L’Histoire, arme de destruction massive contre les préjugés ?

Témoignages de Samia chabani, Said Boukenouche, Malka et Pierre Lezeau

Depuis toujours, rappeler les moments-clés d’hier ou soixante ans auparavant est une manière de lutter contre le racisme et les discriminations. Dans ce but, des associations continuent à partager les petites et grandes histoires auprès de leur quartier, leur ville et leur région. Témoignages.

Ils sont cinq alignés sur l’estrade, dans la salle de la préfecture de Marseille, en ce 1er février 2017. Bien installés sur leur fauteuil, face au public, chacun d’entre eux est venu raconter son expérience et réfléchir à une thématique : comment l’Histoire peut-elle servir à lutter contre le racisme et les discriminations ? Chacun à son échelle. C’est parfois autour du parcours d’une figure du quartier, d’un moment historique mal ou peu connu des jeunes, d’un traumatisme ou encore d’une ville… Ils sont cinq et nous racontent leur engagement.

Le groupe Marat : focus sur la résistance !

Le groupe Marat est une association de 19 ans. C’est la rencontre entre anciens résistants et la rigueur d’un historien. On fait surtout des expositions photo dans les collèges et les lycées. Au départ, résistance à Marseille puis le champ s’est élargi en voulant montrer que la libération de la Provence venait aussi des colonies (50 % de l’armée française). Nous sommes très documentés.Clément Taich

Le comité Mam’ega, hommage à Françoise et aux quartiers

Pierre Lezeau

L’histoire de Françoise Ega se confond avec le long combat contre le racisme. Elle est née dans les quartiers nord de Marseille. Nous travaillons des Flamants à Fond vert. Quand on parle d’Histoire, il n’y a pas de grande et de petite histoire… Françoise Ega, c’est l’histoire du quartier. L’association a été créée en 1988. Dès les années 70, elle s’est attaquée à la scolarisation des enfants, à la déghettoïsation des quartiers. Elle a aussi posé la question des axes de transports, où l’on observe que les quartiers sont toujours relégués au second plan. C’est l’histoire en marche, en mouvement. Notre travail, c’est aussi que nos rues s’appellent Françoise Ego, Aimé Césaire… et qu’elles aient une identité.Pierre Lezeau

Camp des Milles, rappel douloureux de l’Histoire de France

Le camp des milles

Le camp des Milles, c’est un lieu qui appartient à tout le monde. A la base, c’était une tuilerie. On peut se demander comment un lieu si normal a pu participer à un des plus grands crimes de l’humanité (référence à la Shoah, ndlr). C’est un parcours expliquant comment la République a fait le lit de l’État de Vichy. Entre 1939 et 1940, c’est un camp de réfugiés. Puis sous Vichy, c’est un camp pour des opposants et des réfugiés. 3 500 personnes y sont internées. En 1942, Vichy propose aux Allemands de livrer aussi les enfants juifs en plus des 10 000 Juifs en France demandés. Du camp, ce sont cinq convois avec plus de 2 000 personnes qui partent pour Auschwitz.
Quand on regarde de plus près les génocides arménien, rwandais, et celui des Juifs et des Tziganes, on constate les mêmes processus. Si nous n’intervenons pas sur l’actu directe, cela ne nous empêche pas de réfléchir sur le long terme. Ce lieu, c’est une réflexion importante sur les moyens de résister. C’est éminemment important de résister au quotidien.Monsieur Malka

33 ans après, la mémoire est toujours en marche

Saïd Boukenouche

J’étais acteur de la Marche pour l’égalité. 33 ans après la marche, on peut toujours dire que le racisme est une question politique. On a créé Mémoire en marche pour cette raison, et surtout ne pas oublier cet événement historique. Il faut savoir qu’à l’époque, certains se sont dit que le nom n’était pas très bon et ont appelé ça la Marche des beurs, alors que ce n’était pas la question, mais celle de l’égalité.
Nous étions en 1973. Marseille est une ville raciste et anti-maghrébine. Aujourd’hui, cet épisode est oublié. Pourtant, on avait déjà des problèmes avec les contrôles au faciès… Les gens ne se sentaient pas chez eux. Les policiers savaient qui on était et nous contrôlaient tout le temps. Force est de constater que cette question n’est pas résolue ! On est toujours dans le déni. Et puis, on vit dans un climat délétère […] On s’en rend compte lorsqu’on voit jusqu’où nous en sommes arrivés avec l’affaire du burkini, de foulard ou pas… Les musulmans ne passent pas leur temps à parler de leur religion, mais dans un tel climat, les gens l’affirment plus.
Au final, certains se sont emparés de mots magnifiques comme la laïcité pour en faire quelque chose de discriminant. Arrêtons de penser qu’un groupe pense la même chose.Saïd Boukenouche

Ancrage au cœur de notre histoire

Ancrages Balade patrimoniale Marseille, terre d’accueil, Samia Chabani

Il y a tellement de choses à raconter sur Marseille. Est-ce un point d’accueil ? On veut arriver à articuler notre mémoire migratoire et manufacturière. Marseille est très segmentée dans l’ancrage de ses populations. Nous faisons des balades avec des classes, des étudiants, des touristes, du grand public… Et puis, il y a des épisodes qui ne doivent pas tomber dans l’oubli, comme celui du centre de rétention d’Arenc, qui était une prison clandestine (pour l’hébergement des étrangers en instance d’expulsion, de 1963 à 1975, ndlr). Il ne faut pas oublier non plus les prêtres ouvriers, les membres du PCF (parti communiste français, ndlr) qui se sont beaucoup investis dans les quartiers. Je ne m’accapare pas cette histoire, on est tous capable de s’approprier une histoire universelle, partagée, de la lutte contre le racisme.Samia Chabani

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