Laëtitia Bernard : Toujours plus loin, toujours plus haut

laetitia bernard, journaliste et championne de saut d'obstacles - crédit photo : Alexandra Luthereau

Sauter des obstacles, que ce soit à cheval ou dans la vie, semble être un principe chez Laëtitia Bernard. La jeune femme de 33 ans, née non-voyante, est non seulement journaliste pour l’une des radios les plus écoutées de France mais aussi championne d’équitation. Un parcours exceptionnel semé de rencontres cruciales et de travail.

Sa longue chevelure brune et son sourire chaleureux ne vous diront peut-être rien, en revanche sa voix vous l’avez sûrement déjà entendue dans le journal des sports de France Inter. Laëtitia Bernard, aveugle de naissance, nous accueille dans son bureau du 5e étage de la maison de la Radio à quelques jours de son départ pour les jeux paralympiques de Rio qu’elle va couvrir. Le sport, elle connaît bien. Elle-même est cavalière de haut niveau, sacrée cinq fois championne de France de sauts d’obstacles.

C’est à l’âge de 13 ans que démarre sa passion de l’équitation, transmise par une monitrice de sa ville d’enfance, Toulouse. « Elle m’a considérée comme une cavalière à part entière. Elle a adapté sa pédagogie à mon handicap, elle m’a fait découvrir l’obstacle et fait progresser. J’ai apprécié les sensations, la technique. Du coup j’ai commencé à me régaler », se souvient Laëtitia Bernard. Devant ses progrès, l’adolescente est rapidement encouragée à concourir. Et dès son premier championnat handisport, elle rafle deux médailles. De quoi nourrir son goût pour les défis. « J’ai pour habitude de toujours donner le meilleur de moi-même, confie-t-elle. Quand je fais quelque chose, j’aime aller le plus loin possible ».

Passionnée avant tout

Cette obstination lui vaut également de poursuivre de brillantes études. D’abord, réussissant le concours d’admission, elle intègre Sciences-Po Strasbourg où elle envisage se former à des fonctions européennes sur le sujet du handicap. Mais, entre la crainte d’être cataloguée « personne handicapée qui s’occupe du handicap » et celle d’être trop « impliquée émotionnellement », elle préfère s’orienter vers une autre passion, la radio. « Je me suis dit que je serais beaucoup plus épanouie en tant que journaliste, et que je pourrais également avoir un impact sur le handicap de manière indirecte et percutante ». A la faveur de la bourse Julien Prunet qu’elle décroche, elle complète sa formation au centre de formation des journalistes (CFJ) de Paris, à l’issue de laquelle elle enchaînera les missions chez Radio France jusqu’à ce poste à la direction des sports.

Ses succès, qu’ils soient sportifs ou professionnels, la jeune femme les attribue à « la chance d’avoir grandi dans une famille équilibrée, d’avoir des passions et d’avoir rencontré des personnes formidables ». Une question de chance peut-être mais de beaucoup de travail aussi : « j’ai bossé, bossé, bossé », confirme-t-elle.

Des solutions sont possibles

Loin de « [se] considérer comme un modèle », Laëtitia Bernard n’entend pas « donner de leçon » à qui que ce soit mais elle l’assure : « si je peux apporter de l’aide, je le fais bien volontiers ». Alors quand on la sollicite pour des conseils, un témoignage ou la participation à un événement sur le handicap elle répond présente, quand son emploi du temps (chargé) – entre les entraînements, son travail, ses loisirs – le lui permet. A toutes ces personnes, elle souhaite transmettre un message positif mais aussi lucide : « Un handicap n’empêche pas de s’éclater, de faire des choses chouettes, de progresser, d’aller loin. Tout n’est pas possible bien sûr mais, en étant créatif, on peut trouver des solutions ».

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