J’irai découvrir le 9.3 avec vous

Le 13 juillet, Wael Sghaier en mode stop pour Sevran. crédit photo : Mon Incroyable 93
Le 13 juillet, Wael Sghaier en mode stop pour Sevran. crédit photo : Mon Incroyable 93

Wael Sghaier a grandi à Aulnay-sous-bois. Fatigué de l’image négative de la Seine-Saint-Denis, le jeune homme de 30 ans s’est lancé un défi un peu fou, il y a deux ans : voyager à travers le département. Il y a dormi, mangé, marché … allant à la rencontre des habitants, comme une célèbre émission télé. Une démarche positive, qui l’a poussé à retenter l’expérience cet été. Interview.

Comment est venue l’idée d’un « J’irai dormir chez vous » (diffusé sur France 5), version Seine-Saint-Denis ?
Je suis d’Aulnay-Sous-Bois, dans le département. Après mes études, je travaillais dans le marketing pour les croisières. Concrètement, je vendais du rêve à de riches croisiéristes qui ne s’intéressent pas vraiment aux lieux où ils vont. Ça m’a donné envie de vraiment expliquer les réalités des territoires en général, et je me suis rendu compte que je ne connaissais pas celui où j’avais grandi … D’où le projet, il y a deux ans et demi, quand j’ai repris mes études.

Certains profs m’ont poussé à le faire, alors que pour moi, c’était un peu une bonne blague et un moyen de retrouver de vieilles connaissances. J’ai été pris en stage pendant quatre mois au comité départemental de Seine-Saint-Denis. Le but : écrire un blog de voyage sur mon initiative avec de l’audio, des portraits… Et cet été, j’ai décidé de repartir avec une caméra.

Qu’est-ce qui vous a poussé à retenter cette aventure ?
Le grand public et certains médias, qui continuent à casser du sucre sur le dos de la Seine-Saint-Denis, ne savent pas forcément ce qu’il s’y passe. L’image est quelque chose de fort donc ça s’est imposé comme medium, et ça tombait bien puisque j’ai toujours voulu faire de la réalisation.

Qu’est-ce qui va en sortir de ce voyage ?
Un film et un bouquin, j’espère ! Je cherche un nouvel éditeur, mais aussi à prendre le temps d’écrire le livre. Maintenant, je peux lier les deux voyages, et voir comment le département évolue sur cette période. J’essaie de vendre le documentaire, et de le monter dans le même temps. L’important, c’est que les gens se l’approprient.

Je me suis rendu compte que je ne connaissais pas celui où j’avais grandi…»

Qu’avez-vous découvert de plus en Seine-Saint-Denis ?
L’architecture ! Je pensais que le territoire était assez pauvre dans ce domaine mais rien qu’au niveau des logements sociaux, c’est une mine d’or. Il y a beaucoup d’agriculture urbaine aussi. J’ai découvert des gens, de simples habitants, qui font leur propre miel ou se sont regroupés pour faire leur bière ou même revégétaliser la ville. Je ne sais pas si vous avez entendu parler des bergers urbains ? Je ne les connaissais pas avant. On en trouve un à Saint-Denis mais aussi à Bagnolet, qui a plus de chèvres et de moutons.

Aux frontières de la Seine-Saint-Denis, on découvre le côté campagne qu’on a dans la Creuse par exemple. Enfin, ce qui m’a frappé, c’est le monde de l’associatif qui est très riche. J’ai rencontré des chanteuses d’opéra à Aubervilliers, un groupe qui a fait le Hell Fest… Une grande diversité, tout simplement, mais pas qu’au niveau des cultures et des origines.

Quelle anecdote vous a marqué ?
Cette année, je suis allé visiter le Clos Saint-Lazare à Stains. Ça ne vend pas forcément du rêve mais quand on y arrive, on voit tout type de profils. Je voulais aller à la Cité-jardin, installée dans les années 70 pour remettre un peu de nature. Là-bas, une personne m’a proposé d’aller au Clos Saint-Lazare. On visite, on s’assoit en bas d’un immeuble, et là je vois une dizaine de jeunes qui viennent discuter de leur vie … La diversité des parcours est saisissante : des personnes qui travaillent dans la restauration mais qui sont ingénieur du son, animateur ou étudiant en astrophysique.

