À Aubagne, la mission locale donne des outils aux jeunes…

La mission locale d’Aubagne fait partie des quelques lieux expérimentant des ateliers pour expliquer quelques principes aux jeunes concernant la discrimination à l'embauche ou au quotidien.
© Tristan Ricciardi

Comment savoir lorsqu’on est victime de discrimination à un entretien d’embauche et au quotidien ? La mission locale d’Aubagne fait partie des quelques lieux expérimentant des ateliers pour expliquer quelques principes aux jeunes. Reportage.

Il fait gris au pied du Garlaban, en cette matinée du 31 janvier 2017. Tandis que les élèves du lycée de Joliot-Curie, tout proche, s’apprêtent à aller en cours, d’autres arrivent à la mission locale d’Aubagne, ville moyenne située à la périphérie de Marseille. Ils sont une dizaine, filles et garçons, entre 16 et 20 ans, avec un parcours scolaire apparemment compliqué. Ils attendent patiemment le début de cet atelier contre les discriminations. Montée avec le sociologue Olivier Noël, il y a un peu plus d’un an, cette initiative commence à s’imposer petit à petit dans les Bouches-du-Rhône.

C’est quoi être discriminé ?

Les jeunes, eux, sont un peu méfiants à l’idée de voir des journalistes débarquer, et refusent tous d’être pris en photo. Tous sauf un. Antoine, jeune homme portant des lunettes, nous lance un « moi, je m’en fous ».
Samia, la conseillère de la mission locale en charge de l’atelier, se lance. Grande brune aux cheveux bouclés, elle cherche à rassurer. D’ailleurs, pendant ce tour de table, elle nous invite aussi à participer, et nous présenter. Comment parler des discriminations ? Tout simplement en invitant à raconter son histoire personnelle. Le groupe d’aujourd’hui hésite un peu à se lancer, et n’est pas forcément très sûr de cette définition – si adulte – de « discrimination ».

Antoine se jette à l’eau et raconte qu’il a déjà raté un emploi parce qu’il avait les cheveux bleus. « C’est normal si tu n’as pas été pris ! », s’exclament certains de ses camarades du jour. Samia explique alors les différents aspects de la discrimination, et s’appuie sur des anecdotes vécues ou rapportées : « J’ai une jeune qui a postulé pour un poste de vendeuse. Elle est venue avec une copine. Elle avait un bon CV, de l’expérience, et là, le patron a voulu embaucher sa copine venue l’accompagner. Pourquoi à votre avis ? » Alors viennent toutes les hypothèses. Une tenue vestimentaire déplacée ? Elle n’est pas Française ? Une mauvaise maîtrise de la langue ? « C’est important dans la vente », précise un des élèves du jour. La réponse est trouvée par une des formatrices présentes à l’atelier : le physique de la copine accompagnatrice était plus avantageux. Et les exemples s’enchaînent…

La question du voile

L’atelier, c’est aussi un peu l’occasion de vérifier les connaissances de chacun sur des sujets quotidiens que l’on pense acquises. Et quand vient la question du voile, il est étonnant de voir que ces jeunes ne savent pas que la burqa est interdite dans l’espace public. Entre ça, et l’interdiction du voile dans la fonction publique, puisque les signes d’appartenance sont interdits, le sujet est compliqué pour ces jeunes.

Le bal des discriminations continue donc. Viennent les questions du handicap, de la maternité, de l’appartenance supposée à un parti politique ou à un syndicat, l’âge, le lieu de résidence… « On a tous des préjugés. Il faut être vigilant et faire attention à ce qu’on dit et ce qu’on fait », conseille alors Samia, avant de revenir sur des questions de définition : « Retenez bien, la discrimination n’est pas le racisme, mais le racisme est une discrimination. »

Et sur la question des préjugés sur le lieu de résidence, un des jeunes se rend compte qu’il a déjà été confronté à ce problème. Jean-Yves raconte : « Dès que le patron a vu le Charrel, il a tombé la face ». Le Charrel est le quartier prioritaire d’Aubagne. Et pourtant, toute personne qui connaît un peu la ville natale de Marcel Pagnol sait que le coin n’est pas spécialement dangereux, ni celui « qui craint le plus ». Pourtant, ils sont nombreux à y vivre et à avoir été confrontés à un regard négatif de l’extérieur.

Au pays des BBR, sans 99 ?

Pour autant cette logique géographique est importante. « On ne s’autorise pas certains métiers aussi selon son quartier », estime Samia qui raconte son expérience dans certains quartiers de Marseille, où les jeunes pensent que leur meilleure orientation professionnelle est celle de se retrouver derrière un camion poubelle.

Dans ces échanges, on sent que Samia veut leur montrer qu’on peut toujours aller plus loin. Donner à ces jeunes des outils, des clés pour pouvoir se retourner et s’en sortir. A l’aide d’images – publicités, photos historiques… – elle cherche à leur faire passer des messages et dépasser leurs propres préjugés. D’ailleurs, certaines anecdotes décrites par la conseillère de la Mission locale sont assez consternantes : « Vous savez ce que c’est quand un employeur demande que des BBR ? Cela signifie des bleu blanc rouge… Et lorsqu’il précise qu’il ne veut pas de 99 ? Ce nombre est l’indicatif de la sécurité sociale qui indique que l’on est né à l’étranger… »

Les jeunes sont consternés, mais commencent un peu à s’impatienter après quelques heures… Après l’atelier, Samia confie à Respect mag : « On aimerait qu’à terme tous les jeunes puissent échanger sur ces thématiques. L’intérêt, c’est qu’il y ait des débats, qu’ils puissent se rendre compte qu’ils ne sont pas si différents. Beaucoup d’enfants ne parlent pas avec leurs parents. Vous savez des fois, lors de ces ateliers, le débat devient électrique ! » Et les conseillers dans cette histoire ? Samia aimerait bien pouvoir les former aussi, notamment sur les questions délicates. « Vous savez, je connais des collègues qui conseillent d’enlever le voile à des jeunes », affirme-t-elle. Le chemin est long pour arriver à une société sans discrimination…


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