Meet My Mama, les femmes cheffes au pouvoir

Nitharshini, jeune réfugiée tamoule et cheffe pour la start-up culinaire Meet My Mama, dans sa cuisine à Aubervilliers.

Cette petite entreprise qui permet de commander des plats issus des quatre coins du monde, préparés avec amour par des “Mamas” de toutes origines, est aussi un fabuleux liant entre communautés. Reportage à la découverte de belles saveurs. 

Nous traversons la place de la République, endroit représentatif de toutes les revendications internationales, dans un week-end qui sonne la fin (définitive on l’espère) de l’hiver. Non loin, l’Atlas cantine du monde est un petit lieu dédié à la mise en lumière des saveurs qui, là aussi, n’ont pas de frontières. C’est ici qu’on retrouve l’équipe de Meet My Mama, une start-up qui permet à des femmes talentueuses de passer du statut de mères au foyer, immigrées, réfugiées, à un statut de femme indépendante, cheffe et entrepreneure. Et cette start-up s’en donne les moyens, grâce à l’activité traiteur qui leur apporte des opportunités économiques et aussi à la Mama Academy qui les forme et les accompagne.

Loubna, Donia et Youssef, les créateurs de cette belle initiative, veulent aussi rappeler des choses simples : on peut bien manger, pour pas cher (20 euros la formule comprenant l’entrée, le plat et le dessert), et on peut aussi sortir de l’ornière de la gastronomie classique en sortant du schéma où l’homme est, comme souvent, le maître de cuisine. Car Meet My Mama, selon l’aveu de Loubna Ksaibi, est “une référence cuisine du monde grâce à ses cheffes uniques : des Mamas venus des quatre coins du monde qui nous font découvrir leur culture et leur savoir faire”.

Lors de leur seconde édition des « Brunchs et dîners du monde » à laquelle nous avons assisté, l’équipe était au grand complet… et aux petits soins. À l’entrée, un badge devait identifier le pays d’où nous étions originaires, les Algériens se mêlant aux Français qui eux-mêmes côtoyaient des Brestois et des Marocains. Avant d’entamer les choses sérieuses, un petit apéritif composé de thé à l’hibiscus et au gingembre, accompagné du traditionnel thé à la menthe aussi sucré que le sourire de Mama Soraya, joviale et chaleureuse, dont les mets reflétaient habilement tous les parfums du Maghreb.

C’est en tout cas ce que nous a affirmé Charlotte, réjouie de se trouver ici afin de découvrir un concept dont elle n’avait jusqu’ici qu’entendu des bribes : « Je ne connaissais pas, on m’en a parlé, tout ça m’a l’air superbement préparé », nous dit-elle, alors qu’au fur et à mesure de l’éparpillement des effluves du thé, les gens se laissaient aller et se plaisaient à se découvrir.

Voyages, voyages (en Algérie)

Car ce lieu est aussi un moyen de réseauter, de se parler, les tables étant disposées de telle façon que votre serviteur s’est retrouvé avec un groupe de joyeux drilles. Nous avons conversé avec Louis, un consultant stratégique d’une grande société qui est venue avec son épouse, Sonia, ainsi que ses amies Haïfaa, Fatma et Hanane. Des débats sociétaux et engagés faisaient ainsi le liant entre les divers plats. Au menu, « shots » de pois chiches citronnés et bricks de poulet avec une version végétarienne comprenant des légumes, ainsi qu’un couscous classique aux grenades et un tajine de poulet aux épices-amandes.

Brunchs et diners du monde Meet my mama
Dattes, gâteaux au gingembre… Idéal pour un samedi réussi ! Crédits : Haïfaa Djemel

Vint ensuite le tour du fils de Soraya, Nassim, qu’on surnomme le « roux-tard » (dû à sa couleur capillaire), qui s’est attelé à nous raconter, non sans émotion, son voyage de 40 jours en Algérie. « 40 jours au bled » fut un conte itinérant, en musique et sous la forme du Nouveau Roman, où le jeune homme nous a développé le sentiment du déracinement et d’un retour aux sources nécessaire quand, en France, on se sent un peu acculé et isolé dans des impressions contraires.

Le mot de la fin de ce Brunch fut donné d’une main de maître par Haïfaa qui a animé, à l’aide d’une carte du monde disposée dans un salon coquet à l’étage supérieur de ce lieu charmant, une séance où tout un chacun devait conseiller un « must see » durant l’un de ses périples. Gâteaux et thés à la menthe agrémentaient cette jolie discussion. Les impressions post-événement indiquaient cependant qu’il restait un peu de travail pour faire de ce rendez-vous un incontournable : « Ça manquait d’histoire, de saveurs, un menu explicatif aurait été le bienvenu. Je n’ai pas assez voyagé », selon cette même Haïfaa, qui a cependant applaudi l’initiative de Meet My Mama, « qui épanouira des femmes qui n’ont pas eu la chance de le faire plus tôt ».


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