Comment améliorer la scolarisation des jeunes roms ?

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Un rapport du Collectif pour les Droits des Enfants Roms à l’Education (CDERE) paru récemment revient sur la scolarisation des jeunes roms de 12 à 18 ans qui vivent en bidonville. L’occasion de revenir sur les freins à la scolarité, mais aussi les solutions mises en place localement.

En 2015, près de 9.000 enfants et adolescents vivaient en bidonville en France, mais on ne sait pas combien sont scolarisés car il n’y a pas de données officielles. Le Collectif pour les Droit des Enfants Roms à l’Education (CDERE), s’est penché, dans une étude, dévoilée le 27 septembre 2016, sur cette question, et plus particulièrement les jeunes âgés de 12 à 18 ans. Une enquête assez inédite. « Nous nous sommes auparavant beaucoup préoccupés de la question des enfants en primaire. Cette fois, nous voulions avoir des éléments à mettre sous le nez des pouvoirs publics concernant les ados », explique Manon Fillonneau, Déléguée générale du Collectif National Droits de l’Homme Romeurope.

Selon cette étude, sur 161 jeunes interrogés, 53% ne vont pas à l’école au moment de l’enquête. Avec de grandes disparités : sur les 34 lieux de l’enquête, certains affichent un taux de scolarisation de 100%, tandis qu’à Lyon, par exemple, un lieu enregistre 87% de déscolarisation. L’éducation pour tous les enfants est un droit garanti par la loi, mais dans les faits, conditions de vie précaires, scolarités interrompues (parfois commencées dans un autre pays) et complications administratives, font obstacles à la scolarité des jeunes roms. De plus, « les maires ne respectent pas l’obligation de recenser tous les enfants en âge d’être scolarisés sur leurs communes », affirme Manon Fillonneau.

Des freins multiples

Les expulsions sont l’un des freins les plus importants à la scolarité, selon les associations regroupées dans le CDERE. A chaque expulsion, les familles peuvent se retrouver éloignées des établissements scolaires et doivent tout recommencer. Cette instabilité a d’ailleurs des conséquences sur les jeunes. « Il m’a dit : ” maman, ça me dégoûte, chaque fois que je me fais des amis, que les professeurs sont contents de moi, on doit partir et je dois encore changer d’école, je ne veux plus y retourner “. Il s’est arrêté l’année dernière », raconte par exemple une mère citée dans l’étude, à propos de son fils de 16 ans.

Selon l’enquête, les jeunes ont une vision positive de l’école, « perçue à travers sa fonction très concrète (maîtriser la langue) ou plus abstraite (s’intégrer) ». Ils sont également assidus, avec 71% de jeunes scolarisés allant à l’école tous les jours. « L’école crée le goût de l’école », note Manon Fillonneau. Mais dans le même temps, certains jeunes témoignent de moqueries ou discriminations venues des autres enfants ou des équipes pédagogiques. « J’aime beaucoup l’école sauf quand j’ai pas d’habits propres », dit ainsi un enfant. Le fait de ne pouvoir être propre et s’habiller, en raison de conditions de vie précaires, parfois sans eau ni électricité, sont en effet cités comme des freins à la scolarité.

Le camion école de l'Aset93
Le camion école de l’Aset93

Certaines difficultés sont propres à l’adolescence. « A partir d’un certain âge, ces jeunes n’ont plus envie d’école mais d’indépendance financière », souligne Manon Fillonneau. A partir de 16 ans, nombreux sont ceux qui ont une vie de famille : parmi les 47 jeunes de 16 à 18 ans interrogés, 12 ont des enfants (soit 26%) et 19 se déclarent en couple (soit 40 %). Les filles sont ici plus vulnérables que les garçons, car leur vie de mère et belle-fille peut commencer très tôt. Elles invoquent parfois leur mariage ou leur maternité comme raison d’arrêter l’école. Mais « il serait erroné de considérer cette situation comme une fatalité ou pire, un trait culturel indépassable », écrivent les auteurs de l’étude.

