Les confessions des acteurs du film Sheherazade pour Respect mag

Crédits : Ad Vitam
Film Sherazade

Ils sont (très) jeunes, mais ont déjà tout compris du métier. Les acteurs du film Sherazade, réalisé par Jean-Bernard Marlin, ont été de passage à Paris. Nous les avons rencontrés, et en ont profité pour faire part de leur joie de baigner dans ce cinéma français qu’ils chérissent, au sein duquel ils ont envie de faire leurs armes. 

Avez-vous été à l’aise dans ce film parce que vous en connaissiez déjà le contexte ?

Dylan Robert : Un peu, oui, ayant fréquenté le milieu du banditisme. Marseille, c’est ma ville. Nous étions aussi à l’aise parce que Jean-Baptiste (Marlin, le réalisateur du film, ndlr) nous a mis à l’aise.

Kenza Fortas : Oui et non, parce que je ne connais pas le milieu de la prostitution. Après, réside le fait que ça a été tourné dans ma ville, j’en connais les quartiers. Ce qui m’a mise en confiance, c’est que je connais Dylan depuis l’enfance, les automatismes ont vite été trouvés.

Est-ce que ce film est, selon vous, romantique ?

K.F. : Romantique et dramatique en même temps. Avant que nous tombions amoureux, il y avait la problématique du regard des gens sur ma condition de prostituée, mal vue à Marseille. Zachary (le personnage joué par Dylan Robert, ndlr) sort de prison. La situation n’est pas stable. Ce n’est qu’au fur et à mesure du temps et des événements que ça va changer.

Comment s’est passée la rencontre avec le réalisateur ?

D.R. : Il m’a vu et m’a directement signifié que je serais pris, c’est aussi simple que ça. Jean-Bernard, accompagné d’une casteuse nommée Sandrine, ont effectué des repérages à Marseille, c’est comme ça que la rencontre s’est faite. Mon pote Idir Azougli (qui joue le meilleur ami de Zachary, Ryad, dans le film, ndlr) a eu le second rôle.

K.F. : J’ai su un mois avant la rencontre que je serais prise, pendant les répétitions. Il y avait deux filles et deux garçons, dans une sorte de concurrence pour les premiers rôles. Une des filles n’a eu aucun rôle, mais les trois autres ont effectivement intégré l’équipe du film.

Quelles étaient les directives qui revenaient le plus souvent de la part du réalisateur ?

K.F. : De rester nous-mêmes. De ne surtout pas surjouer, d’en rester au jeu.

D.R. : De toutes les façons, si dans ce type de films tu n’es pas dedans, la chose sera vite réglée : on te mettra dehors. Si tu n’y crois pas, c’est mort. Tu peux refaire 50 fois la même scène, ça ne donnera rien.

K.F. : C’est ce qui a par ailleurs failli se passer avec moi lors de la première semaine de tournage. Je n’étais pas dedans. Mais je me suis rendu compte que c’était parce que j’ai eu du mal à pleinement intégrer la concentration que ça suscitait.

Kenza, est-ce qui te dérangeait dans ton rôle était le rapport au corps et à la nudité ?

K.F. : Oui, c’était d’ailleurs la seule chose qui me dérangeait. J’avais encore du mal à accepter le fait que les gens me voient nue. Ils ont dû prendre, pour certaines scènes, une doublure.

Avez-vous eu du mal à sortir du rôle à la fin du tournage ?

K.F. : J’ai eu personnellement beaucoup de mal, j’ai eu trop l’habitude de jouer. Il m’est arrivé de regarder ma mère et de lui ressortir des scènes du film ! Notre ami Idir Azougli venait chez moi pour me donner la réplique ! C’est aussi parce que ça m’a fait un vide de ne plus voir tout le monde, c’était un peu comme une famille autour de moi.

D.R. : Me concernant, ça m’a fait du bien quand ça s’est fini. Il y avait des moments où quand j’allais dormir, j’étais encore dans la peau de Zach. J’ai eu l’impression de me dégager d’une personne qui résidait en moi, pour redevenir moi-même.

Dylan, dans une vidéo de présentation du film dans un cinéma que j’ai pu voir, tu t’es dit très « ému et fier ». Est-ce parce que tu reviens de loin ? Que tu vis comme un rêve le fait de passer de l’ombre à la lumière ?

D.R. : Je ressentais une profonde émotion, j’avais envie de verser quelques larmes, mais j’ai beaucoup trop de pudeur pour ça ! Je l’ai vécu comme un truc de fou… J’ai fait de la prison, de la délinquance, mais maintenant, c’est fini. Il y a une place pour moi dans le cinéma français, et je compte bien m’accrocher. Le Dylan d’avant, c’est fini. Je suis acteur.


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