Karim Duval : « J’ai grandi sans frontières »

L'humoriste Karim Duval sur scène
© Margot Raymond

HUMOUR – A lui seul, il incarne trois continents : l’Afrique, l’Asie et l’Europe. Ses origines lui ont inspiré un spectacle qui parle de diversité, mondialisation et met en scène des personnages hauts en couleur, comme ce professeur de musique adepte de silence ou cet ami espagnol dragueur à la guitare. Derrière l’humoriste qui affectionne la gestuelle et les accents, il y a l’homme sensible et réfléchi qui nous dévoile son parcours atypique. Rencontre dans un café près du théâtre du Point Virgule à Paris.

Prénom : Karim. Nom : Duval. Et «avec cette tête là !» comme il le dit en préambule de son spectacle «Melting Pot». Par cette tête là, il veut dire un (joli) minois aux traits asiatiques… étonnant au vu de son patronyme. Et pour cause, le jeune humoriste est franco-sino-marocain. Rien que ça ! Un sacré métissage que beaucoup félicitent. «Pourtant, je n’y suis pour rien. Je préférerais qu’on me dise bravo pour ce que je fais et ce que j’essaie de faire plutôt», confie-t-il. C’est à dire, aujourd’hui, écrire et jouer des spectacles après avoir été cadre ingénieur dans une grosse boîte internationale… Mais n’allons pas trop vite.
Ce trentenaire réfléchi et quelque peu réservé, en dehors des planches, est né d’un père franco-berbère et d’une mère chinoise née à Tahiti. Les deux se sont rencontrés à Montpellier pendant leurs études. Karim est né à Aix-en-Provence mais a vécu toute son enfance et adolescence à Fez au Maroc. Vous suivez toujours ?

Soupe culturelle et sociale

Son enfance «heureuse» est jalonnée de rencontres multiples et diverses avec des personnes de toutes origines ou milieux sociaux, «une vraie soupe culturelle et sociale», comme il aime à le dire. «J’ai grandi sans frontières. C’est une chance d’avoir baigné dans toutes ces diversités qui coexistent ensemble». Et aussi un formidable laboratoire pour aiguiser son regard sur les gens, leur façon de parler, de bouger…. des gens qui deviendront plus tard des personnages de scène.
Bac en poche, il poursuit ses études en France. Il enchaîne maths sup, maths spé, Centrale. Très vite, Karim intègre une multinationale où s’ouvre à lui la carrière toute tracée qu’il avait envisagée. Lui enfant du monde se voit déjà comme le chantre de cette mondialisation qu’il incarne d’une certaine manière. Mais finalement, il trouve cette vie et ce boulot «trop faciles», ça manque de labeur et d’incertitudes. Parallèlement à son activité professionnelle, il suit des cours d’improvisation théâtrale à Antibes. «J’ai découvert le plaisir incroyable d’écrire des sketchs et de faire rire». De fil en aiguille, l’artiste en herbe décide de se consacrer pleinement à cette nouvelle passion. Il quitte son job, s’installe à Lyon. En 2011, il fait son «Comic Out». L’année d’après, Karim Duval rencontre Léon Vitale, comédien et metteur en scène, lors du festival d’Avignon, une rencontre décisive pour la suite de son parcours.
«Léon trouvait que je n’assumais pas assez mes origines». Celui qui deviendra son metteur en scène le pousse donc à exploiter cet aspect dans son humour. Le spectacle Melting Pot est né. Pas question pour autant d’en faire une marque de fabrique. «Dans mon spectacle, je parle des origines pour mieux m’en détourner. En fait, on ne peut pas s’empêcher de me demander ce que je suis quand on entend mon nom, mon prénom et qu’on me voit. A la douane, au Maroc… Du coup, avec ce spectacle, je fais les présentations. J’affirme mes origines et le dit une bonne fois pour toute, pour ne pas avoir à y revenir».

Humour pour tous

Après plus de 200 représentations à Paris et Lyon, jouer ce spectacle est «devenu comme un jeu» tant il est à l’aise dans ses personnages qu’il incarne avec truculence, accents, mimiques et gestuels à l’appui. On y retrouve un athlète sans papiers champion de triathlon aux JO de Gibraltar, le Pdg d’une multinationale de roses vendues dans la rue, de lui-même étudiant fauché qui se rêve animateur musical dans une maison de retraite chantant à tue-tête «Vis chaque jour comme le dernier padapapaaa» ou «chante la vie chaaaante»… Et chaque fois, «c’est le même plaisir», glisse-t-il les yeux pétillants. «J’ai envie de créer mais je veux le faire bien et sur du long terme alors je prends mon temps et je continue d’apprendre».
Une fois les présentations faites donc, le comédien se verrait bien traiter de la notion de sacré. «Je trouve que notre société a balayé le sacré pour le remplacer par l’écologie, l’école…. La question de la “France périphérique”, comme on l’appelle aujourd’hui, m’intéresse également». De l’humour sur des sujets aussi sérieux, vraiment ? «Mais l’humour n’aborde que des sujets sérieux ! rit-il. La complexité amène la contradiction et la contradiction l’humour». CQFD. Dans tous les cas, il se refuse à l’humour communautaire. «Je m’interdis les “Nous les Marocains, nous les Français ou Nous les Chinois”… J’ai la volonté de faire des spectacles pour tout le monde, jeunes, vieux, urbains, ruraux quelle que soit l’origine».

A voir
Karim Duval joue au théâtre du Point Virgule à Paris tous les dimanches et lundis à 20h00 jusqu’au 15 juin puis les jeudis, vendredis et samedi à 19h cet été.
Il participe au show Le point Virgule fait l’Olympia et Bobino des 11, 12 et 13 juin.


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