Pourquoi il faut aller voir Human Flow, de Ai Weiwei

Crédits : Cimade

Sorti en salles le 7 février dernier, Human Flow est un documentaire saisissant sur des migrants uniquement considérés au travers du prisme du reportage télé. Il faut aller voir ce film, et on vous dit pourquoi. 

Kenya, Syrie, Irak, États-Unis, Grèce, France. Le point commun entre tous ces pays ? Ils connaissent ce qu’on appelle couramment (et maladroitement ?) « le drame des réfugiés », un mot-valise en réalité, qui masque le caractère particulier de la souffrance de chacun de ces déplacés. Ce « drame », le sculpteur et photographe Ai Weiwei nous le montre dans Human Flow, un documentaire de 2h20 qui nous a, disons-le d’emblée, bouleversés.

Oui, Human Flow nous a pris aux tripes. Dans ce récit bien réel, hélas, Ai Weiwei, drapé cette fois dans des manteaux neufs de réalisateur, suit le quotidien de ces migrants dans leur fuite de leur pays d’origine connaissant les conflits, la guerre et la faim, à leur arrivée sur l’île de Lesbos, en Grèce. L’artiste chinois, qui a fui son pays en ne manquant pas de dénoncer son régime totalitaire, n’a pas voulu écrire un énième récit journalistique dépersonnalisé, montrant pêle-mêle des images de migrants dormant sous des tentes ou essayant de gagner les territoires britanniques en s’infiltrant dans des coffres de voiture (coucou, Jean-Pierre Pernaut).

L’exil, souffrance absolue

“Le journalisme cherche avant tout et depuis longtemps à rassembler les images les plus choquantes d’un événement”, selon le créateur chinois. Et en ce qui concerne les réfugiés, “il ne s’est jamais vraiment intéressé à évoquer en profondeur qui sont ces réfugiés ou les raisons pour lesquelles ils sont là”, affirmait Ai Weiwei dans un entretien à l’AFP. Cette profondeur dans l’étude, cette prise de temps dans l’observation et la compréhension, il en est question dans Human Flow. Notamment dans ces moments poignants où des migrants afghans, syriens, palestiniens ou kényans nous disent ce qu’ils laissent, les sacrifices que cela suppose. Ils nous disent la souffrance de l’exil et leur rêve d’une vie meilleure, loin des bombes qu’ils fuient.

Human Flow, c’est aussi cette caméra fixée sur le regard d’enfants qui se demandent ce qu’ils font là, parfois dans des conditions qu’on ne peut même pas imaginer, ni vous ni l’auteur de ces lignes. Le documentaire nous montre avec brio que la crise migratoire n’est pas uniquement géopolitique, elle est aussi environnementale, avec près 200 millions personnes déplacées d’ici à 2050 (source : Cimade). Human Flow nous met dans la tête qu’à la « beauté endormie, il fallait une beauté en action ».


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