Rebecca Amsellem : “On ne peut pas demander à chaque femme de faire la révolution”


Rebecca Amsellem est la co-fondatrice, avec Esther Thiry, de la Newsletter féministe des Glorieuses. Cette activiste a voulu publier un récit personnel de sa lutte pour l’égalité femmes-hommes, “Les Glorieuses – Chronique d’une féministe” (Hoebeke – Gallimard). L’occasion de la rencontrer autour d’un Schweppes Tonic pour nous, Menthe à l’eau pour elle. 

Quelle est l’idée de départ ce livre ?

Créer un lien entre Les Glorieuses (Newsletter féministe et culturelle créée par Rebecca, ndlr), et mon histoire personnelle. Dans la Newsletter, je n’ai jamais raconté de choses sur moi. Cet exercice (de confession) a néanmoins des limites dans la mesure où ça peut être elliptique. Ma volonté était de raconter un vécu qu’ont peut-être vécu beaucoup d’autres femmes. Les raisons de ces expériences-là sont très fortement systémiques, et pas personnelles.

Le deuxième chapitre de ton livre aborde une recette de cuisine… Pourquoi ?

La cuisine a toujours été très importante dans ma vie. C’est ce que ma grand-mère m’a transmis. J’ai aussi voulu rendre hommage à une femme que j’aime énormément qui s’appelle Nora Efron, une journaliste américaine qui écrivait énormément sur la bouffe… et une grande féministe ! Le message que je voulais véhiculer était qu’il n’y avait pas une manière d’être féministe.

Tu fais une critique acerbe de la société patriarcale…

(Elle coupe) Je ne critique pas la société patriarcale, mais plutôt le système patriarcal qui régit la société, faite sur la domination d’un sexe sur l’autre. Ça se retrouve partout, c’est tellement ancré qu’on ne le voit même plus. Il y a un film qui vient de paraître sur Netflix qui est assez drôle, Je ne suis pas un homme facile avec Vincent Elbaz. Ce dernier se réveille dans une société où les rapports de domination sont complètement inversés. Dans le monde, 90 % des revenus de la propriété reviennent aux hommes, on est dans un rapport de 99 contre 1. Les femmes auront beau faire toutes les manifs du monde, rien ne va changer à mon sens.

Instant promo… Crédits : DR

Ton rêve de panthéonisation d’Olympe de Gouges, grande figure du féminisme, serait-elle pour toi une victoire suprême ?

Ce serait très symbolique. En plus de faire une révolution économique indispensable à une réécriture des rapports entre les sexes, il faudrait aussi une révolution symbolique qui passe par renommer des rues, panthéoniser plus de femmes… Ça ferait écho à une institutionnalisation de la lutte féministe, et donc à sa légitimation par l’État. Il y a un engagement fort de la part du gouvernement sur le sujet, ce qui nous permet en tant qu’activistes de demander des comptes. Le féminisme ne doit pas être une action isolée du gouvernement, mais doit être transversal à toutes les questions de lutte.

Qu’est-ce que font Les Glorieuses au quotidien ?

Nous sommes deux dans l’équipe. On écrit beaucoup, on anime les communautés des Glorieuses, ça nécessite du temps. On cherche de l’argent pour la Newsletter pour le développement d’un média engagé. On intervient auprès des entreprises qui veulent insuffler une politique féministe au sein de leur organisation. On fait beaucoup de conférences… et j’ai écrit un livre (sourires).

Tu dis qu’il n’y a pas une façon d’être féministe, mais plusieurs. En quoi ?

Quand tu évolues dans une société qui te dit qu’être féministe c’est détester les hommes et renoncer à ta part de féminité, tu comprends qu’un certain nombre n’ont pas à se revendiquer comme tel. On ne peut pas demander à chaque femme de faire la révolution. Je suis suffisamment privilégiée pour le faire. J’ai plus de temps, j’ai un bagage qui permet de le faire, des soutiens qui permettent de le faire. Pour moi, être féministe, c’est créer une société où les femmes et les hommes ne dominent pas les uns sur les autres.


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