Smaïl Kanouté : « La danse est une question d’instant, d’énergie et de transmission »

Smail Kanoute Daira
Crédits : Philippe lissac

À l’occasion de la fête de la musique qui se tient ce soir, la Philharmonie de Paris a eu la riche idée d’inviter Smaïl Kanouté, dans le cadre d’une performance de danse autour de l’exposition Al Musiqa. Le thème ? Le mouvement des étoiles. Rencontre avec un artiste vraiment pas comme les autres. 

Peux-tu nous parler de ta performance à la Philharmonie de Paris dans le cadre de l’exposition Al Musiqa ?

La performance s’appelle « Daïra », « Cercle » en arabe. Elle sera inspirée de la danse soufie (une danse mystique pratiquée par des derviches tourneurs, ndlr), où je pars à la recherche de mes ancêtres par le biais de l’aspect cosmique, autour des étoiles.

D’où t’es venue cette inspiration ?

J’ai appris la danse derviche il y a deux ans maintenant, lorsque j’ai rencontré la communauté soufie à Paris. C’est une danse que les gens reproduisaient pour imiter le mouvement des planètes. Vu que je m’intéresse à la cosmogonie (la science de l’univers, ndlr), j’ai mélangé ces inspirations pour créer cette performance autour des danses soufie, africaine et contemporaine. On m’a proposé de faire cette performance pour Al Musiqa, qui parle de musique arabe. L’espace dans lequel je ferai cette danse sera orné de photos de Leila Alaoui (photographe franco-marocaine décédée dans un attentat à Ouagadougou, à qui on pense beaucoup et qui nous manque) et de Maimouna Guerresi (sculptrice italienne, ndlr). Ce qui m’intéresse, c’est de retrouver la transe en tournant, en tournant…

La danse autour des étoiles est une constante chez toi, on se souvient d’une performance à l’Institut des Cultures d’Islam de la même facture…

Exact. Cette performance sera un mélange de ce que j’ai pu faire à l’Institut du Monde Arabe et à l’Église Saint-Merri, accompagné du collectif Dervish Project. J’avais dansé autour du. Cantique des Oiseaux (un poème soufi du 17ème siècle, ndlr). Pour Al Musiqa, je compte me servir des étoiles qui seront au sol pour m’en enrichir et danser avec, afin de trouver cet état de transe. Les étoiles me reconnectent aux choses. Elles sont un pont entre le visible et l’invisible.

Une danse, c’est toujours un message, un discours. Quel est le tien ?

Mon discours autour de la danse, c’est de parler des rencontres avec des personnes et des énergies. Chaque rencontre laisse une trace dans le corps. Ça peut laisser une émotion, une idée, un mouvement. Mon discours, ma danse, traitent de rencontres autour de plusieurs styles, plusieurs univers. Les frontières ne m’intéressent pas. La danse est une question d’instant, d’énergie et de transmission. En ça, je peux très bien passer du soufi au hip-hop en passant par le contemporain.

Ce message engagé et « brut » de la danse est-il porté par toutes et tous ?

La sincérité doit primer dans tout ce qu’on fait. Tu as beaucoup de danseuses et danseurs sincères. Hélas, beaucoup s’enferment dans un style, une boîte. L’engagement que j’ai autour de la danse, mais aussi des arts plastiques, c’est que tout peut cohabiter de manière très simple. Pour moi, le graphisme et la danse, c’est la même chose : c’est une question de ligne, de rythme, d’émotion, de courbe et de couleur. Ce que je défends, c’est cette interdisciplinarité dans l’art. Rester soi-même. On peut être autodidacte, on n’a pas forcément besoin de faire des écoles. Si on s’écoute et qu’on est sincère en soi-même, on peut découvrir des choses en nous.


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