Fusillade de Beaune: une “agression raciste” pour SOS Racisme

Dominique Sopo, président de SOS Racisme
Crédits : Capture d’écran Youtube

Le 30 juillet dernier, sept jeunes ont été agressés dans un quartier populaire de Beaune (Côte-d’Or). Le procureur de la République a avancé l’argument d’un règlement de comptes. Faux, à en croire les témoignages recueillis notamment par SOS Racisme Côte-d’Or, rejoint par d’autres. Entretien avec Dominique Sopo, président de SOS Racisme. 

Dans un communiqué de presse, vous vous êtes dit ému du traitement judiciaire et médiatique de la fusillade de Beaune survenue le 30 juillet dernier. Pourquoi ?
Ce qui apparaît dans cette histoire, c’est que des propos racistes ont été tenus. Des faits très graves se sont déroulés. Des personnes se sont fait tirer dessus avec du plomb. Le procureur, assez rapidement, a plutôt eu tendance à écarter la piste du racisme ou, en tout cas, le fait que le racisme ait pu jouer un rôle. Ce qui a été privilégié, malgré des volte-face à répétition dans la communication du procureur, a été la piste du règlement de comptes. Or, rien ne vient attester dans cette affaire qu’il y en a eu un. On est, en réalité, devant une lecture très « clichesque » des événements qui pourraient se dérouler dans les quartiers populaires.

Y a-t-il un parti-pris politique derrière cette décision du procureur de mettre cela sous le couvert du règlement de comptes ?
On peut dire en tout cas que ces idées reçues peuvent être politiques. Lorsqu’on est traversés par ces clichés, on a une certaine lecture de la société… et ça c’est politique ! On a par ailleurs, depuis plusieurs années dans notre pays, une malveillance qui circule par rapport aux jeunes qui sont issus de quartiers populaires… en sachant que nous sommes dans le quartier Saint-Jacques, zone plutôt tranquille de Beaune. Ce quartier n’est ni concerné par les règlements de comptes, ni même par la délinquance. Il y a là aussi quelque chose de l’ordre du stéréotype qui s’est installé en politique, ou même sur le plan intellectuel, depuis quelques années.

La parole des jeunes victimes de l’agression a-t-elle été remise en cause parce que ce sont… des jeunes justement, qui plus est des quartiers populaires ?
Bien sûr qu’il y a cette question de la vision de jeunes qui seraient moins fiables dans ce qu’ils racontent, y compris parce qu’ils auraient des choses à cacher ! On retombe toujours dans cette dimension. Il se trouve que les personnes qui témoignent de propos racistes entendus, ne sont pas “que” les jeunes qui ont été blessés ! Il y a eu en ce sens une communication assez scandaleuse du parquet.

Les discriminations que vivent les jeunes des quartiers populaires sont encore très présentes. Avez-vous l’impression que la situation s’enlise ?
C’est un phénomène qui reste massif. Nous restons un pays qui a beaucoup de difficulté à prendre des politiques publiques fortes, visibles et efficaces sur le sujet. Pour autant, je ne crois pas que les discriminations s’amplifient. On a une situation de stagnation. Il faut bien se souvenir qu’en France, le sujet des discriminations est né par la question du racisme. C’est un sujet qui titillait le pouvoir, sous Jacques Chirac et même au début du mandat de Nicolas Sarkozy, dans des dispositions qui, cependant, ne nous convenaient pas. Le champ politique s’est mis à adorer la lutte contre les discriminations femmes/hommes, en raison de l’orientation sexuelle ou en raison du handicap. Ce sont des phénomènes à combattre avec ardeur. On voit néanmoins bien que la question des discriminations raciales n’est plus portée politiquement depuis des années. Ça pose, parce qu’il faut toujours balayer devant sa porte, le problème du rapport de force que le monde associatif et intellectuel est capable de mettre en œuvre.

SOS Racisme va-t-elle continuer à suivre l’affaire ? Quel va être son champ d’action ?
Bien sûr que nous allons continuer à la suivre ! Il ne faut pas faire un petit coup médiatique pour pousser une gueulante, ce qui est parfois le mode de communication de toute une série d’associations recherchant le buzz du moment. Lorsqu’on est sur des affaires, potentiellement, d’injustice extrêmement forte, ça demande à être suivi dans la durée.

Au-delà de cette affaire, quelles seront les prochaines actions de SOS Racisme ?
Nous préparons la rentrée, nous recrutons le plus grand nombre possible de nouveaux bénévoles et de militants dans les universités. Le but est d’avoir plus de force pour mettre en œuvre nos projets. Nous organisons un travail sur la question de la relation entre juifs et arabes, sujet pris dans des malveillances totalement délirantes depuis quelques années.


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