Foyer Bara de Montreuil: après les rats et la surpopulation, l’incertitude des résidents

Réquisition Foyer Bara Montreuil
Crédits : Via93

Le destin des 400 travailleurs maliens reste encore en suspens après leur relogement, le 26 septembre, dans les anciens locaux de l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes. Une décision prise par le maire de la ville, contre l’avis de l’Etat.

Dans une salle de cantine désincarnée, il règne une atmosphère transitoire. Pour cause, un récent aménagement. Ici, rue Pasteur à Montreuil, dans d’anciens locaux de l’Afpa – Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes – inoccupés depuis deux ans, 220 travailleurs d’origine malienne ont posés leurs valises depuis le 26 septembre. Avant, ils vivaient à Bara, l’un des plus emblématiques établissements d’hébergement social d’Ile-de-France. L’un des plus vieux, aussi, construit en 1968. C’est une ancienne usine de piano, bastion de la culture malienne qui accueillait officiellement, pour 68 chambres, 400 locataires (700 ou 800 selon les habitués).

Outre la surpopulation, c’est l’insalubrité qui décida Patrice Bessac, maire PCF de la ville, à prendre, le 21 septembre, un arrêté « d’extrême urgence pour risque grave de sécurité », réquisitionnant dans la foulée ces anciens bureaux pour « mettre à l’abri les résidents ». Dans les longs couloirs des trois étages occupés, les mêmes scènes qui se répètent ; des salles de bureaux dans lesquelles des lits de camps s’imbriquent aux quatre coins des murs, des bouilloires posés au sol et des couvertures de survie pas encore déballées de leurs plastiques.

On ne pouvait pas y rester longtemps, on dormait mal

Pourtant, on ne croise que des regards satisfaits : « Ici, on est sur un hôtel 5 étoiles », lance Traoré Toumany, représentant des habitants. « Dans certaines chambres, nous pouvions être jusqu’à une dizaine dans moins de 20 mètres carrés » annonce d’entrée de jeu Diara Bréhima, un ancien résident de Bara. Ce qui frappe ce dernier dans ces nouveaux locaux, c’est l’espace. « Cette nuit, j’ai dormi seul dans une chambre », lance l’un d’eux. Un confort qu’il n’avait jamais connu jusqu’ici : « Souvent les fenêtres étaient bloqués, nous ne pouvions pas respirer correctement. On ne pouvait pas y rester longtemps, on dormait mal », ajoute Diara. Un réel soulagement pour cet agent de nettoyage d’une cinquantaine d’année qui travaillait tôt le matin. « Maintenant que je suis ici, j’ai envie de toute faire bien, nous sommes en train de tout nettoyer pour les autres arrivants », continue-t-il.

Le 11 octobre, presque 20 jours après le début de l’installation, une centaine d’habitants manquent encore à l’appel. Selon Traoré Toumany, certains locataires auraient peur de partir de Bara car« ils pensent qu’ils vont perdre leur bailles avec Coallia” et qu’ils vont se faire expulser d’ici ». Des incertitudes pour l’heure non démenties par le maire qui compte sur son pouvoir de police pour protéger de l’expulsion : « Tout ça reste fragile donc on a besoin que l’Etat reprenne du sérieux », annonce la mairie.

Renvoi de balle

Sur cette affaire, une partie de ping-pong se joue entre trois interlocuteurs : la mairie montreuilloise, la préfecture de Seine-Saint-Denis et Coallia, la structure gérante du foyer Bara. En 2013, pour faire face au problème que constituait ce foyer, l’Etat a mis en place un protocole de desserrement – signé par Cécile Duflot alors Ministre de Logement et de l’Egalité des Territoires – prévoyant sa démolition et sa reconstruction début 2018. Seulement, pour pouvoir détruire, il faut reloger.

Depuis lors, aucun des parties n’avait réussi à trouver un terrain d’entente. Jusqu’à cette nuit du 20 septembre où Patrice Bessac dort à l’intérieur du foyer. Un choc : « Les gens dorment avec des rats qui leur passent dessus, des matières fécales qui tombent sur eux lorsqu’ils prennent leur douche, des conditions de vie où leur sécurité n’est plus assurée » annonce t-il aux micro de Cnews. Cinq jours plus tard, accompagné d’élus et de 150 résidents de Bara, le maire investit les locaux de l’Afpa.

Un arrêté nécessaire ?

Il aura suffi d’une nuit pour désenclaver une situation qui semblait sans issue, bien que la situation reste encore floue. La préfecture de Seine-Saint-Denis, quant à elle, reste fermement opposée à cette solution, qu’elle avait déjà refusée, jugeant cette proposition « inadaptée à une telle occupation ». Elle a d’ailleurs saisi la procureure de la République pour – entre autres raisons – « occupation illicite des locaux de l’Etat ». Au matin du 17 octobre, une audience a eu lieu au tribunal administratif de Paris au cours de laquelle le préfet a soutenu ses positions, souhaitant la suspension de l’arrêté municipale de réquisition des locaux de l’Afpa.

Le maire a été entendu, ainsi que certains résidents du foyer. Il a tenu à rappeler les raisons qui l’ont poussé à prendre cet arrêté dans un temps si court : “Ces gens sont loger dans des conditions inhumaines et indigne de notre République. Cela fait plus de deux années qu’ils étaient dans l’attente d’une décision”. Tout en rappelant la responsabilité de l’état dans cette affaire : “Les hébergement sociaux relèvent de la compétence de l’État. Si une décision était prise en faveur de la suppression de l’arrêté de réquisition, les personnes actuellement relogées à l’Afpa seraient expulsées et ne pourraient pas être reconduits à Bara à cause de l’arrêté d’inhabitabilité. Ce serait donc au préfet de trouver une solution.”

La décision devrait être rendue dans les prochains jours.


Écrit par
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