Excision, parlons-en ! Un réseau vient en aide aux jeunes filles mutilées sexuellement

Excision
Crédits : Excision, parlons-en !

En France, un réseau existe pour venir en aide aux jeunes filles victimes d’excision. Son nom ? Excision, parlons-en ! On est parti à la rencontre de leur déléguée générale pour, justement, en parler.

À Paris, il pleut sur la ville comme dans le cœur de ces millions de jeunes femmes dans le monde qui se font exciser. D’après l’ONG Plan International, la pratique touche 200 millions de filles et de femmes dans 29 pays du monde. Elle se déroule principalement en Afrique, où la structure estime le nombre de victimes à 91,5 millions de femmes et de filles de plus de 9 ans, vivant actuellement avec les conséquences (psychologiques et physiques) de ces mutilations sexuelles. Dans son rapport, Plan International soutient qu’en Afrique, « on estime que 3 millions de filles risquent tous les ans de subir ces pratiques traditionnelles néfastes. Si les tendances actuelles se poursuivent, 86 millions de filles supplémentaires âgées de 15 à 19 ans risquent, elles aussi, de subir des mutilations génitales d’ici à 2030 ».

L’excision : une lutte pour sa disparition

C’est cette lutte pour la disparition de l’excision que mène, depuis 2013, le réseau Excision, parlons-en ! L’organisme agit au quotidien en fédérant d’autres acteurs, et en unissant leurs forces afin de venir en aide, en France et partout ailleurs, à ces femmes qui en ont subi les affres et qui désirent parler.

À ce titre, l’organisme a lancé une campagne, Alerte Excision, visant à permettre aux jeunes filles risquant la mutilation de connaître leurs droits et démarches, met à disposition une carte qui recense les pays où l’excision est pratiquée, et propose même un quizz pour savoir si vous avez été excisée, « car il y a des filles qui ne le savent même pas », nous affirme Marion Schafer, la déléguée générale de l’association. Cette dernière continue : « 3 adolescentes dont les parents sont originaires des pays où on pratique l’excision sur 10 sont à risque. Soit parce que les parents ont décidé que le but du voyage serait une excision, soit parce que le danger est naturel, même quand les parents n’ont pas planifié une excision ».

Les dramatiques conséquences de l’excision…

Stress, dépression et suicide : voilà les terrifiantes conséquences de l’excision pour une jeune fille. La responsable de la structure qu’on a devant nous ne mâche pas ses mots pour dire l’urgence d’une situation, dans cette discussion qu’on mène avec elle par un pluvieux après-midi d’avril, au centre d’un grand appartement reconverti en fédération d’associations, situé non loin de la place de la Nation. « La majorité des excisions se fait avant l’âge de 15 ans. Mais, dans beaucoup de pays, ça se fait même avant 5 ans, donc sur des toutes petites filles, des bébés. Il n’y a pas de souvenir, mais il ne faut pas minimiser le stress post-traumatique qu’il peut y avoir ensuite, menant à des conséquences graves », alerte Marion Schaefer.

La responsable dit une certaine reconnaissance envers le pouvoir en place, en premier lieu la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa, mais aussi Emmanuel Macron, d’avoir voulu entendre les associations compétentes sur la question, et avoir « expressément nommé les mutilations sexuelles féminines, ce qui représente une belle avancée », affirme-t-elle. D’autant plus lorsqu’on sait que la France est le premier pays d’accueil des femmes excisées. Marion Schaefer reconnaît toutefois des failles, des « erreurs » pour pousser les jeunes filles excisées à parler dans le cadre de la campagne Alerte Excision.

… mais il existe des solutions

Ainsi d’un numéro de téléphone, dont les responsables de la structure se sont rendues compte qu’il serait difficile pour les filles de « parler, encore moins au téléphone ». « On a alors rencontré les associations qui partagent nos locaux, Les Voisines qui ont lancé, l’année dernière, un chat sécurisé, anonyme et gratuit, nommé En avant tout(e)s, ouvert trois après-midis par semaine dédié aux femmes victimes de violence. Nous avons, avec elles, eu l’idée de l’élargir à la question de l’excision. Pour les filles, ça a tout de suite été plus aisé ». Des témoignages que l’association reçoit dès lors en nombre.

Si, pour Marion Schaefer, « il est difficile de sortir de la tradition » de l’excision, de plus en plus de familles veulent la fin de cette pratique. Un intense débat intime et sociétal, paradoxal et complexe, dont les militantes d’Excision, parlons-en ! veulent apposer le point final.


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