HK : « On raconte autre chose que de la musique »

Crédits : HK

Il y a des sonorités politiques dans la belle musicalité d’HK. Le musicien de 40 ans allie engagement et poésie avec brio au travers de son nouvel album, intitulé « L’empire de papier ». Respect mag l’a rencontré, et ça donne forcément une interview rythmée !

Salut ! Est-ce que tu pourrais tout d’abord nous rappeler ton parcours ? 

Hello ! Je m’appelle Kaddour Haddadi, mais je me présente sous le nom de HK, mon nom de scène. J’ai  40 balais, originaire du Nord de la France, je suis un « Ch’i rebeu » comme on dit. Depuis quelques années maintenant, j’ai émigré en Dordogne, dans le Sud-Ouest de la France. Je suis saltimbanque et citoyen du monde. Cela fait une bonne quinzaine d’années maintenant que je bourlingue sur les scènes un peu partout, et je viens à cet effet de sortir un nouvel album qui s’appelle « L’empire de papier ».

Ton nouvel album, parlons-en justement. Il est très engagé à l’écoute, ce qui n’est pas très étonnant quand on sait que ça a toujours fait partie de toi… 

Oui. J’ai cette maxime en tête, à laquelle je tiens : « Faisons de nos vies une œuvre d’art, et de notre art une œuvre de résistance. » Les deux sont liés. J’aime m’appuyer sur le réel pour créer un imaginaire, et de cet imaginaire-là pouvoir questionner le réel. Ce sont des allers-retours entre l’art, la création et notre époque, notre monde, celui dans lequel on vit. C’est la relation que je pense avoir avec mon public. C’est une connexion. Il y a autant le rapport artiste / public que celui relatif à la convergence de points de vues, sur un pied d’égalité. Il est d’ailleurs drôle de penser qu’à l’heure où l’économie du disque s’effondre, les gens nous suivent car on raconte autre chose que de la musique. Chacune de mes chansons raconte une histoire de notre époque, qui peut parler aux gens. Il y a cette idée de famille d’une certaine manière.

La musique française peut-elle être engagée aujourd’hui ? 

Je ne sais pas. Chacun a son rapport à la musique. J’ai ce côté mélomane de « faire de la musique pour la musique », un côté un peu poétique en somme. Brel a chanté, entre autres, des chansons d’amour magnifiques. C’est beau, c’est grand, c’est fort, ça me touche et ça me parle. L’idée, dans cette époque où on voit l’art et la culture comme des biens de consommation, est notamment de réussir à ne pas se laisser tirer vers le bas, dans ce consumérisme ambiant. Donc, il faut essayer d’avoir toujours cette exigence artistique. Certains peuvent y mettre de l’engagement, d’autres de la poésie, de l’amour. Peu importe, pourvu que ça soit populaire et exigeant. C’est la moindre marque de respect qu’on doit aux gens qui nous écoutent. On ne doit pas les prendre pour des cons en insultant leur intelligence, pour s’élever ensemble. La musique doit servir à ça.

Ton nouvel album s’ouvre par le titre « Refugee », une chanson de soutien aux réfugiés. Tu n’es pas sans savoir qu’une manifestation de solidarité avait été organisée à Barcelone, qui a réuni plus de 150 000 personnes. Penses-tu cela possible en France ? Que t’inspire ce sujet ?

La France s’est « droitisée » à l’extrême, pour ne pas dire « extrême-droitisée », durant ces dix dernières années. Quand tu as notamment Eric Zemmour, matin, midi et soir, qui se trouve sans contradicteur sur les ondes, dans la presse ou à la télé, et qui déblatère ses délires à outrance, au bout d’un moment, il ne faut plus s’étonner. Je ne parle pas d’ailleurs des autres pseudo-philosophes ou politiques qui le rejoignent. Tout cela créé d’ailleurs une idéologie imposée au fil des années qui commence à faire mal dans les esprits. On est dans un contexte où Marine Le Pen fait 30 % d’intentions de vote et sera vraisemblablement au second tour de l’élection présidentielle. Même si elle ne la gagne pas, elle l’aura néanmoins déjà remporté idéologiquement, car ses idées sont reprises par le candidat de la droite et du centre, mais aussi par certains candidats de gauche. Quand, aujourd’hui, tu parles d’accueil, de fraternité à l’égard des réfugiés en disant : « Ils sont nous et nous sommes eux », tu es très mal reçu. Ce qui s’est passé à Barcelone, c’est beau, on peut aussi aller en Allemagne par ailleurs, où la chancelière Merkel a proposé d’accueillir des réfugiés en nombre. En France, c’est beaucoup plus compliqué, on est sur une autre planète. On passe pour des marginaux quand on dit qu’il faut accueillir des réfugiés de façon humaine, solidaire. Alors on pourrait se targuer du fait qu’on est le pays des droits de l’Homme, mais la réalité c’est qu’il y a du boulot. La France de l’Abbé Pierre et de Coluche, j’ai l’impression qu’on en est loin.

"L'empire de papier", le nouvel album de HK, joliment engagé.
“L’empire de papier”, le nouvel album de HK, joliment engagé. Crédits : HK

Dans la chanson « Sur ma planète », tu dis « Voir tous ces gens qui se mélangent, y en a que ça dérange ». Même si on le devine un peu, de qui parles-tu ?

Il y a effectivement un rouleau compresseur de la pensée, dominé certes par un parti politique aux idées xénophobes. Mais il déborde largement, chez Les Républicains comme dans certaines franges du PS. Il y a des gens tentés par ce discours facile du racisme, de la peur de l’autre et du repli. Tu as aussi les idéologues, comme Alain Finkielkraut et Eric Zemmour, qui ont pignon sur rue. Mais ce passage de ma chanson concerne aussi les terroristes qui rejoignent les xénophobes sur ces idées. Ce sont les deux faces d’une même pièce. Quand l’un prospère, l’autre progresse. Ils s’entendent pour que jamais les gens issus d’horizons diverses ne se fréquentent. Ils veulent qu’on se divise du premier au dernier. En effet, ces deux parties vont tout faire pour qu’on soit en guerre civile contre son voisin. J’ai grandi à Roubaix, entre voisins portugais et italiens. On jouait par exemple au football derrière mon immeuble, on refaisait les Jeux Olympiques, à coups de matchs France / Algérie, Clandestins / Reste du monde… C’est ça la France.

Tu as écrit un livre, « Du cœur à l’outrage », sur fond d’attentats terroristes et de drames migratoires. C’est important pour toi de passer par un autre biais que la musique pour transmettre ton message ?

L’idée était de prendre le temps. Notre époque pose plein de questions : notre rapport au terrorisme, à la notion de sécurité, à l’état d’urgence, et aussi aux différentes crises migratoires. On est peut-être à un tournant, un carrefour. Va-t-on vriller à l’extrême-droite ? Aurons-nous un sursaut ? Ce livre veut prendre le temps de parler de cela autour d’une histoire romancée.

J’ai vu que tu menais des ateliers d’écriture en lycées, sur le thème, entre autres, des réfugiés. Peux-tu m’en parler ?

C’est quelque chose qu’on essaye de développer depuis deux-trois ans maintenant. On a notre petit parcours, notre petite audience, l’idée est d’en donner un peu aux jeunes. Mais en même temps, tu donnes autant que tu reçois. Tu replonges dans cette réalité, tu retombes en enfance, tu apprends la patience. Je m’inscris aussi dans une logique de transmission. C’est un vrai bonheur de revenir dans des petites choses très concrètes. Je sais ce que la musique m’a apporté dans la vie, tu sais aussi ce qu’elle peut apporter aux gamins.


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