Fatoumata Diawara : « La musique, c’est ce que j’ai envie de dire en tant que femme »

Fatoumata Diawara musique
Crédits : Aida Muluneh / Wagram

7 années après l’exceptionnel Fatou, album d’introspection bouleversant, l’artiste malienne Fatoumata Diawara revient avec un nouvel opus, Fenfo. L’occasion de rencontrer une femme pour qui le temps qui passe est un motif d’engagement. 

Quel pont feriez-vous entre votre petite carrière au cinéma et la musique ?
C’est vrai que j’ai commencée par le cinéma, dès l’âge de 14 ans. Je me suis découverte à travers cet art. Ce qui est intéressant, c’est d’explorer des personnages que tu ne connais pas, et d’apprendre à en endosser le costume. Tu peux décider d’être une vendeuse d’arachide, une prostituée, une danseuse, alors que tu n’es rien de tout ça. J’aimais beaucoup cette idée de transformer son être, de s’adapter à un personnage. Mais la musique, c’est ma pensée. Elle est mon âme, elle est ce que j’ai envie de dire en tant que femme. Le pont entre la musique et le cinéma, c’est moi.

La musique a une part de tristesse

N’y a-t-il pas, dans vos rôles au cinéma, cette volonté de vous explorer totalement ?
Oui. Le personnage de Karaba la sorcière (son rôle dans la comédie musicale “Kirikou et Karaba” interprété par Fatoumata Diawara en 2007, ndlr) qui m’a rapidement dominée. Elle était plus forte que moi. Je me préparais constamment à l’affronter. C’était assez dur d’être elle parfois, car elle « existait » mentalement. Mais comme j’aime les challenges, ça ne me dérangeait pas. Mon rôle dans le film Timbuktu m’a aussi beaucoup touchée. Chanter et pleurer en même temps, ce n’est pas tous les jours qu’on peut le faire, même si je l’ai beaucoup fait enfant.

La musique est-elle triste par essence ?
Effectivement, elle a une part de tristesse. Il revient à l’artiste de la transformer en une note positive si il veut. Tout dépend du moment de ta vie. Une chanson d’amour peut être triste par exemple. Quand tu as envie de parler d’une histoire, les gens entendront ta tristesse à partir du moment où tu as vécu quelque chose de fort. Le mot « joie », si il est dit par un chanteur qui, au fond de lui, ne ressent rien de positif, te permettra d’écouter sa tristesse. C’est nous qui faisons résonner les mots, nous avons ce pouvoir. Moi, je mélange la joie et la tristesse : ça donne le blues.

Est-ce qu’on a pu ressentir ce que vous venez de dire dans votre précédent album, Fatou ?
Oui. Je n’ai pas voulu cacher ce que mon âme vivait à l’époque de ma vie où j’interprétais Fatou. Je me battais pour avoir des musiciens qui pouvaient me comprendre et m’accepter comme j’étais. C’était dur d’être moi-même, de trouver ma voie, mon chemin, d’oser prendre une guitare et de m’exprimer sans soutien. Cet album a été réalisé à une période très compliquée de ma vie, je pense que ça s’entend. J’avais 26 ans, je me battais avec mon passé. J’avais en face de moi des acteurs de la musique qui voulaient me façonner. Je voulais sortir de tout ça. Il y a de la mélancolie dans cet album, mais aussi des musiques positives comme Bakonoba, qui lutte contre la grossophobie.

On ne peut jamais effacer le passé

Avez-vous pu sortir de ce tiraillement ?
Oui.

Diriez-vous que vous êtes une artiste accomplie ?
À mon niveau, oui. Tout ce que j’ai fait est déjà un accomplissement. Désormais, il faudrait que j’écrive des livres pour pouvoir aider d’autres filles à dépasser l’état dans lequel j’étais quand j’ai composé Fatou. Pour moi, le plus important, ce n’est pas la musique, mais l’humain à travers la musique.

L’album Fatou dit-il, en somme, qu’on ne quitte jamais vraiment d’où on vient ?
Oui, et il dit aussi qu’on ne peut jamais effacer le passé. Il vaut mieux apprendre à vivre avec. Le temps qui passe me pousse à courir, et à vouloir tout faire comme si je voulais fuir quelque chose. Il faut trouver sa paix, j’essaie de la trouver en essayant d’être le porte-voix d’enfants perdus, de femmes qui n’ont pas su trouver leurs voies, encore soumises à certaines emprises de certaines personnes. Même si j’ai l’impression de courir, je cours pour une cause juste.

Nterini, le nouveau clip de Fatoumata Diawara issu de son dernier album, Fenfo :

Fatoumata Diawara sera l’invitée, le 8 décembre prochain, du Festival Africolor. Plus d’infos sur leur site web.


Autre article de Mounir Belhidaoui

Judaïsme et Féminisme : les femmes au pouvoir ?

49   Les femmes de confession juive entament leur petite révolution… aidées par quelques...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.