inventives pour désigner les règles révèle une volonté farouche de nier leur existence. Si l’on n’en parle pas, elles n’existent pas. Il s’agit pourtant d’une réalité pour 52% de la population française. Si ces représentations ont été intériorisées par beaucoup de femmes, il n’en reste pas moins que la société participe grandement à leur construction. « Tant que la publicité continuera de montrer du liquide bleu sur les serviettes et de montrer des filles qui font du sport, on continuera d’occulter ce que sont les règles ».

Le choix de la couleur bleu, couleur édulcorée, est très explicite de ce point de vue et montre bien à quel point la représentation même des menstruations reste tabou. Absentes dans les cours d’éducation sexuelle, souvent tues dans les familles, déformées dans la publicité et longtemps ignorées du milieu médical, les menstruations sont une réalité partagée encore vécue dans la solitude.

Mettre fin à cette dé(con)struction identitaire

Étape marquant le passage de l’enfance à la vie adulte, les règles témoignent pourtant un moment de façonnement identitaire important chez les jeunes femmes. Continuer de cacher les menstruations féminines aux yeux de la société c’est ainsi faire comprendre aux jeunes filles qu’être une femme ne doit pas se revendiquer, au contraire, cela se fait dans la honte et le secret. « Parler des menstruations, c’est aussi permettre à chaque jeune fille, à 12 – 13 ans de mieux vivre sa nouvelle identité de faire, de la revendiquer et de ne pas immédiatement se voir socialement dominée ».

Angèle en est convaincue, parler des règles et en entendre parler est la meilleure arme pour combattre ce tabou millénaire. Elle aimerait que 28 jours servent à sensibiliser, alarmer, dédramatiser les sujet des règles pour simplement redonner à cette réalité une place aussi importante dans le débat que celle qu’elle occupe dans la vie quotidienne des femmes.


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