Cours d’arabe : cette fatigante hypocrisie

Calligraphie arabe, Villa Méditerranée, Marseille. Crédit photo : JeanneMenjoulet&Cie / Flickr
Calligraphie arabe, Villa Méditerranée, Marseille. Crédit photo : JeanneMenjoulet&Cie / Flickr

En ce début janvier, une affaire de policiers municipaux envoyés stopper des cours d’arabe dans une ville du Var a défrayé la chronique. Un élément de plus dans un « débat » sur l’apprentissage de l’arabe, qui existe depuis des années. Du temps perdu inutilement, et une grosse hypocrisie !

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque tous les médias ont commencé à parler de cette fameuse affaire de Six-Fours-les-plages (Var), ce 4 janvier 2016 ! C’est bien la première fois que je vois le nom de la ville de mes premières années faire les titres des médias nationaux…

Resituons le contexte. On nous a parlé d’une mère de famille qui publiait à la rentrée (le 25 septembre 2016 pour être précise) sur Facebook, une note des professeurs de son enfant scolarisé en primaire, sur l’inscription à des cours d’arabe. La mention « retournement obligatoire » a été mal comprise, et la dame a exprimé son indignation face à l’obligation faite aux élèves de suivre des cours d’arabe. Bien évidemment, il est choquant de forcer tous les élèves de France et de Navarre à suivre des cours de langue non souhaités.

Contre le « communautarisme », mon œil !

Or, il ne s’agit ici que de cours facultatifs, dans le cadre du système d’enseignement de langue et culture d’origine (dit ELCO), allant d’une heure et demie à trois heures par semaine. D’ailleurs, ils sont destinés aux élèves originaires de pays étrangers. On compte neuf pays concernés : l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, mais aussi la Croatie, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Turquie et la Serbie. Mais qu’importe ! La polémique enfle (je vous conseille de lire cet article-là des Décodeurs pour en savoir plus). Jusqu’à ce qu’en fin novembre 2016, le maire de Six-Fours-les-Plages, Jean-Sébastien Vialatte (LR) décide de s’opposer à la tenue de ces cours, et envoie la police municipale.

Les suites de cette affaire ne remontent qu’au 4 janvier 2017 sur les réseaux sociaux, et du coup dans les médias. De là, on ressort les grandes tirades de députés accusant la ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem de « communautarisme » (comme Annie Genevard des Républicains), sans oublier les jolis raisonnements nous expliquant qu’en enseignant l’arabe aux enfants, nous ne sommes pas sûrs qu’on ne cherche pas à les convertir à l’islam (comme le disait un chargé de mission pour le FN dans le Lot en 2015)… Attention, je ne dis pas que des dérives sur ce système n’ont pas été dénoncées.

Bon, ces personnes-là ne semblent pas connaître la subtilité de la langue arabe, sa renommée littéraire et la beauté de sa calligraphie. D’ailleurs, je leur conseille de s’y mettre et de juger par eux-mêmes !

Apprendre une langue pour connaître ses racines… ou une culture

Enfin, arrêtons l’hypocrisie légendaire qu’est la nôtre. Pourquoi enseigne-t-on principalement l’allemand, l’espagnol et l’italien en seconde langue vivante ? C’est bien par héritage culturel et quelque part par « communautarisme », jugé, celui-ci, bien moins obscurantiste.

Personnellement, j’ai pris italien en LV2 au collège parce que j’avais envie de connaître la langue du pays d’origine de ma famille (et j’ai même appris des mots et des phrases à ma petite sœur alors qu’elle n’avait que trois ans et ne maitrisait pas encore la langue de Molière !). Je peux aussi vous assurer qu’en cours, pas mal de noms de famille des élèves avaient la connotation qui allait avec (donc des « i », des « a », et des « o »). Connaître ses racines, c’est aussi se construire soi-même. Multiplier ce genre de possibilité, cela pourrait peut-être permettre aux élèves de s’intéresser autrement à l’école.

D’ailleurs, s’il est possible de s’inscrire en arabe en tant que seconde langue, la mise en œuvre est plus complexe. La plupart du temps, manque de professeurs oblige, c’est via le CNED que ça se fait. D’expérience, apprendre une langue vivante par ce canal n’est pas une très bonne idée. C’est fastidieux, on se sent seul et c’est tout sauf vivant ! Le personnel politique et la population doivent savoir évoluer avec leur temps.

Non seulement les élèves avec une famille venant d’un pays arabophone sont demandeurs, mais d’autres aussi pour leur avenir professionnel. Alors arrêtons l’hypocrisie, et au lieu de tempérer en notant que ce sont des cours hors du temps scolaire, assumons les choses. Donnons plus de moyens pour avoir des professeurs formés en France, et mettons vraiment en place des cours au même titre que l’allemand, l’espagnol, l’italien… ou même le chinois !

Ces propos n’engagent pas la rédaction 


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