Acid Arab : “Notre groupe est né d’un échange culturel”

Crédit : Flavien Poireau

Rencontre avec la création sonore la plus cosmopolite du XXIème siècle : Acid Arab. On a eu la chance de discuter avec Guido Minisky et Hervé Carvalho, pionniers de l’électro-orientale. Le genre devient progressivement très populaire et se retrouve dans les clubs les plus branchés des capitales mondiales. Nous avons voulu en savoir un peu plus sur cette musique qui transcende, dans une interview en deux parties. 

Pouvez-vous nous expliquer la genèse du projet Acid Arab ?

Guido Minisky : Pour la faire courte, on a été invités avec d’autres artistes à participer à un festival à Djerba, en Tunisie. Chacun avait ramené des disques différents, et puis ça s’est terminé en une sorte de ping-pong auquel s’est mélangé des musiques acid, house avec un ton oriental, arabe. En sortant de la soirée, l’idée de mélanger ces deux musiques avait commencé à germer. On s’est dit : « y a un truc à faire ! » On est donc rentré à Paris et on a créé une soirée nommée Acid Arab. C’était en 2012. En partant de cette base de rencontre et d’échange culturel, notre groupe est né.

Hervé Carvalho : Musicalement, à l’époque, la chose qui a complètement cristallisé notre envie et qui nous a clairement inspiré étaient les quelques tentatives (réussies) d’electro-arabe. Notamment un edit de Rabih Beaini sur le morceau Tanki Tanki. Et ce morceau a été un peu le déclencheur. Il nous a vraiment donné envie de franchir un cap dans ce que l’on avait envie de faire en termes de musique et de production.

On sent effectivement que la culture maghrébine n’est pas assez respectée et mise en avant en France, c’est certain !

Vous avez eu une culture musicale « orientale » lorsque vous étiez jeunes ?

H.C. : Oui, un tout petit peu, puisqu’on a grandi en France. On en a donc forcément entendu. Après, ce n’était pas spécialement la meilleure représentation de la musique orientale. En revanche, sur Nova par exemple, il y avait une vraie sélection pointue. Et puis lorsque l’on entre dans un taxi à Paris, on entend des stations de radio comme Beur FM. Tout ça nous a permis d’avoir une culture musicale dite “orientale” mais elle reste résiduelle. Mon parcours est cosmopolite qui plus est : je suis un fils d’immigré portugais et j’ai grandi sur la côte d’azur avec des pied-noirs, des tchèques, des marocains, des italiens. On peut dire que c’était une France multiple.

Comment s’est faite la connexion avec Omar Souleyman ? Ça a été un déclic dans votre carrière ?

H.C. : Il avait déjà joué 3 ou 4 fois dans Paris, dans des évènements ultra branchés comme à Pitchwork (célèbre festival de musique annuel, ndlr). C’était quelqu’un de branché quand on l’a connu. Et pour répondre à ta question : Oui, ça a été un déclic puisqu’on a réalisé avec lui notre première grande soirée à Paris. Cette association nous a permis d’installer ce que l’on faisait dans la capitale. D’un coup nous sommes sortis de nos petites soirées parisiennes pour se produire dans de grosses salles.

G.M. : Concernant la connexion en elle-même, on l’a tout simplement booké quand il était sorti en Label. Ce qui est intéressant dans son succès, c’est qu’il est sorti chez des américains. On s’est dit de façon cocasse : « d’où les américains s’intéressent à des arabes ? ». Mais finalement, on comprend mieux maintenant, puisque sa musique est tellement hybride qu’elle parle aussi à des occidentaux. Son succès n’est finalement pas anodin puisqu’il a un côté très techno-clubbing, et en même temps il va reprendre ces codes à sa sauce.
Pour finir, et je vais peut-être choquer en disant ça, c’est qu’il n’a pas le côté chiant d’une chanteuse comme Oum Khalsoum, qu’on écoute par ailleurs plus religieusement parce que c’est de la grande musique. On pourrait croire d’Omar Souleyman que c’est un animateur de la foire du trône ! C’est très facile d’accès.

Préparez-vous à danser : 

Est-ce qu’on peut faire un lien dans votre musique avec le soufisme ? On retrouve quelque chose de transcendant dans vos productions…

H.C : C’est sympa comme compliment, Merci ! Mais c’est vrai que dans certains morceaux, il y a une certaine recherche de cet état de transe. Quand on est en studio et qu’on bosse les morceaux, le moment où on a la boucle parfaite et qu’on envie d’écouter toute la journée, on se dit qu’on tient quelque chose qui est effectivement semblable au soufisme.

Par moment, vous avez ce sentiment que votre musique soit considéré comme un folklore ?

G.M : Oui mais après que les gens se l’approprient, c’est très bien. S’ils veulent y coller une étiquette, nous on ne peut rien y faire. Du moment que ça leur plaît….

H.C : Et puis dans d’autres pays il y a une notion un peu embarrassante d’exotisme avec ce genre de musique… En France, on nous prend beaucoup plus au sérieux. C’est peut-être parce qu’on a une immigration assez importante. Nous sommes en quelque sorte éduqués à cette richesse culturelle. Londres aussi fait preuve d’une ouverture d’esprit assez exceptionnelle. C’est plaisant de jouer dans ces villes.

Votre dernier album s’intitule Musique de France avec une couleur maghrébine dans le choix des featurings notamment. C’est une façon pour vous de participer à la valorisation de cette culture en France ?

G.M : Oui, complètement. C’est notre ambition première. Il y a des institutions culturelles qui le font très bien, mais ce n’est pas suffisant. Nous, on arrive aussi pour rééquilibrer ce constat-là. Les maisons d’art et le ministère donnent l’exemple mais il faut aller plus loin dans la société. Quoi de plus simple que la musique ? Ça peut paraître niais mais je trouve que c’est le cas.

H.C : Je trouve qu’en vivant à Paris, on est quelque peu protégé des attaques qui sont faites à cette immigration. On sent effectivement que la culture maghrébine n’est pas assez respectée et mise en avant en France, c’est certain !

Pour voir Acid Arab :

23.03 (SP) BILBAO, Kafe Antzokia (dj)

24.03 (SP) SAN SEBASTIAN, Dabadaba Club (dj)

30.03 (TK) ISTANBUL, Babylon Club (dj)

13.04 (GB) LONDON, Phonox (dj)

20.04 (DE) KREUZBERG, Gretchen Club (live)

10.05 (DK) AARHUS, Roots & Hybrid (dj)

15.06 (FR) LA GRANDE MOTTE, Pyramid Festival (live)

04.08 (DE) DIEPHOLZ, Appletree Garden Festival (live)

Deuxième partie de l’interview Lundi 12 mars 2018 !


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