Des bonnes pratiques localement

En dépit de cet amer constat, certaines solutions existent. Il serait d’ailleurs faux de dire que la situation n’a fait qu’empirer pour les roms dans l’ensemble du pays ces dernières années. « Ça dépend des territoires, certaines villes ont mis en place des concertations avec différents acteurs et parviennent à la résorption des bidonvilles, à Ivry par exemple. Mais ça reste au bon vouloir des villes », estime la déléguée générale de Romeurope.

Le rapport met en avant quelques bonnes pratiques. A Lille par exemple, un dispositif mis en place par le Centre Académique pour la Scolarisation des enfants allophones Nouvellement Arrivés (CASNAV), financé par des fonds européens, permet à des intervenants roumanophones de venir aider les enseignants d’UPE2A, la classe des enfants qui ont besoin d’apprendre le Français. A Paris, l’association Les Enfants du Canal permet à des jeunes âgés de 16 à 25 ans habitants ou ex-habitants de bidonvilles de s’engager dans une mission d’intérêt général via un volontariat en service civique.

Souvent, les solutions passent par un travail de médiation. C’est le travail que fait par exemple l’association l’Aset93, en Seine-Saint-Denis. Trois enseignantes, diplômées sous contrat avec l’Éducation nationale, rattachées à un groupe scolaire privé, se rendent de manière régulière dans les bidonvilles pour assurer des cours de remise à niveau. « Le but est que les enfants apprennent les règles scolaires pour les préparer à entrer à l’école », explique Andréa Caizzi, le président de l’association. Selon lui « les situations varient en fonction du parcours scolaire et des conditions de vie ” , mais en général, « les jeunes suivent des cours dans cette antenne mobile entre 3 et 6 mois » avant d’intégrer un établissement classique. L’accompagnement se poursuit temps qu’il le faut une fois qu’ils sont scolarisés, avec une aide dans les démarches administratives et du soutien scolaire.

La journée d’une enseignante en antenne scolaire mobile filmé par l’Aset93 :

Un dispositif inédit à Montpellier

A Montpellier, un dispositif inédit a permis de rassembler l’éducation nationale, la mairie, la CAF, le Conseil départemental et les associations. Julien Radenez, médiateurs scolaire, a été recruté en janvier par l’éducation nationale pour faire le lien entre toutes les structures et accompagner les familles. Il est mobilisé sur 8 terrains, où vivent environ 200 enfants. Son travail de lien permet de mobiliser tous les acteurs pour leur intégration à l’école, et ça marche. « Nous constatons une augmentation constante de la scolarisation, nous sommes déjà au-delà de 50% d’enfants scolarisés », affirme le médiateur.

« Une partie de mon travail consiste à faire de la sensibilisation auprès des familles sur l’intérêt de l’école, de penser en terme de projet et d’insertion professionnel, car qui dit école dit avenir », explique Julien Radenez, qui parle roumain et romani. Selon lui, sa mission est facilitée par le fait qu’à Montpellier, il n’y a quasiment pas eu d’expulsions depuis qu’il est en poste, « une situation rare » par rapport au reste de la France. Il observe aussi un « effet boule de neige » : quand une famille scolarise son enfant et que cela se passe bien, cela encourage les autres à reproduire le même projet d’intégration. Il travaille aussi du côté des écoles pour que les enfants soient le mieux intégrés possible, et ne soient notamment pas stigmatisés par les autres enfants.

Selon le rapport du CDERE, « ce type d’initiative est à encourager car la mise en commun autour d’une table de la connaissance des publics, des problématiques rencontrées leur permet d’avancer petit à petit sur de nombreux sujets ». Ce projet, qui bénéficie d’un financement du Fonds Social Européen, doit durer 3 ans. Il sera ensuite l’heure du bilan, et de, peut-être, (qui sait ?), étendre un tel fonctionnement à d’autres académies.


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