Mé 67 : les 50 ans de la crise oubliée en Guadeloupe

Mai 67, à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. La manifestation des ouvriers du bâtiments dégénère ... Capture d'écran
Mai 67, à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Capture d'écran

Mé 67, ça vous dit quelque chose ? Il y a 50 ans, la Guadeloupe était secouée par une vague de turbulences, teintées de « marxisme » et de racisme, sans oublier de violences policières. Et pourtant, si le territoire des DOM-TOM n’a rien oublié, les nouvelles générations de Français ne savent pas forcément de quoi il s’agit…

La chronologie des événements de Mé 67

Ce que dit le rapport de 2016 …

Le 30 octobre 2016, un rapport est publié par la Commission d’information et de recherche historique sur les événements de décembre 1959 en Martinique, de juin 1962 en Guadeloupe et en Guyane, et de mai 1967 en Guadeloupe. A l’attention du ministre des Outre-mer de l’époque, Ericka Bareigts, cette commission présidée par Benjamin Stora revient sur les événements de mai 1967, plus connu sous le nom de “Mé 67”. Le but est de reprendre toutes les sources historiques (presse, rapports de police, archives des hôpitaux …) de cette époque pour tenter d’expliquer cette crise, notamment sur la supposée implication du GONG, ou encore le nombre de victimes. Voici les extraits essentiels :

C’est l’obstination de fonctionnaires nommés ou envoyés en Guadeloupe (préfet, procureur, commandants de la légion de gendarmerie et de la CRS, Renseignements généraux) qui ont contribué à cette construction sur la nature et l’activité du GONG. Or, on sait par des renseignements collectés antérieurement que le GONG avait refusé d’envisager un attentat contre le général de Gaulle lors de son voyage aux Antilles, élément connu du préfet grâce aux rapports des RG31. On peut comparer l’action du GONG à celle des groupes d’extrême gauche hexagonaux qui associaient un vocabulaire révolutionnaire et guerrier à des pratiques de militantisme parfois spectaculaires, mais en fin de compte assez classiques (manifestations, tracts, affiches, etc.).

Carte de la Guadeloupe. Source : Google Maps
Carte de la Guadeloupe. Source : Google Maps

“Les deux missions accomplies en avril et en juin 1967 par des fonctionnaires de la police judiciaire et de la DST ont conclu à la non-implication directe du GONG dans le déclenchement et le déroulement des émeutes de Basse-Terre en mars et de Pointe-à-Pitre en mai 1967, même si son vocabulaire révolutionnaire pouvait attirer, ici comme dans l’hexagone en Mai-juin 1968, des jeunes ouvriers ou sans travail, avides d’action et de changements.”

“La question du bilan humain de Mai 1967 est l’une des plus controversées. L’État s’en tient, selon la plupart des archives consultées, à une version, établie au lendemain des événements, de sept puis rapidement de huit morts, dont les identités sont connues. Il s’agit de jeunes hommes « de couleur », tous Antillais. On dénombrerait également une soixantaine de blessés. Le profil de ces derniers est plus diversifié que celui des tués. Parmi eux, se trouvent aussi des blancs métropolitains – dont des femmes – pris à partie dans les rues de Pointe-à-Pitre.”

L’hypothèse de 87 morts, telle qu’avancée par Georges Lemoine en 1985, ou encore celle de 100 ou 200 morts défendue aujourd’hui dans certains milieux militants, ne se fonde sur aucune preuve ou faisceau d’indices. La recherche dans les archives hospitalières du CHU de Pointe-à- Pitre, qui auraient pu permettre d’accéder à une autre version que celles des autorités étatiques, s’est avérée vaine, ces archives ayant été détériorées par l’humidité ou la moisissure. Rapportés à la population guadeloupéenne de 1967 (305 312 habitants), ces chiffres paraissent, quoi qu’il en soit, très élevés pour qu’on n’en ait pas eu connaissance sur place. Paul Tomiche, déféré devant le TGI en Guadeloupe en 1968, a contesté cette version des 87 morts : « 87 morts en Guadeloupe et à Pointe-à-Pitre en un jour ça se saurait su et moi je pense que les survivants de l’époque ne l’aurait pas accepté non plus. Il y aurait eu de violentes réactions et ça aurait dégénéré en termes de couleur de peau. Parce que les jeunes se sachant brimés, tués, s’en seraient pris aux Français, aux blancs en particulier. Alors moi je dis que non. Des centaines de morts, pour moi, ça ne prend pas. »

Pour aller plus loin :

Source : YouTube


Autre article écrit par Roxanne D'Arco Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.