A la rencontre de Morgane, thésarde et férue de sciences

Morgane a réussi ses études scientifiques malgré les obstacles liés à son handicap. Crédit photo : Morgane Bunel

La détermination et l’anticipation sont les deux maîtres mots qui ont permis à Morgane d’arriver au bout de ses rêves universitaires. Un parcours qui n’était pas si simple, mais gagnant pour la jeune femme.

« La recherche pour moi, c’est important parce que c’est un domaine où l’on ne peut pas se lasser, explique Morgane Bunel, il y a toujours quelque chose à chercher [rires] ». Enjouée, souriante, positive, la jeune femme de 27 ans n’a pas cherché longtemps par contre avant de trouver sa voie, et ce malgré les difficultés. Tétraplégique incomplète, elle doit se déplacer en fauteuil. Ce qui ne l’a pas empêché d’aller au bout de sa formation de scientifique en biochimie. « Ce qui me plaisait aussi, c’est de travailler sur le sujet du chien. Ça permet de lier l’agréable au travail, puisque j’ai un compagnon à quatre pattes avec moi », ajoute-t-elle. Un compagnon devenu la mascotte de leur équipe d’une vingtaine de chercheurs, et qui répond au nom de Fonzi, en référence à la série « Happy Days ».

« Je n’ai rien lâché »

Avant d’intégrer l’équipe génétique du chien au sein du CNRS de Rennes, Morgane a passé un bac scientifique. « Pour aller dans la recherche, c’est un peu le minimum ! », s’amuse la jeune femme. Elle poursuit dans un IUT en biologie à Quimper, dans le Finistère, pour ensuite étudier à l’INSA (Institut National des Sciences Appliquées) de Toulouse, une école d’ingénieur, durant trois ans. « C’est dès l’IUT que j’ai eu la révélation du domaine dans lequel je voulais travailler et au final, je n’ai rien lâché pour arriver aujourd’hui à la fin de ma thèse » résume aujourd’hui la chercheuse, avant d’ajouter : « Quand je regarde mon parcours, il n’est pas forcément atypique. Je me suis donnée les moyens de l’atteindre, pour moi, ça rien d’exceptionnel même si ça l’est pour certains. Je suis en fauteuil depuis ma deuxième année d’IUT, ce qui a été un bouleversement, mais je ne me suis jamais posée la question “alors qu’est-ce que je vais faire maintenant que je suis handicapée !” ».

Pourtant, quelle que soit la structure où elle est arrivée, Morgane était à chaque fois la première femme à mobilité réduite. Une situation qui a demandé l’adaptation des locaux, de l’emploi du temps… – autant pour elle, qu’aux personnes qui l’accueillaient. Donc lorsqu’on lui demande quel conseil elle pourrait donner à des personnes handicapées souhaitant faire de longues études, elle répond cash : « trouver le bon interlocuteur, la personne qui va se démener avec vous pour faire que votre projet aboutisse».

Devoir justifier sa place

L’importance est de taille, surtout lorsque les personnes autour ont énormément d’a priori. Selon la jeune femme, les personnes handicapées doivent prouver deux fois plus que les « valides » qu’elles méritent d’aller là où elles souhaitent. « C’est aussi en ça que je suis très reconnaissante envers la directrice – ma chef aujourd’hui – qui n’a jamais douté de mes compétences. Ça a été une vraie rencontre entre nous parce que je n’ai jamais eu à justifier ma place », reconnaît Morgane, avant de confier une anecdote : « quand j’ai fait mon stage professionnel de six mois en école d’ingénieur, j’expliquais que du coup j’allais être diplômée en tant qu’ingénieure, on me disait “ah oui, mais qu’est-ce que tu sais faire ?” »

Une remarque qui laisse encore aujourd’hui un souvenir amer… Elle justifie : « J’ai eu des adaptations dans ma scolarité comme un secrétaire d’examen ou un temps supplémentaire pour certains TP [travaux pratiques, ndlr]… En tout cas, je n’allais pas dans une branche où je ne pouvais pas être autonome». Malgré ces obstacles, Morgane Bunel est actuellement en pleine rédaction de sa thèse, un défi qui sera lui aussi relevé avec brio !

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