Guillaume Dustan, immortelle superstar de la littérature française

Crédits : Discipline in disorder

L’écrivain Guillaume Dustan est ressuscité dans une biographie que lui consacre le journaliste et créateur de mode Raffaël Enault. Celui qui a défrayé, épisodiquement, la chronique littéraire avec des romans intenses, voulait vivre tout aussi intensément.

Quand on referme la biographie posthume de Guillaume Dustan écrite par Raffaël Enault, on prend un petit temps avant de commencer à taper frénétiquement nos doigts sur le clavier. Avoir emmagasiné une multitude d’informations sur celui qui est, sans aucun doute, le dernier écrivain maudit, bouleverse quelque peu. D’abord parce que, Guillaume Dustan, on le connaît un peu. Son écriture sèche et pleine d’assertions lumineuses, parfois crues mais pleines de vérité, le place au rang de grand écrivain. Ensuite, parce que sa disparition après une vie emplie de frasques et de provocations diverses (mais jamais gratuites), suscite sa légende.

Guillaume Dustan, une (courte) vie

Le confrère Raffaël Enault, qui a collaboré, comme l’auteur de ces lignes, au magazine Gonzaï (qu’on salue) a donc consacré un « flash-back » de 300 pages sur cet écrivain que le succès a toujours boudé. Ce succès, il ne l’aura d’ailleurs qu’après sa mort, à 39 ans, due à une overdose de Ludiomil (un antidépresseur), virus qu’il attrape en 1989. Dustan superstar est un ouvrage fouillé, riche d’éléments qui apportent un éclaircissement sur la vie d’un homme à la marge d’une société trop normée. Raffaël Enault, pour respecter la mémoire de cet écrivain volontiers transgressif, a passé de longs mois à contacter l’entourage de l’auteur. L’accueil fut tantôt récalcitrant, tantôt réceptif. Ainsi, ex-petits amis, amis et membres de la famille vont aiguiller Raffaël Enault dans sa quête (légitime) de vouloir découvrir les multiples facettes d’un homme si mystérieux, d’un auteur si fascinant.

Il y a Docteur Jekyll, William Baranès, et Mr Hyde, Guillaume Dustan. Un seul et même corps pour deux âmes opposées. Le premier a commencé par faire de brillantes études, fut énarque, portait beau, avait la discussion profondément riche, intellectuelle, courtoise. Le deuxième fut volontiers irrespectueux des conventions sociales, écrivait des livres (Plus fort que moi, Dans ma chambre) coups de poing, ferraillait régulièrement contre le fondateur d’Act-UP Didier Lestrade sur les plateaux télé. Se définissant d’abord comme bi-sexuel, Guillaume Dustan a fini par assumer pleinement son homosexualité peu après ses 20 ans. À la recherche perpétuelle de l’amour du père qu’il n’aura jamais, il voudra retrouver cette « force » en chacun des hommes qu’il va conquérir.

Celles et ceux qui réduisent Guillaume Dustan à ses perruques blondes ou vertes chez Thierry Ardisson se trompent. Profondément sensible, fin, extrêmement cultivé, d’une profonde mélancolie face au monde qui l’entourait, il a régulièrement confronté ce pays, via des œuvres polémiques mais brillantes, face à ses propres contradictions. Raffaël Enault a réussi, avec talent, à réunir toutes les nuances d’un génie incompris. Un génie qui était libre à tout point de vue. Son épitaphe, sur sa tombe du cimetière du Montparnasse (Paris), le dit par ailleurs mieux que nous :

« J’ai toujours été pour tout être »

Dustan superstar, de Raffaël Enault, Robert Laffont, 316 p., 21 €.


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