Aux Beaux-Arts de Paris, une certaine nostalgie de Mai 68

Crédits : Beaux arts de Paris

En cette année anniversaire des évènements de Mai 68, le Palais des Beaux-Arts de Paris propose une exposition sur l’imagerie de l’extrême gauche française mûrie dans cette période. L’école des Beaux-Arts fut par ailleurs un lieu emblématique de la contestation estudiantine. Ses affiches, produites par l’Atelier Populaire, furent créées lors de l’occupation de l’école par ses propres étudiants.

Une exposition qui nous emmène in situ au cœur des manifestations étudiantes de Mai 68. En se projetant dans le passé, on s’imagine déjà recevoir des tracts en sortant de l’université, nous appelant à se mobiliser pour les grandes luttes de cette époque. Fruit d’un remarquable travail documenté, les commissaires de l’exposition Phillipe Artières et Eric de Chassey présentent cette utopie de Mai 68 à travers des affiches, des peintures, des sculptures, des films, des photographies dans une kyrielle de supports artistiques.

Lorsqu’on se promène dans les couloirs de ce lieu mythique, les affiches nous montrent à quel point la mobilisation en France, et dans le monde entier, de toute une génération, fut un tournant dans l’histoire politique du 20ème siècle. Qu’ils soient issus de la gauche maoïste, trotskyste, marxiste ou anarchiste, les artistes ici revendiquent surtout une appartenance, un combat situé très loin de celui des partis politiques traditionnels. Ils dépeignent surtout la grogne d’une génération qui s’est embarquée jusqu’à l’extrémisme terroriste, et ce dans les quatre coins du monde, comme on a pu le voir avec la Bande à Baader ou la Fraction Armée Rouge.

L’imagerie de la lutte. Crédits : Beaux-Arts de Paris

Paris, Palestine, Algérie, Santiago de Chili : même combat !

Les productions de l’exposition sont captivantes. Elles témoignent du travail d’une génération héritière d’engagements, notamment en faveur de l’indépendance algérienne. On retrouve effectivement des affiches qui marquent cette adhésion à la lutte anticolonialiste : soutien à la guérilla au Vietnam, à la cause palestinienne, à la révolution castriste à Cuba et culturelle en Chine, et aux revendications des combattants marxistes de Turquie.

Dans cette gauche d’ailleurs, c’est aussi l’occasion de voir que la solidarité entre les peuples opprimés est aussi un processus artistique. Les œuvres sélectionnées démontrent en outre que les artistes de l’époque saisissaient l’imagerie et l’univers de ces combats qui nous semblaient si lointains. Le travail du photographe Elie Kagan, qui a notamment couvert pour de nombreux quotidiens français les manifestations du FLN ou les œuvres de l’artiste turque Nil Yalter, témoignent de cette dimension interculturelle.

Dans ces productions, on peut aussi y déceler une fascination d’une jeunesse pour la violence et les organisations qui l’ont représentés. En plus d’être un véritable voyage au cœur des combats internationalistes, l’exposition retrace aussi les grandes contestations sociales françaises : l’opposition à Charles de Gaulle, la quête du bonheur, les bagarres dans les rues de Paris contre les organisations d’extrême droite. Un conseil, foncez-y !

Exposition Images en lutte (1968 – 1977) – La culture visuelle de l’extrême-gauche. Du 21 février au 20 mai 2018. Palais des Beaux-Arts de Paris (Paris 6ème)


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