Marine Le Pen au Liban, entre passé et présent, juste pour le pire !

La semaine dernière, la candidate du Front national à l’élection présidentielle était au Liban. Une visite qui n’a pas beaucoup intéressé en France, hormis l’épisode de l’annulation de la rencontre avec le grand mufti du pays … Et pourtant, entre entretiens ratés, interviews et dîners pour raviver la flamme du passé, ce voyage n'était pas anodin. Crédit photo : Roxanne D'Arco
La semaine dernière, la candidate du Front national à l’élection présidentielle était au Liban. Une visite qui n’a pas beaucoup intéressé en France, hormis l’épisode de l’annulation de la rencontre avec le grand mufti du pays … Crédit photo : Roxanne D'Arco

La semaine dernière, la candidate du Front national à l’élection présidentielle était au Liban. Une visite qui n’a pas beaucoup intéressé en France, hormis l’épisode de l’annulation de la rencontre avec le grand mufti du pays …

Marine Le Pen. Un nom que l’on entend partout depuis des années. Avec crainte. Avec provocation. Ou même avec espoir pour certains. La semaine dernière, la candidate au poste suprême de la République française était au Liban, les 20 et 21 février 2017 (comme beaucoup des aspirants à la présidence d’ailleurs).

Au programme : des visites à diverses personnalités, parmi lesquelles le président et le Premier ministre du pays de Cèdre, Michel Aoun et Saad Hariri. Une première pour le Front national ! On se souvient encore, par exemple, des images d’une Marine Le Pen attendant à la cafétéria de la Trump Tower, à New York, sans réussir à décrocher un entretien avec l’actuel président des États-Unis.

Des entretiens ratés

Et pourtant, ces entretiens ne sont pas vraiment une réussite ! Comme Le Monde le soulignait dans un article du 21 février, Hariri et Aoun se sont contentés du service minimum. On aurait pu s’attendre à plus de la part du président libanais, chef de ligne des chrétiens maronites, mais non. Les désaccords avec Saad Hariri se sont révélés encore plus flagrants, notamment sur la question du soutien à Bachar al-Assad, puisque le Premier ministre libanais soutient l’opposition, et surtout reste persuadé de la responsabilité de la Syrie dans la mort de son père, Rafic Hariri, tué dans un attentat à Beyrouth, en 2005.

En plus de ce bilan mitigé pour Marine Le Pen, tout le monde n’a pas manqué de commenter l’annulation de son rendez-vous avec Abdellatif Deriane, grand mufti du Liban, à la mosquée Aïcha Bakkar. Motif : la présidente du FN refusait de porter le voile. (Une décision saluée par Jean-Luc Mélenchon sur le plateau de L’Emission Politique, ndlr)

Retours aux sources… de l’extrême droite

Il était évident que Marine Le Pen allait défendre la question des chrétiens d’Orient et rappeler les liens historiques de cette (ces) communauté(s). Même s’il serait peut-être temps de voir les choses sous un prisme autre que celui hérité de nos protectorats, nos colonies et notre paternalisme à la française !

Par contre, une chose étonnante, c’est que Marine Le Pen n’a pas manqué de renouer avec le passé moins glorieux de l’extrême droite française et de son père lors des combats aux côtés des milices chrétiennes durant la guerre civile ! « Lors d’un dîner, organisé dimanche soir dans la cité de Byblos, au nord de Beyrouth, elle a évoqué ce Liban dont elle a ”tant entendu parler dans [sa] famille, évidemment par [son] père”. Il n’y a pas de lien plus fort que le lien du sang versé. Nous avons ce lien, ce lien du sang versé ensemble. Ce lien-là est indissoluble“, a-t-elle affirmé devant une vingtaine de convives, qui avaient été réunis par l’homme d’affaires néoconservateur Roger Eddé. Des informations rapportées par le quotidien Le Monde, qui n’a manqué de rappeler l’implication de plusieurs membres du FN, dont Thibaut de la Tocnaye, membre de la direction de la campagne de Mme Le Pen, à ces combats.

Ça se lâche en interview !

Enfin, dans une interview accordée à L’Orient-Le Jour, quotidien libanais francophone, proche des partis politiques du 14 mars, on y lit une Marine Le Pen à côté de la plaque. Elle loue un système où « l’attachement fondamental des Libanais au Liban, prévaut sur l’identité religieuse ». Sauf que dans ce pays, les affaires familiales sont régies par les communautés, et le mariage civil, par exemple, n’existe pas ! Les journalistes du quotidien ne l’ont pas raté sur la question communautaire. Au point que la candidate du FN finit par lâcher un « À partir du moment où les Libanais se sentent Libanais avant tout, alors ce n’est pas du communautarisme ». Mme Le Pen pourrait-elle adapter cela à la France également ?

Sur la question de la Syrie, elle n’a pas manqué d’appuyer (peut-être encore plus qu’en France) son soutien à Bachar al-Assad : « Si j’avais été à la tête de l’État au moment du déclenchement de la guerre en Syrie, j’aurais apporté mon soutien à Bachar el-Assad contre les fondamentalistes islamistes mais pas en intervenant au sol. À chaque fois que nous nous sommes mêlés des conflits des autres, cela a tourné à la catastrophe. Je pense que la France ne doit intervenir que si le gouvernement vous le demande. » Pas en intervenant au sol ? En aidant un pays où son dirigeant a relâché des « fondamentalistes islamistes » pour envenimer le conflit et en torturant son peuple ?

Décidément, le FN a bien du mal avec les droits de l’homme. On laissera le mot de la fin à Marine Le Pen avec une dernière perle sur la question des binationaux. En effet, pour elle, « Les Libanais ont une relation à la double nationalité qui est une relation d’inquiétude. S’ils sont si attachés à la double nationalité avec la France c’est parce qu’ils craignent toujours le retour de la guerre ». Une analyse un peu facile, non ?


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