Pour la Saint-Valentin, optez pour les amours plurielles avec le film “Lutine”

Crédits : DR

Dans “Lutine”, en salles le 4 avril, la réalisatrice Isabelle Broué vante les vertus de ce qu’on appelle la polyamorie, l’art de vivre des amours plurielles, mélangeant savamment exploration intime et réflexion sociologique. Rencontre avec une artiste plus que jamais libre.

Comment vous définiriez le polyamour ?
Je ne parle pas de polyamour, mais de polyamorie. Je suis une militante de ce mot. Je veux le détacher de ce que les gens appellent « l’amour amoureux ». Dans polyamour, on entend « amour ». Dans la polyamorie, il s’agit de relations multiples, consensuelles et éthiques, qu’elles soient amoureuses ou non, qu’elles soient sexuelles ou non. On parle ici de relations intimes, et non pas de relations d’ordre amoureux. La différence entre le libertinage et la polyamorie est que le premier est une pratique sexuelle, la deuxième, une orientation relationnelle. Dans la polyamorie, il ne s’agit pas d’être amoureux de plusieurs personnes, mais de s’autoriser mutuellement la possibilité de vivre des relations non-exclusives, consensuelles et éthiques.

Votre film veut-il libérer une parole tue dans les conventions amoureuses modernes ?
Oui, totalement. L’idée, c’est d’en parler. Je voulais que ce sujet ne soit plus tabou. Les « poly » sont encore, en partie, dans ce qu’on appelle le placard. Il y a une forme de polyphobie. Les gens ne comprennent pas, parce que pour eux cela va contre la croyance habituelle de l’ensemble des gens qui pensent qu’on ne connaît qu’une seule personne à la fois, et que si on aime plusieurs personnes, c’est qu’on n’aime pas la première. Ce qui est évidemment faux. L’enjeu est de libérer la parole. Mon premier film (Tout le plaisir est pour moi, ndlr) traitait de la masturbation et de plaisir féminin. Il avait par ailleurs cette même volonté qu’ici de dire que beaucoup de gens ont des désirs multiples.

On entend un témoin, dans le film, dire que la polyamorie c’est de faire en sorte que chaque personne ait les mêmes droits. Faut-il encore le redire car les relations souffrent d’inégalités ?
Oh que oui ! On vit dans une société très patriarcale, misogyne, machiste aussi (rires)… C’est en ça que la polyamorie est radicalement féministe et égalitaire. Chaque partenaire a les mêmes droits quel que soit son genre, son âge ou son niveau social. Quand je parle de genre, je parle de la personne humaine. Il y a beaucoup de personnes trans ou non-binaires dans nos « communautés ». On est accueillants, acceptants, tolérants de cette personne humaine. J’ajoute que vous ne pouvez pas faire de polyamorie sans faire de communication non-violente. C’est un outil essentiel. Ça réveille des émotions très fortes issues des profondeurs de l’enfance, ça révèle les souffrances des relations précédentes, les relations que nous avons eues avec nos parents, des sentiments de jalousie et d’exclusion.

Un couple qui a fait le choix de la polyamorie peut-il résister à cette façon de vivre ? N’y a-t-il pas le piège de la destruction du couple ?
Oui, mais est-ce qu’un couple qui fait le choix de la monogamie est à l’abri des problèmes ? Quand un couple se sépare, est-ce de la faute de la monogamie ? La polyamorie ne protège de rien. Nous sommes des humains. Nous sommes à l’écoute de nos émotions, en apprenant à communiquer de façon non-violente. C’est un chemin de développement personnel. La polyamorie, c’est le souhait de vivre des relations consensuelles et éthiques. Ce qui pose problème souvent dans les relations, cest la différence de pouvoir. Des abus, il y en a dans la monogamie comme dans la polyamorie.

Espérez-vous faire de la polyamorie la relation du futur ?
Non, c’est impossible. Ça ne convient pas à tout le monde, c’est trop dur à vivre. L’enjeu n’est pas d’enlever une normativité pour en remettre une autre. Si vous me demandez si j’espère que la communication non-violente s’étende à l’ensemble de la société et qu’il y ait la paix dans le monde, là je veux bien (rires) ! Je ne veux pas faire de prosélytisme, et ça ne convient clairement pas à tout le monde. L’idée est de dire aux gens : s’il y a quelque chose dans la normativité et la monogamie de fait qui ne vous conviennent pas, sachez qu’il existe d’autres options. Si le fait d’en parler peut faire bouger les lignes, que chacun se demande de quoi il a envie, là j’aurai gagné mon pari.

Bande-annonce :

LUTINE_Bande-annonce_SME from Isa Lutine on Vimeo.

Vous pouvez aussi visiter le joli site du film


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