Un dress code contre le chômage

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Présente dans huit villes de France et à Bruxelles, l’association « La Cravate Solidaire » œuvre à remettre sur le chemin de l’emploi des personnes qui en sont éloignées. Lauréate de la France s’engage, elle est activement soutenue par l’État qui voit en elle une association utile et innovante. Rencontre avec Nicolas Gradziel, son président.

Comment est née la « Cravate Solidaire » ?
On était trois étudiants (Yann Lotodé, Nicolas Gradziel et Jacques-Henri Strubel, ndlr) en stage à la Défense. Nous avons dû investir dans des costumes qui, deux années plus tard, étaient devenus trop petits ! En regardant tous ces gens en costard dans ce quartier d’affaires, on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire pour récupérer leurs tenues qui dormaient dans des armoires, afin de les redonner à des gens moins chanceux. Même s’ils n’ont pas l‘argent pour s’acheter de telles tenues, ils restent malgré tout volontaires.

On se positionne au bout de la chaîne d’insertion

Pourquoi la « Cravate » et pas la « Chemise » par exemple ?
La cravate est le symbole le plus représentatif du costume en général. Si nous avions nommé notre structure la « Chemise solidaire », ça n’aurait pas été très clair, dans la mesure où une chemise peut se porter en toutes circonstances. L’image de la cravate est liée au travail.

Quel type de personnes sollicite vos services ?
L’idée, c’est d’aider des gens qui ont un projet professionnel défini, et qui ont un entretien d’embauche prévu dans les semaines à venir. 75% des gens que nous accompagnons sont envoyées par des associations partenaires, 25% sont des personnes extérieures qui nous sollicitent spontanément. On se positionne en bout de chaîne de l’insertion. On les accueille chez nous s’ils ont un entretien d’embauche prévu ou un projet professionnel prédéfini.

Comment s’applique concrètement la venue d’une personne au chômage ?
Nous avons développé « Coup de pouce » : chaque candidat est accueilli avec une heure de rendez-vous et un lieu prédéfini. Le but est de faire travailler sa mobilité.  Ensuite, on a un petit quart d’heure de discussion au sujet de son projet professionnel, ses expériences passées, son appréhension de l’entretien, comment il compte y aller au niveau de l’habillement. Un conseiller en image bénévole vient à sa rencontre et trouve avec lui une tenue qui s’adapterait à son projet professionnel. L’objectif pour le candidat, c’est qu’il s’approprie les codes de l’entreprise. Notre objectif à nous, c’est de rendre les talents détectables.  Nous avons 100 mètres carrés de vêtements, ça fait 3 000 costumes étendus les uns à côté des autres. Ils passent par la suite un entretien blanc, durant lequel on leur dit de ne pas stresser, d’accepter un verre d’eau, on leur donne des petites astuces. On leur dit qu’un entretien, ce n’est pas un interrogatoire, c’est basé sur l’échange.

Nous essayons de créer des cercles vertueux

 L’apparence est-elle si importante qu’elle peut être facteur de discrimination ?
Oui. Quand on croise quelqu’un dans la rue qui nous est étranger, on va forcément se faire un premier jugement sur l’apparence. Le Défenseur des droits, dans ses précédentes études, explique régulièrement que l’apparence pendant l’entretien d’embauche est un des principaux facteurs de discrimination. Il est aussi prouvé que nous savons nous adapter au milieu de l’entreprise. Il s’agit de faire comprendre à l’employeur qu’il est possible de se mouler dans le monde de l’entreprise tout en gardant son originalité. C’est toujours positif.

Avez-vous des retours de personnes que vous avez accompagnées et qui ont trouvé un emploi ?
Nous avons mis en place un système de suivi. Nous appelons les bénéficiaires de notre dispositif pour qu’ils nous fassent un petit retour sur 3, 6 et 9 mois. 70% des gens réussissent leur entretien, c’est-à-dire intègrent ensuite une formation ou un emploi. Nous essayons vraiment de créer des cercles vertueux. On n’hésite pas à les solliciter pour leur aide en retour aussi, notamment quand on a besoin d’un peu d’aide dans le local. On reçoit pas mal de mails de remerciements, et ça fait super plaisir.

Quelle sera la suite de la Cravate ?
Accompagner encore plus de gens et encore mieux. Pour cela, nous voulons agir en aval de ce qu’il se passe en atelier, c’est-à-dire intégrer plus tôt la chaîne de l’insertion jusqu’à l’emploi. Dans un premier temps, permettre au candidat de participer à des entretiens blancs dans les entreprises. Ensuite, être capables de détecter des talents qui sont non-qualifiés, grâce au savoir-être et à la motivation des gens.


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