Louise, femme Chen-inale et contestataire

Louise Chen n'est seulement DJ, c'est aussi une femme engagée à son échelle. Entre droits des femmes, universalisme et lutte contre le racisme, elle raconte tout à Respect mag. Crédit photo : DR
Louise Chen, DJ engagée. Crédit photo : DR

Obsédée par la musique depuis son plus jeune âge, Louise Chen est surtout une DJ du monde. Portrait d’une femme qui, mine de rien, a un bon petit penchant contestataire.

Pull rouge, manteau long et coupe à la garçonne, Louise Chen est tranquillement assise sur la banquette d’un café parisien du IXème arrondissement. Fille d’un père taïwanais et d’une mère alsacienne, la jeune trentenaire a grandi au Luxembourg, dans une ambiance « très multiculturelle et polyglotte ». Et puis très tôt, elle cultive une passion pour la musique. « Je suis comme Obélix, je suis tombée dans la marmite de la musique quand j’étais toute petite », dit-elle en souriant.

L’enfant découvre les classiques. L’adolescente est à fond dans les concerts de rock. L’étudiante se lance dans le milieu, en coulisses dans un premier temps. Et puis, il y a aussi son ex-compagnon, DJ Mehdi, artiste et compositeur hip-hop / électro, décédé en septembre 2011. C’est lui qui va pousser Louise à devenir une DJ accomplie.

« Où sont les filles ? Vous êtes entre keums, vous jouez pour des keums »

« Avant, je mixais dans des bars. C’était un hobby […] Un jour, au détour d’une conversation, je lui ai parlé de l’idée du collectif de filles avec comme nom, Girls Girls Girls. Il a adoré l’idée. » Après l’accident, ses amis proches, notamment Riton et Brodinsky l’ont entouré. C’est d’ailleurs ce dernier qui met Louise Chen en contact avec le Social Club (une boîte de nuit parisienne) pour tenter une première soirée. Puis en vient une autre, et une autre…

Féministe engagée, Louise Chen ? « Au départ, ce n’était pas vraiment politique. Je répondais juste à un manque. Quand j’ai rencontré DJ Mehdi, je n’allais qu’aux concerts. Il voulait que je vienne avec lui. » Mais très vite, il se rend compte qu’elle n’adhère pas et lui demande pourquoi. Sa réponse : « Où sont les filles ? Vous êtes entre keums (mecs en verlan, ndlr), vous jouez pour des keums. Il n’y a rien qui invite à m’amuser. J’aime le hip-hop, le rnb, me sentir sexy quand je danse… L’électro, ce n’est pas ma came. »

Non à la femme DJ comme « simple » produit marketing

Il est vrai que chez Ed Banger (le label de Justice, par exemple, ndlr), à l’époque, on ne comptait que des hommes. Et pourtant… Le message de Louise n’est pas passé inaperçu. De son côté, la DJ veut retrouver l’ambiance des soirées avec les copines, et trouve un vrai noyau qui rassemble différentes compétences. « C’était naïf », estime-t-elle aujourd’hui, avant d’ajouter : « mais c’était un vrai laboratoire pour tenter des choses, un moment de liberté et d’exploration ».

Si depuis, les filles de Girls Girls Girls sont devenues des femmes, chacune avec ses projets, Louise Chen reste attentive à la condition du « sexe faible » dans la musique. Pour elle, « il y a des progrès, mais il en reste encore beaucoup à faire. Attention aussi à ce que la femme DJ ne soit pas juste un produit marketing, parce que ça fait vendre des tickets, et que derrière, on ne retrouve que des hommes aux manettes. Un ami m’a dit un truc très intelligent. Très conscient de ces questions, il pense qu’on est obligé de passer par une étape de « mauvais » féminisme, comme la discrimination positive, avant d’arriver à ce que cela soit naturel et sain. » Pas sûre du chemin, elle l’est pour la finalité : « Il faut qu’on arrive à faire rêver les petites filles autant que les petits garçons. »

« Mixer la musique, mixer les gens »

Et les rêves passent aussi par la musique. Cette dernière, c’est aussi une manière de connecter les gens. Jeune femme, Louise Chen s’est beaucoup penchée sur le hip-hop et le rnb. Mixer, « c’était aussi se lier aux absents. Petite, c’était une manière de me rapprocher de ma famille à Taïwan. Avec mon père, on s’envoyait des cassettes avec ce qu’on écoutait… Il m’a fait découvrir les Rolling Stones, Marvin Gaye, Barry White, les Beatles… C’est une idée que j’ai gardée ».

D’ailleurs, pour la jeune femme, « en mixant la musique, on arrive à mixer les gens ». Une philosophie qui se complète avec sa vision du monde, vue à travers la musique et sans frontière. « Quand on est DJ, tous les genres sont liés, tout est connecté. Sans le blues, y a pas de rock. Sans le rock, y a pas punk. Sans punk, y a pas de disco. Si je pouvais convertir des personnes à penser qu’en 2017, les frontières, c’est plus une construction géopolitique que culturelle… », soupire-t-elle en buvant son cappuccino.

Retour sur la polémique du sketch de Kev Adams et Gad Elmaleh

Donc résumons. Il a une Louise Chen féministe, une Louise Chen universaliste… et une Louise Chen « contestataire » ! Le mot est souligné ainsi parce qu’il revient décidément bien souvent dans la bouche de l’artiste. La polémique sur le sketch de Kev Adams et Gad Elmaleh, diffusé en décembre 2016 sur M6, y tient une grande place. Parmi les gags de la soirée, celui consacré aux « Asiatiques » a fini par faire polémique (cf. l’édito finalement retiré d’Anthony Cheylan sur Clique).

La jeune femme a écrit un édito sur la question pour les Inrocks. « Pour moi, c’était symptomatique de ce qu’il se passe en France, et dans le monde. Sous prétexte d’humour, il y a un manque d’ouverture d’esprit, d’universalité qui me choque », développe-t-elle quelques mois plus tard. « J’ai grandi au Luxembourg et on a tous célébré nos différences. C’était vu comme quelque chose de plus qu’on amenait à la classe. On découvrait les étrangers comme nos égaux, nos amis avant d’être des Grecs, des Portugais ou je ne sais quoi ! »

« Aussi méprisant pour les Français que pour les Asiatiques »

Elle dénonce un sketch aussi méprisant pour les Asiatiques – « avec l’impression que ce n’est pas grave, on parle un peu d’une ‘sous-race’ » – que pour les Français et leur perception des premiers, malgré une ouverture vers l’Extrême-Orient ces dernières années, notamment sur la culture. « Quand j’ai débarqué, en 2004, il y avait encore des gens qui n’aimaient pas les sushis. Maintenant, beaucoup font la différence entre les bibimbap coréens, les ramens, les sushis et voire même la cuisine régionale chinoise. Il y a eu une évolution dans les deux sens. »

Malgré une certaine hésitation face à un sujet éminemment politique, Louise Chen ne regrette pas d’avoir écrit ces lignes en racontant son vécu, ni cet engagement, au final assez discret mais particulièrement ancré dans son quotidien. Par contre, ce qu’elle regrette, c’est une idée très française de l’intégration, où l’on demande à mettre de côté son passé et ses racines… D’accord, on ne va reparler de contestation, mais disons que Louise Chen agit avec passion !

Louise Chen sera aux platines, samedi 25 mars 2017, au Palais de la Porte Dorée, pour le Grand Festival contre le racisme et l’antisémitisme. Plus d’infos en cliquant ici.


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