Karaoké improvisé avec un réfugié

On a retrouvé Hachem en février 2017, dans un restaurant parisien. Crédit photo : Roxanne D'Arco
On a retrouvé Hachem en février 2017, dans un restaurant parisien. Crédit photo : Roxanne D'Arco

Quelle est la vie d’un réfugié à Paris ? Hachem, un jeune Soudanais de 24 ans est arrivé quelques mois auparavant. Un nouveau rendez-vous à suivre sur respectmag.com, où une fois par mois, le jeune homme racontera sa nouvelle vie, ses obstacles et ses espoirs.

Il s’est passé plus d’un mois depuis le récit de notre première rencontre avec Hachem. On s’est pourtant revus entre-temps. On se donne des nouvelles chaque semaine. Avant Noël, on s’est échangé un petit cadeau. Je lui ai montré comment on écrit « Roxanne ». Notre dernière rencontre remonte au 20 février 2017, à Paris, à proximité de la station de métro Blanche.

Hachem est toujours aussi souriant. Toujours un peu timide aussi. « Regarde ! », me lance-t-il dès que nous sommes attablés. Il montre le dépliant de l’association qui lui permet de travailler, tout en ayant des cours de français.

Paris – Amiens

Il va être livreur sur un triporteur. « Tu aimes faire du vélo ? », demande-t-il, avant de continuer à raconter son quotidien : « Mon appartement est à Amiens, mais je n’aime pas, donc je dors à Paris la plupart du temps. J’attends d’avoir un rendez-vous bientôt pour pouvoir changer d’endroit. » Il a l’air motivé, bien qu’un peu mélancolique. Ses amis habitent tous la capitale française. L’intégration dans une autre ville est plus compliquée pour le jeune homme.

En commandant les plats, il me montre le premier article que j’ai écrit sur lui. « Tu sais, des fois quand je veux demander quelque chose, mais qu’on ne me comprend pas… Je montre l’article sur le téléphone, et je leur dis que c’est moi ! » Il semble tout fier. En revanche, il l’est beaucoup moins quand nos plats arrivent. C’est un peu ma faute… J’ai eu la bonne idée de commander des gnocchis (jusque-là tout va bien) à l’encre de seiches. L’aspect noirâtre et le goût un peu amer ne plaisent pas du tout au pauvre Hachem !

Hachem s'est retrouvé face à des gnocchis à l'encre de seiche... Il a le droit de ne pas être ravi ! Crédit photo : Roxanne D'Arco
Hachem s’est retrouvé face à des gnocchis à l’encre de seiche… Il a le droit de ne pas être ravi ! Crédit photo : Roxanne D’Arco

Mauvais choix pour le menu

« Non, non t’inquiète pas. C’est pas grave », assure-t-il alors que je suis en train de lui montrer les endroits dans son assiette où les gnocchis semblent un peu épargnés par cette sauce noire… Le repas continue malgré tout. Lorsqu’arrive une question sur son avenir lointain, Hachem commence à se faire une idée. Il pense à se marier en France, y avoir des enfants… mais semble intimidé d’aborder le sujet.

« Parle, toi, un peu ! » Apparemment, je l’ai trop fait parler, surtout d’un sujet auquel il ne s’attendait pas. J’aborde alors la suite de nos entretiens et les prochains sujets : sa vie au Soudan et sa décision de partir, son voyage jusqu’ici. « Regarde, j’étais là. Terrible, vraiment ! Des jours et des jours », raconte-t-il alors qu’il me montre des vidéos de bateaux dans la Méditerranée.

Endroit préféré à Paris ? Porte de Choisy

Je pense immédiatement aux trafics, aux conditions inhumaines que beaucoup de Noirs subissent en Libye, mais je ne dis rien. On en parlera le moment voulu. En attendant, je cherche à en savoir un peu plus sur ses activités, ses hobbies. Son endroit préféré à Paris ? « Porte de Choisy. C’est joli, c’est magnifique  ! ». Vraiment ? Pas les Champs-Élysées, ni Notre-Dame de Paris, ni Montmartre ? « J’ai fait le Louvre aussi avec des amis », ajoute-t-il en montrant les photos sur son smartphone.

« Sinon, je n’aime pas danser et sortir dans les boîtes de nuit. Je ne bois pas d’alcool, mais j’aime beaucoup chanter. » Chanter… Donc Hachem chante ? Et pour pousser la chansonnette, il a un meilleur ami : YouTube. D’ailleurs, il se jette sur la plateforme et commence à montrer ses sons préférés, dont beaucoup sont français ! « Tu connais Java ? » Heu non, pas vraiment… Sortant ses écouteurs, il m’en tend un, tandis qu’il se met à chanter.

Par contre, ça va beaucoup mieux après le karaoké ! Retrouvailles avec Hachem, le 20 février 2017, à Paris. Crédit photo : Roxanne D'Arco
Par contre, ça va beaucoup mieux après le karaoké ! Crédit photo : Roxanne D’Arco

Quand Hachem chante … au restaurant !

Viennent alors Thomas Fersen, puis Amine avec « Señorita », SOUF avec « mi amor », Christophe Maé avec « Il est où le bonheur »… Sous mon regard médusé – je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il chante ces tubes-là – Hachem continue tranquillement sa session karaoké. Bien qu’il ne comprenne pas trop pourquoi je ne chante pas.

Il tente alors « The Greatest » de Sia, et je décide de faire l’effort pour ne pas le laisser seul, chanter dans une salle de restaurant de Paris quasi vide (heureusement, d’ailleurs). « Tous les jours, je chante comme ça », lâche-t-il pour conclure cette petite session de karaoké. Il aime aussi beaucoup le foot. D’ailleurs, il doit jouer à 18 heures. Cette fois, je passe mon tour.


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