Le hip-hop aurait-il perdu sa liberté ?

Le hip-hop serait-il en train de perdre sa liberté ? Rencontre avec Jpain, Ken, Donovan et Karnage, quatre jeunes danseurs passionnés. Ensemble ils ont monté le groupe « La Racine » et le hip-hop : ils veulent en faire leur métier. Crédit photo : Marie de Peufeilhoux
Rencontre avec Jpain, Ken, Donovan et Karnage, quatre jeunes danseurs passionnés. Ensemble ils ont monté le groupe « La Racine » et le hip-hop : ils veulent en faire leur métier. Crédit photo : Marie de Peufeilhoux

L’affiche rouge et bleue du centre Laplace est placardée sur les abribus et dans le métro… Il faut marquer le coup. Pour sa première saison, le nouveau centre dédié au hip-hop, situé sous la toute neuve canopée des Halles de Paris, affiche une programmation riche et variée : conférences, spectacles, expositions… Le hip-hop serait-il sur le point de devenir une discipline conventionnelle ?

En 2014, Martine Aubry, maire de Lille, ouvrait le bal du hip-hop avec l’inauguration du Flow à Lille-Sud, premier centre européen entièrement dédié aux cultures urbaines. Deux ans plus tard, le mouvement s’implante à Paris avec l’ouverture du centre Laplace à Châtelet. C’est ensuite l’université qui emboîte le pas. Depuis 2015, il existe désormais un pendant hip-hop au diplôme national supérieur professionnel de danseur (DNSPD). L’objectif de ce dernier étant de «reconnaître les compétences professionnelles de cette population de danseurs, au même titre que les danseurs en danse classique, contemporaine ou jazz », d’après le Journal Officiel du Sénat.

Le hip-hop serait-il en passe d'être trop institutionnalisé ? L'essentiel reste quand même la danse, peu importe le diplôme. Jpain et Donovan dans le 14ème, où les deux jeunes danseurs > s'entraînent régulièrement.
Jpain et Donovan dans le 14ème, où les deux jeunes danseurs s’entraînent régulièrement. Crédit photo : Sébastien Mignot.

Ces différentes initiatives témoignent bien de la préoccupation de l’État pour le hip-hop. Mais l’objectif demeure flou : S’agit-il de reconnaître une culture et de valoriser des talents ? Ou peut-être une volonté de contrôler cette discipline qui jusque-là échappait à l’État ? Est-ce un coup politique ? Ces initiatives répondent-elles aux besoins des danseurs? Et surtout, comment sont-elles perçues par les concernés ?

« Le diplôme ne changera rien à notre manière de faire du hip-hop »

Le nouveau diplôme ? Les jeunes danseurs y sont plutôt indifférents. L’un d’entre eux, Jpain, élève de la JusteDeboutSchool (école de hip-hop située dans le 20ème arrondissement de Paris, ndlr) en ignorait même l’existence : « Ce n’est sans doute pas une mauvaise chose le diplôme, mais l’important n’est pas d’en avoir un, c’est de se faire connaître… et pour le hip-hop, c’est uniquement en faisant des battles, en allant dans la rue … qu’on y parvient ».

Leur professeur n’est pas du tout du même avis. Pour elle, ce diplôme est loin d’être inoffensif. « Ils veulent nous imposer leur vision de la danse, ils veulent en faire quelque chose de beaucoup trop académique ! Cela risque d’exclure tous ceux qui ne sont pas très scolaires, et qui n’aiment pas la théorie » explique-t-elle. « Cela se voit que ça n’a pas été pensé par des danseurs de hip-hop ! La preuve, ce n’est même pas un danseur de hip-hop qui en assure la direction ! Et puis nous n’avons pas besoin de cela ! Nous sommes très forts en France, nous avons d’excellents danseurs qui ont fait leur preuve sans ce diplôme ».

La pratique du hip-hop nécessite de grands espaces pour répéter sans avoir à se soucier du volume sonore. « Il y a bien déjà les MPAA (Maison de Pratiques Artistiques Amateurs), reconnait le professeur, mais la répartition est toujours inégale, les créneaux sont toujours réservés à la danse contemporaine, explique-t-elle ensuite. Ken, un des danseurs ajoute « Même au 104 (centre culturel du XIXème arrondissement) les choses ont changé, on ne peut plus mettre sa musique comme avant. Il faut s’inscrire en avance, alors qu’avec le nouveau centre de Châtelet, on a de l’espace et c’est même ouvert le dimanche ! Et c’est que pour le hip-hop ! »

« Avant de vouloir contrôler le hip-hop, il faudrait déjà vouloir mieux le découvrir et le connaître »

Un intérêt de façade. Voilà ce que reprochent en réalité les jeunes à toutes ces nouvelles initiatives. Ils ont l’impression d’être utilisés pour faire valoir l’image politique de certains sans qu’il n’y ait d’intérêt réel pour leur passion du hip-hop. « C’est superficiel, ils font semblant de s’y intéresser ! Il faudrait surtout que les gens aient envie de connaître, qu’ils rencontrent des danseurs, qu’ils assistent aux battles, raconte Donovan. Il faut davantage éduquer au hip-hop ».

Ils reconnaissent néanmoins que les lignes bougent : les centres d’animations et de loisirs proposent de plus en plus de hip-hop, les cours sont souvent pleins, et la discipline commence à être abordée à l’école. « C’est un travail sur le long terme… On ne verra les bénéfices que dans quelques années » conclut sagement Jonathan. Et en attendant, ce qu’ils voudraient…C’est qu’on les laisse danser en paix.

Marie de Peufeilhoux


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