A Marseille, une salle de boxe pour l’égalité

Boxe égalité solidaire
Crédits : Boxe populaire Marseille

Un joli crochet du droit pour lutter contre le racisme. À Marseille, une salle de boxe créée par quelques militants antifascistes véhicule un beau message de fraternité en aidant une population exclue de la société. Reportage.

Lorsqu’on monte la rue d’Aubagne, on sent pleinement les senteurs de la Méditerranée, on entend distinctement la belle addition de langues étrangères s’interpeller. Une fois passée cette longue rue emplie de restaurants indiens et d’épiciers algériens, on arrive à l’historique Cours Julien. Celui-ci a véritablement pris son essor dans les années 70, lorsque Marseille a décidé de regrouper ses activités commerciales au sein d’une place unique, qui serait en quelque sorte le pont reliant les fruits et légumes d’Afrique aux assiettes européennes.

Remporter le combat contre les préjugés

C’est en plein cœur de ce lieu symbolique de la cité phocéenne que siège le tout aussi populaire Espace Julien, abritant des idées et des initiatives favorisant la mixité et la diversité dans la ville. Cet imposant bâtiment, couvert de tags et autres œuvres de « street-art », est aussi l’antre d’une salle à l’activité sportive intense… et solidaire. Deux soirs par semaine, dans une grande salle nichée au dernier étage du bâtiment, des femmes, des hommes, migrantes et migrants ainsi que des sans-abris échangent quelques coups dans une salle de boxe. Concentration et sérieux sont de rigueur. Pour dix euros par mois, ces cours de boxe « antifascistes et solidaires » sont mis à la disposition d’un public qui, d’ordinaire, est plus désigné comme coupable de tous les maux que bénéficiaire d’un accompagnement.

Boxe solidaire
La salle de boxe solidaire, lieu de respect. Crédits : Mounir Belhidaoui

La salle se remplit assez rapidement, une dizaine de minutes avant le début du cours qui commence à 19h par un échauffement au tempo bien rythmé : petites foulées et étirements au programme. Quelques-uns n’ont pas de matériel (gants de boxe et casque) alors ils feront sans, ou alors on leur en prêtera le temps de ces deux heures de séance. Le cours est donné par Félix, un champion de France de boxe en catégorie jeunes à l’allure si sereine qu’elle en est presque déroutante. « Ici, c’est mixte, presque paritaire, ce qui est assez rare pour un cours de boxe ou la fréquentation et l’ambiance sont en général très masculines », nous assure le jeune homme. Lorsque nous sommes venus le voir, Félix nous a de suite rappelé que celui qui nous « en dirait plus sur cette initiative, ce serait Hazem El Mokkadem », la personne à l’origine de ces cours d’un genre particulier.

Joint par téléphone, Hazem El Mokkadem confirme cette volonté de rassemblement sur fond de militantisme, qui l’a poussé, « avec des amis engagés ou non », à créer le concept. « En réunissant des habitants des quartiers et après beaucoup de discussions, on s’est rendu compte qu’il manquait un lieu accessible à tout le monde, et où la notion de préjugé n’existe pas », nous explique cet ancien combattant qui a créé le club avec « d’autres militants d’un groupe antifasciste de Marseille ». Après divers déménagements dans des quartiers de la ville, c’est finalement à l’Espace Julien qu’ils ont plus « durablement » posé leurs valises depuis deux ans. Un lieu symbolique donc, qui est à lui seul une représentation de la fresque multiculturelle propre à la ville de Marseille.

Un apprentissage du respect

Une notion prédomine lorsqu’on assiste à une des séances proposées dans cette salle de boxe et en écoutant les paroles de Hazem El Mokaddem : le respect. Tout le monde se salue, tout le monde est sur un même pied d’égalité. Lorsqu’un coup un peu trop rude est porté, l’excuse ne tarde pas. L’initiative rejette toute âme qui se laisserait corrompre par la compétition et la supériorité. Car la boxe, avant d’être un sport de combat où l’un prendrait le pas sur l’autre, est avant tout un art « noble », où la bienséance est de mise. « Le seul moment où l’on parle de lutte, c’est quand l’un découvre l’autre avec ses différences. Dans ce cours de boxe, plusieurs gens qui sortent des normes de la société peuvent apprendre à se connaître sans se faire dévisager, et apprennent ainsi ce qu’est le rapport à l’autre, d’où la constitution de duos dans les séances d’entraînements ».

Hazem nous affirme par ailleurs que dans les « rapports tendus qui peuvent être des rapports de violence », la boxe « construit de la confiance » et ainsi une sérénité face au risque. Au-delà de la découverte de l’autre, ces cours de boxe solidaires installent aussi un rapport intérieur pacifié, qui évite ainsi les comportements désespérés. « Le but n’est évidemment pas de former des gens violents, ni des bagarreurs, mais de faire gagner ces personnes en confiance afin qu’ils gèrent eux-mêmes des situations compliquées. »

Hazem, « super bagarreur » du temps où il était « plus jeune », n’a « plus jamais eu de soucis » une fois qu’il a commencé à pratiquer. De quoi convaincre les derniers irréductibles qui pensent que la boxe n’est qu’un sport rustre. A cette dernière (fausse) assertion, Félix, Hazem, mais aussi les pratiquants silencieux et appliqués, un peu déchirés par la vie, répondront que la discipline fait la part belle à la solidarité et construit un indestructible bouclier de protection.


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