Etienne Hoarau, le globe-trotteur humaniste

Etienne en plein voyage en Amérique. Crédit : Etienne Hoarau
Etienne en plein voyage en Amérique. Crédit : Etienne Hoarau

Etienne Hoarau, 38 ans, est atteint du syndrome de Little, et se déplace avec des béquilles ou à vélo. Ce deuxième moyen de locomotion lui a permis de se lancer dans un pari fou : la traversée de l’Amérique, du sud au nord. De ce voyage, il en a tiré une nouvelle vie.

Quel regard portez-vous sur votre parcours personnel et professionnel aujourd’hui ?
Ça n’a pas été évident au niveau des études. Quand tu as un handicap, tu fais beaucoup d’hôpital, et puis l’intégration s’est mal passée alors j’ai commencé par… rater le BEPC ! [rires] Ça commençait mal. Et puis après un BTS et le monastère – je voulais être moine à l’époque –  je commençais à trouver ce qui m’intéressait, alors ça allait mieux.  Ensuite, j’ai fait un master en commerce et le voyage ! Comme tous les voyageurs qui partent comme ça, sur une longue période, j’ai changé de vie après cette étape. Moi, ça a été mon cas, d’autant plus avec le livre.

Comment a démarré votre maison d’édition, Mille regards ?
Au départ, un éditeur est venu me voir et m’a proposé d’écrire un livre, racontant mon voyage en Amérique à vélo [A contre-pied, ndlr]. Ce n’était pas mon idée. J’ai accepté mais il n’était pas hyper sérieux. Je me suis totalement impliqué dedans, et lui, mettait un peu moins d’énergie. Je lui ai dit : « écoute, si c’est comme ça, je vais terminer tout seul ». C’est ce que j’ai fait [en créant ma maison d’édition] et j’ai été très surpris que ça intéresse beaucoup de gens. Je m’attendais à le vendre à mes amis mais au final, ça a tourné dans les librairies, les rencontres. Quand je fais une conférence, des gens vivant le handicap parfois très difficilement me disent « c’est super, des choses positives se créent».

Est-ce que vous avez dû faire face à des difficultés avant de lancer Mille Regards, et si oui, lesquelles ?
Toujours ! Ce qui est difficile en France, c’est que quand tu veux ouvrir une boîte, il faut au minimum 200 000 euros de chiffres d’affaire. Il y a beaucoup de choses à payer, et ce n’est pas évident. Moi, je suis passé en autoentreprise, c’est un format super !

Où en est la vie de votre ouvrage « A contre-pied » ?
Aujourd’hui, environ 7 000 livres ont été vendus.  On aimerait le publier aux Etats-Unis. C’est une traversée en Amérique, et les Américains aiment et ont la culture du challenge.

En quoi ce premier voyage – entre le sud et le nord de l’Amérique – a-t-il changé votre vie ?
C’était une étape de ma vie, il fallait que je le fasse. Je suis parti sur un coup de tête. J’avais une petite amie et les parents ont refusé notre relation à cause de mon handicap. Ça m’a mis en colère. Il fallait vraiment que je parte, que je rencontre des personnes qui vivent, ou ont vécu l’exclusion. Ça va plus loin que le handicap, c’est lié à la maladie, à la pauvreté… Ces personnes ont réussi malgré tout. Ça m’a donné une bouffée d’air énorme. C’était très riche. Je ne pensais pas du tout que ça évoluerait ainsi. Par contre, je savais dès le début que j’allais devoir me dépasser.

Après l’Amérique, vous vous êtes lancé dans d’autres aventures (traversée avec le Transibérien, l’Inde, et actuellement la Chine), au final, que vous apporte le voyage ?
Le monde est petit. Mais je me demande des fois à quel point j’aurais été différent si j’étais né en Chine ou au Viêtnam. Le fait de voir des gens qui pensent différemment, ça apporte de la richesse. Je trouve les gens extraordinaires. Les Français, sont pour moi les gens les plus généreux. Dans les associations humanitaires, on se rend compte que beaucoup viennent de notre pays et sont capables de beaucoup. Après, en France, on a tendance à se recroqueviller. Il suffit de se bouger un peu et on peut faire des choses géniales ! C’est que du positif le voyage.

Vous avez un credo : «  ne pas vaincre le handicap mais faire la paix avec lui », cela vous semble-t-il possible désormais en France, comparé à la situation il y a quelques années ?
Ce n’est pas facile. L’autre jour, j’étais dans la rue pour me rendre dans un café. Une personne est venue vers moi. Il avait 48 ans et m’a dit : « J’ai vu les béquilles, et je vous ai vu marcher, c’est difficile mais vous avez de l’énergie ». Lui, cachait son bras, et il avait la main « hachée » depuis plus de 20 ans, et il ne l’avait pas accepté.  Je connais des personnes handicapées qui acceptent leur vie et s’en sortent vraiment bien. On n’est pas moins capable que tout le monde. Je cherche à montrer tout ce qu’il y a de magnifique dans le handicap : le prêtre sourd et aveugle Cyril Axelrod, le chanteur Andrea Bocelli, Mimie Mathy qui ne s’est jamais plainte mais a toujours foncé – toutes ces personnes qui sont devenus des exemples pour moi et que le handicap a creusé jusqu’à devenir très humain.

*Le syndrome de Little est une affection neurologique, provoquant une paralysie plus ou moins importante des deux membres supérieurs ou inférieurs (paraplégie).

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