« Ne pas se laisser faire et le dénoncer » : Suite à sa chronique sur France Inter, la réaction de Constance pour Respect mag

La réaction de Constance pour Respect mag
Crédits : DR

Constance est libre, elle le dit et elle en rit. L’humoriste a reçu un flot d’insultes pour avoir, dans une chronique sur France Inter dénonçant les « puritains moralisateurs » et les machos mal dans leur peau, montré ses seins. Pour Respect mag, elle a eu la gentillesse de nous dévoiler sa réaction.

Comment vous est venue cette idée de la chronique « Parlons balcon, parlons nichons » sur France Inter, où vous aviez décidé de dénoncer les « puritains moralisateurs », vous montrant seins nus ?
Ce n’était pas une idée plus originale que mes autres chroniques, c’est la même chose à chaque fois. J’essaie de dire des choses que je pense, utiles et importantes à dire. Là, il se trouve que ça a fait tout un foin pour deux gougouttes, je suis un peu halluciné. En 2018, on a encore un petit peu de travail. J’avais fait une chronique sur ma vulve, heureusement que j’ai rien montré, qu’est-ce que ça aurait été (rires) !

Les réactions et les insultes dont vous avez été victime sur les réseaux sociaux sont-elles propres à l’époque ?
C’est en tout cas inquiétant. On veut analyser ce qui se passe, on trouve ça flippant. Raison de plus pour ne pas se laisser faire et le dénoncer. Il y a eu une période où les gens qui faisaient des dessins étaient capables de se faire descendre. Quelle est, alors, la limite de ce qui est dangereux et de ce qui ne l’est pas ? On ne sait plus trop exactement, mais, en tout cas, il ne faut pas se laisser faire, c’est certain.

Assiste-t-on à un retour d’un conservatisme où des réactionnaires, anonymes, seraient de plus en plus nombreux ?
Je ne sais pas si ils sont de plus en plus nombreux, mais ils sont de plus en plus décomplexés. Peut-être que les réseaux sociaux sont une bonne chose pour nous autres, les gens qui essaient d’aller de l’avant. On peut se retrouver, mais les réacs peuvent se regrouper aussi, symbole du fait qu’il y a du positif mais aussi du négatif. Internet permet d’exister en tant qu’artiste, de s’exprimer en dehors du réseau classique des médias, mais à côté de ça, on est quand même très exposés directement à des gens qui sont protégés par leur ordinateur ou téléphone… et qui peuvent vraiment se lâcher. C’est terrible, car on se rend compte qu’il y a une décomplexion de la menace, de l’obscurantisme, du machisme.

Cette régression arrive, et c’est assez cocasse, 50 ans après mai 68 et ses libérations…
Il y avait la révolution sexuelle, plein de choses étaient tout d’un coup permises. J’en discutais avec ma tante qui a 60 ans, qui me disait que, quand elle était jeune, elle se mettait seins nus sur la plage, mais que sa fille n’a jamais osée le faire parce que c’est vu autrement désormais. Par rapport au corps féminin, il y a un souci quand on revendique le fait de vouloir disposer de son corps et d’être libre. Mettre des femmes à poil pour vendre des yaourts ou des dentifrices, il n’y a aucun souci. Par contre, montrer deux seins en disant : « je suis libre, c’est mon corps et je vous emmerde », c’est visiblement un problème. Il y a quelque chose de plus grave derrière.

Les réactions des gens me confirment très vite qu’il faut se protéger, parce que c’est très violent

Vous êtes née à Vieux-Moulins, en pleine forêt de Compiègne. J’ai lu sur votre bio Twitter que vous habitiez « Dans la forêt ». Y a-t-il un rapport à la nature et au recul que vous voulez garder ?
Je ne sais pas vivre en ville de toutes façons. Je vis à la campagne, j’ai des poules, des chats. La ville m’étouffe, avec ses immeubles et son air irrespirable. J’y vais pour travailler, mais il faut que je retourne très vite dans ma bulle. Les réactions des gens me confirment très vite qu’il faut se protéger, parce que c’est très violent. Quand les gens sont les uns sur les autres, il y a de l’agressivité qui ressort. C’est étonnant. Est-ce un mode de vie qui nous correspond, ou toute cette colère en train de s’accumuler pour des choses complètement futiles fait qu’on pète un plomb parce que ce mode de vie ne nous correspond pas ?

J’avais trouvé intéressant votre tout premier sketch, où vous aviez déconstruit le mythe de la princesse Disney, où vous la rameniez sur Terre en la confrontant aux réalités de la vie. Est-ce le rôle que vous vous donnez en humour : de déconstruire les mythes ?
Je ne me suis pas donné de rôle, je donne juste mon point de vue sur certaines choses. Je ne suis pas forcément dans la déconstruction, j’ai juste envie qu’on puisse tous réfléchir par nous-mêmes. Est-ce que ça nous fait du bien ? Du mal ? Ce qui se passe au niveau de la dictature du corps m’interpelle : il faut être mince, toujours maquillée, jolie, souriante. Il y a aussi une grosse pression sur les hommes aussi ! Est-ce que ça ne vient pas, à la base, de faire jouer les petites gamines avec des Barbie en nous racontant des contes de fée… même si j’étais heureuse de les entendre. Passée à l’âge adulte, c’est intéressant aussi de, pour le coup, pouvoir les déconstruire. Mes spectacles et mes chroniques sont faits en fonction de mon histoire de femme, mon évolution. Le premier spectacle racontait mon passage à l’âge adulte, il fallait donc passer par le fait de tuer le prince charmant. Mais je n’ai pas de mission en particulier, je ne me prends pas du tout au sérieux. Je fais les choses au fur et à mesure de comment je les ressens, c’est tout simple.

L’une de vos idoles s’appelle Jacqueline Maillan (comédienne et actrice légendaire de théâtre, ndlr). Que retrouvez-vous en elle qui vous ressemble ?
C’est une femme indépendante, de caractère, qui fait sa carrière en disant merde à pas mal de gens, tout simplement. On dit souvent que je suis un mélange entre Jacqueline Maillan et Nina Hagen (chanteuse punk allemande des années 80, ndlr). L’esprit punk m’habite beaucoup. Il ne faut pas le perdre, parce qu’il est indispensable. Sinon, on va tous mourir étouffés dans nos chemises.

Quelles sont vos actus ?
Je serai au Théâtre des Deux-Ânes, à Paris, à partir du 9 octobre prochain pour mon prochain spectacle, « Pot-Pourri ». Et puis en tournée dans toute la France !


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