Au Canal Saint-Martin, des associations unies pour les mal-logés

Enfants du Canal
Crédits : Mounir Belhidaoui

Une dizaine d’associations, qui combattent le mal-logement en France, se sont réunies le 16 mars sur les bords du canal Saint-Martin à Paris. En pleine campagne présidentielle, ces organismes voudraient peser et imposer un débat qui a du mal à se faire sa place. Reportage.

Il a fait bon, ce jeudi 16 mars. Les premiers signes annonciateurs du printemps ont commencé à faire surface. Avec même un peu d’avance. Longeant le canal Saint-Martin, les terrasses se sont remplies à vue d’œil sous un joli ciel bleu clair. Un temps qui ferait presque oublier que la France a connu un de ses hivers les plus rudes de ces dernières années, il y a quelques semaines à peine. Des températures qui dégringolaient pour avoisiner, certaines nuits, les – 15 degrés dans le Grand Est. Des nuits glacées dont les premières victimes ont été les sans-abri. 501 d’entre eux ont péri sur la seule année 2016, selon le Collectif Morts de la Rue.

Un combat pas uniquement symbolique

C’est pour ne pas oublier cette effroyable statistique, et rappeler l’exigence de logements pour tous, que des associations se sont mobilisées jeudi 16 mars, en ce lieu symbolique du canal Saint-Martin. C’est là qu’en 2006, les Enfants de Don Quichotte, une association de défense des sans-abri créée par Jean-Baptiste Legrand et son frère Augustin, avaient installé des tentes le long du canal pour rappeler aux décideurs du pays leurs obligations en termes d’hébergement des personnes en situation de précarité. L’association travaille de concert avec Les Enfants du Canal, une autre association née de cette mobilisation. « Il y a dix ans, nous étions ici, avec Les Enfants de Don Quichotte. Symboliquement, c’est très bien de venir ici, mais il faut que ça soit un combat qui ait la même envergure au quotidien, sur le terrain, pour arriver à obtenir tout ce qui est demandé dans le cadre de l’hébergement des plus précaires », affirme Christophe Louis, le président de la structure.

Des tentes dressées rappelaient la condition des sans-abri. Crédits : Mounir Belhidaoui
Des tentes dressées tenaient à rappeler la condition des sans-abri. Crédits : Mounir Belhidaoui

Les Enfants de Don Quichotte n’étaient pas accompagnés « que » par leurs confrères des Enfants du Canal. La Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS), le Secours Catholique, France Terre d’Asile ainsi que la Fondation Abbé Pierre ont, entre autres, tenu à être présents. L’ambiance guillerette du début de manifestation (avec notamment un concert festif du groupe Zebda) a laissé place à un moment grave. Le délégué général de la Fondation Abbé Pierre, Christophe Robert, a pris la parole devant une assemblée attentive.

C’est d’ailleurs ce dernier qui a porté les revendications, micro en main, du Collectif des associations unies sur l’hébergement. Avec comme priorité, « que l’encadrement des loyers soit une réalité », effective, pleine et entière. Mais ce n’était pas le seul souhait des associations présentes, bien conscientes que nous sommes à quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle.  « Nous voulons, dès le premier mois du quinquennat prochain, une loi de programmation financière sur le logement social, sur la mobilisation du parc privé, la création de logements accompagnés, de pensions familles (des logements autonomes pour les personnes en situation de grande exclusion, ndlr), le soutien aux accueils de jour (des centres d’accueil pour accompagner les personnes précaires, ndlr), etc », développe le charismatique personnage.

Interpeller les candidats

Ces demandes sont faites alors que la Fondation Abbé Pierre, et les associations qui ont fait le déplacement jusqu’au canal Saint-Martin, en ont « marre de devoir négocier mois après mois, toutes les années en rappelant les 4 millions de mal-logés. On nous invente des arguments techniques, administratifs pour empêcher ce problème d’avoir une solution alors que c’est une priorité ». Le « on » mentionné vise peut-être l’ancien Premier ministre Manuel Valls. L’ex chef du gouvernement était, au début de son entrée en fonction, en 2014, revenu sur la loi ALUR (Accès au logement et un urbanisme rénové) qui prévoyait entre autres l’encadrement du prix des loyers dans Paris et son agglomération.

Christophe Robert
Christophe Robert, délégué général de la Fondaton Abbé Pierre. Crédits : Mounir Belhidaoui

Alors que Christophe Robert parle au public, on voit des tentes dressées autour de lui. Sur elles, des inscriptions sur feuilles blanches. Sur une, on peut y lire : « Avec ma femme et nos deux enfants, nous occupons un logement sans droits ni titre, c’est la seule solution que nous avons trouvée pour protéger notre famille… et demain ? La rue ». Sur une autre, cette inscription : « J’ai été victime de violences conjugales pendant des années, aujourd’hui, je suis hébergée dans un CHU (Centre hospitalier universitaire)… et demain ? La rue ? ». On voit le regard empli de peine des militants venus assister au rassemblement, qui contraste avec la musique presque enjouée de Zebda. Lorsque nous demandons à Christophe Louis si un sujet aussi grave peut sensibiliser les candidats à l’élection présidentielle, sa réponse ne souffre d’aucune ambiguïté : « Pas du tout. La preuve : comment voulez-vous qu’on en parle puisque même les médias, à part Respect mag, ne viennent pas ici ? On n’a pas de campagne lors de cette élection présidentielle, mais des états d’âme qui coupent complètement les débats de fond », nous affirme-t-il.

« Il y a tout de même des choses qui se font », nous affirme de son côté Christophe Robert. Ce dernier assure que même si ces « politiques tiennent compte de l’évolution de la situation du mal-logement en France, elles ne sont absolument pas calibrées par rapport à l’ampleur des dégâts sociaux provoqués par le mal-logement dans notre pays. C’est une question d’ambition, de priorisation des moyens financiers. On continue à courir après l’exclusion par le logement et on n’arrive pas à sortir de ce problème de façon durable ». Il y a encore du boulot ? Christophe Robert acquiesce. Le mot de la fin, il est en chanson et c’est encore le groupe Zebda qui le donne : « A luta continua ».


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