Manifestations en Iran: “Un ras-le-bol des jeunes des classes populaires”

Crédits : Wikimedia commons

Depuis quelques jours, l’Iran est secoué par des manifestations revendiquant une plus juste répartition des richesses nationales, mais aussi contre un pouvoir en place dont les accusations de corruption sont de plus en plus nombreuses. Un mouvement, issu de la jeunesse du pays, qui connaît son lot de drames : une vingtaine de personnes y ont péri. Que se passe-t-il exactement ? Kian Azadeh, professeur à l’université Paris-Diderot, nous éclaire.

Comment analysez-vous la situation actuelle en Iran ?
Il s’agit notamment d’un ras-le-bol des jeunes des classes populaires qui sont au chômage. Ce sont par ailleurs eux qui manifestent majoritairement. Leurs revendications principales sont liées à leur situation économique très difficile et à la vie chère, mais ils s’élèvent aussi contre la corruption très ancrée dans le pays. La richesse de l’Iran est dilapidée par une minorité infime alliée au pouvoir, ou au sein-même du pouvoir.

Y a-t-il aussi une forme de rejet du religieux dans ces manifestations ?
Tout à fait, même si ce n’est pas généralisable. Certains manifestants scandaient des slogans voulant une République iranienne non-islamique. Il n’y a pas d’homogénéité ni dans les slogans donnés, ni dans les revendications. Ça dépend de la partie du pays, ses villes d’une part, et les catégories participantes à ces manifestations d’autre part. On peut toutefois dégager parmi elles une majorité de jeunes qui ont moins de 25 ans. Ces derniers ont surtout de la haine et de la frustration vis-à-vis du pouvoir.

Comment les dirigeants iraniens perçoivent-ils ces manifestations ?
Ils sont inquiets, dans la mesure où il faut voir que depuis jeudi 28 décembre, au début des manifestations, une vingtaine de personnes ont trouvé la mort. La présence des forces de l’ordre dans les grandes villes montre l’inquiétude du pouvoir. La réponse a toutefois été mitigée de la part des dirigeants. Le président Hassan Rohani a dit qu’il comprenait tout à fait les revendications d’ordre social et économique et qu’il fallait y répondre, mais que la violence de certains manifestants, qui ont attaqué des banques et des gendarmeries, restait inquiétante.

Des inégalités sociales “de plus en plus grandes”

Donald Trump souffle-t-il sur les braises de la contestation en tweetant que le régime iranien était « brutal et corrompu » ?
Il ferait mieux de se taire ! Trump essaie de profiter de la situation, comme un certain nombre d’opposants au régime. Mais de là à dire, comme j’ai pu le lire, que ces opposants ont été téléguidés par Israël ou l’Arabie Saoudite, je ne le pense pas. Ce mécontentement ne date pas d’aujourd’hui. Il y a eu un certain nombre de facteurs qui ont déclenché ces émeutes. Parmi eux, une corruption vraiment très importante, des inégalités sociales de plus en plus grandes.

L’augmentation par le gouvernement des prix des denrées alimentaires de première nécessité et l’essence dans un premier temps, et l’incapacité du gouvernement à venir en aide aux personnes touchées par le tremblement de terre qui a récemment secoué l’ouest du pays, sont des facteurs déterminants. Pour revenir à Trump, n’oublions pas que c’est cette même personne qui a qualifiée la nation iranienne de « terroriste », et qui a refusé des visas à ses ressortissants uniquement parce qu’ils sont iraniens. Il est donc mal placé en termes de diplomatie.

Assiste-t-on à une nouvelle révolution ?
Non, dans la mesure où ça reste pour le moment des événements spontanés, sporadiques. Il n’y a pas de revendications très claires à l’échelle nationale. La capitale, Téhéran, ne s’est pas pleinement mêlée à tout ça. Par ailleurs, le nombre des manifestants n’est pas assez important, on ne peut pas dire que la majorité de la population soit dans la rue. Il s’agit de revendications de pans entiers de la population issue des classes moyennes, mais on est loin d’une révolution. D’autre part, les jeunes iraniens sont très critiques par rapport à la génération de leurs parents qui ont fait cette révolution. Il ne s’agit de toute façon pas de faire la révolution, mais d’écouter les revendications des gens qui sont dans la rue.


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