L’un d’eux m’a proposé d’aller parler de son projet à ses parents et manger avec eux. C’est quelque chose que je n’ai pas filmé. Je voulais aussi des moments à moi. Bref, ils m’ont parlé pendant des heures et des heures de leur vie, de Stains, de leur quartier… c’est un moment magique ! On voit la France qui se lève tôt, mais ça on savait déjà que c’était le cas ! Ce sont des gens qui n’ont rien mais accueillent. En général, on dit ça des pays émergents, mais ça existe aussi juste à côté de chez nous.

Une difficulté pendant cette seconde expédition ?
Ce deuxième voyage a été plus compliqué parce que la caméra a une très mauvaise image en Seine-Saint-Denis. Ce n’est pas évident de la sortir tout de suite pour capter les moments que je voulais. Je prenais le temps, au risque de rater quelques petites choses, mais aussi d’avoir la confiance des habitants.  Je ne voulais pas juste consommer le territoire, comme un touriste lambda.

Ce sont des gens qui n’ont rien mais accueillent. En général, on dit ça des pays émergents, mais ça existe aussi juste à côté de chez nous»]

Dans certaines interviews, on peut lire le qualificatif de « naïf » sur votre démarche. Qu’en pensez-vous ?
Je ne parle pas de faits divers, mais c’est ce que je voulais. On m’a déjà demandé si j’avais eu des problèmes. Ça n’a pas été le cas. Je peux comprendre que ça puisse paraître naïf mais c’est ma réalité sur ce territoire. Je l’assume, et le documentaire sera dans la même veine. C’est un voyage qui part en Seine-Saint-Denis pour essayer de trouver et montrer le positif du territoire. Et puis, le plus important, ce sont les habitants. C’est incroyable d’avoir de bons retours de leur part et qu’ils se sentent revaloriser. C’est de la magie en barre !

Pour finir, comment définiriez-vous le 93 en trois mots ?
Diversité, créativité et accueil. Je pourrais en dire d’autres mais ce sont vraiment les premiers qui me viennent à l’esprit. Dans création, je mets aussi le système D. C’est une arme en Seine-Saint-Denis pour s’en sortir avec rien ou pas grand-chose !

Un petit aperçu du voyage de Wael. Source : YouTube


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1 commentaire

  • “Ce sont des gens qui n’ont rien mais accueillent. En général, on dit ça des pays émergents, mais ça existe aussi juste à côté de chez nous”

    Je n’aime pas cette image dégradante qu’on donne à ce département, l’idée que le 93 soit le tiers monde de la France. Il y a des gens qui ont largement les moyens de vivre ailleurs (surtout que le 93 est le département où les taxes sont les plus chères, les propriétaires vous le diront) mais qui choisissent d’investir dans des villes du 93 telles que le Raincy (niveau de vie comparable à Clamart(92)), Montreuil, les Lilas, Neuilly plaisance,Livry Gargan, Neuilly sur marne, le sud d’Aulnay s/S bois, villemomble etc.. Le maintien de ce discours fait fuir les potentiels futurs investisseurs vers d’autres départements, d’autres villes car toute personne soucieuse de son image (surtout en entreprise où les remarques s’imposent) n’investira pas dans un endroit mal réputé, pauvre, “où les gens n’ont rien mais partagent tout “. J’habite le centre ville de Sevran depuis 12 ans (j’en ai 24) et j’aimerai une meilleure image pour ma ville ainsi que pour les villes voisines. Nous n’avons pas, nous les habitants qui avons les moyens de vivre ailleurs, a être pénalisés par un discours qui prône la pitié et la pauvreté, on croirait vivre dans le tiers monde. Ceci dit, je vous rejoins sur le partage, les valeurs, puisque c’est le sujet de votre article.

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