Quand les réfugiés reprennent le chemin des études… à Paris

Ils accueillent sur le campus des réfugiés qui veulent poursuivre leurs études.
Ils accueillent sur le campus des réfugiés qui veulent poursuivre leurs études.

Des étudiants de l’ESCP Europe ont créé l’association Wintegreat pour accueillir sur quelques campus parisiens des jeunes réfugiés. But du jeu : leur redonner confiance et les aider à trouver un travail.

Depuis 2011, ils sont chaque année plusieurs centaines de milliers à demander l’asile en France. Ils veulent fuir la guerre et des conditions de vie exécrables dans leur patrie, ils sont Syriens, Africains, voire de l’Europe de l’Est. Certains ont exercé, avant leur exil, comme médecin ou ingénieur et partent en quête d’une vie meilleure ; d’autres ont entamé un cursus universitaire dans leur pays, et comme ils n’ont pu aller jusqu’au bout, ils aspirent à terminer leurs études en France, puis y travailler, sans déclassement.

Mais leur parcours est stoppé net par le voyage qu’ils ont effectué. Ces personnes veulent ainsi « naturellement rebondir », explique Théo Scubla, cofondateur de Wintegreat, qui vient de souffler sa première bougie. L’association, poursuit-il sur la radio RAJE, vise à les aider « à exprimer leurs talents, leurs compétences ». En somme, à reprendre  le chemin des études ou du travail. Wintegreat ? Un savoureux mélange entre les mots anglais win (gagner), integrate (intégrer) et great (génial). À moins que ce cela signifie « we integrate » (nous intégrons), comme certains l’imaginent, raconte Théo Scubla.

En parallèle à ses études, un réfugié à droit à un coach... pour retrouver la voie professionnelle
En parallèle à ses études, un réfugié à droit à un coach… pour retrouver la voie professionnelle

“Retrouver la confiance”

Pour lui, tout  a débuté il y a un an avec son camarade de promo Eymeric Guinet sur les bancs de son école de commerce, l’ESCP Europe. Sur le campus, ils ont accueilli sept premiers réfugiés, logés dans le Val-d’Oise. « Avec eux, on a échangé et conçu le programme Wintegreat », explique Fanny Lemoine, qui a rejoint le duo une semaine après la création de l’association, le 15 septembre 2015. « Notre but est de leur permettre de retrouver la confiance qu’ils ont perdue », ajoute la secrétaire générale, issue de la même promotion que les fondateurs.

L’association saute à nouveau le pas en janvier 2016 et accueille 25 nouvelles personnes à l’ESCP, puis un autre groupe de réfugiés à Science po Paris, qu’ils ont pu « récupérer » dans des centres d’accueil des demandeurs d’asile ou des centres d’hébergement d’urgence.

Aujourd’hui, à l’heure de la rentrée universitaire, ils « embauchent » grâce à une application web Greatbab – cet été, une centaine de personnes ont postulé et toutes ont reçu une réponse… Quand certains ont été renvoyés vers des structures comme Simplon, à l’origine du programme Refugeeks, ou Thot, d’autres ont été reçus par Wintegreat dans le but de rejoindre l’ESCP ou Science Po.

Un buddy, un mentor et un coach

L’équipe poursuit un objectif : répartir près de 100 réfugiés d’ici à la fin de l’année dans les deux premiers établissements partenaires, mais aussi, à l’ESSEC et à l’Institut catholique de Paris dans les prochaines semaines. Et ce, pour un semestre un brin spécial. Au programme, 21 heures de cours hebdomadaires : des cours de français – en langue étrangère – et d’anglais. Prévu également, l’atelier «Analyse historique», pour mettre en perspective l’actualité grâce à l’histoire. « On veut instaurer le débat, donner des clefs de compréhension sur des sujets comme la campagne présidentielle de 2017 » , détaille Fanny Lemoine.

© Wintegreat
© Wintegreat

Enfin, l’équipe de Wintegreat a concocté, pour ses étudiants étrangers, la “matière” « Vivre en France », une série de cours sur le fonctionnement des administrations : « On parlera de la protection sociale, des assurances, du marché du travail, du système éducatif, ou, encore, des médias », promet la femme de 21 ans, qui se charge, entre autres, de recruter les professeurs, ainsi que les bénévoles.

Car ils sont nombreux : au moins trois par réfugié. À partir de cette rentrée, tous ont droit à un buddy, un coach et un mentor. Le premier, étudiant, c’est le copain qui permet au réfugié de sortir, d’avoir une vie sociale. Quand le second, étudiant aussi, est là pour établir le projet du migrant et déterminer son but universitaire ou professionnel, le troisième, inséré dans la vie active dans le domaine que le réfugié veut rejoindre, fait office de modèle. « Celui-ci doit lui faire comprendre que son rêve peut se réaliser. Et il lui montre le chemin », note Fanny Lemoine.

« Cela crée de la richesse économique »

Le programme, certifiant, dure un semestre, mais peut se prolonger en fonction des besoins. Après, l’étudiant intègre l’université ou l’école de son choix. Les réfugiés des premières promotions y parviennent. Par exemple, Rateb, 46 ans, autrefois ingénieur dans une centrale énergétique à Alep, en Syrie, est employé aujourd’hui pour la mairie de Cergy.

Les deux fondateurs, qui poursuivent, avec Fanny Lemoine, leurs études en parallèle de cet engagement associatif, en sont persuadés. « Cela crée de la richesse économique, assure Théo Scubla à la radio RAJE. Beaucoup veulent créer leurs entreprises et embaucher. » Par exemple, Hamze, un ancien de l’ESCP, a monté sa boîte de conseil pour les entreprises françaises qui souhaitent s’installer en Iran.

Retrouvez l’entretien des deux fondateurs de Wintegreat, sur la radio RAJE


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