Latifa Ibn Ziaten, à l’écoute des enfants (oubliés) de la République

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry pose avec Latifa Ibn Ziaten, lauréate 2016 du International Women of Courage, en mars 2016. Crédit photo : State Department / Wikimédias
Le secrétaire d'Etat américain John Kerry pose avec Latifa Ibn Ziaten, lauréate 2016 du International Women of Courage, en mars 2016. Crédit photo : State Department / Wikimédias

Depuis 2012, Latifa Ibn Ziaten travaille sur le terrain, avec les jeunes, autour de la paix et du vivre-ensemble. Entre conférences, rencontres et voyages, cette mère endeuillée continue son combat auprès des nouvelles générations.

La France a découvert son visage après les tueries de Mohammed Merah, en mars 2012, à Toulouse et Montauban. Son fils Imad, est le premier soldat tué par le terroriste. Depuis cette tragédie, Latifa Ibn Ziaten, une franco-marocaine de 56 ans, cherche à apaiser les douleurs d’une jeunesse française laissée à l’abandon et à promouvoir une société libre et respectueuse. Avec l’association Imad Ibn Ziaten, pour la jeunesse et la paix, la maman s’est muée en battante à l’aura internationale.

« Cette jeunesse se ferme elle-même les portes »

Une intervention à la mosquée de Gennevilliers (en région parisienne), une autre au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris, puis dans des lycées, des maisons d’arrêt de toute la France, Latifa Ibn Ziaten continue inlassablement. « Il y a un changement, observe-t-elle, des jeunes ont pris le bon chemin mais avec tout ce qui se passe aujourd’hui, je reçois beaucoup d’appels sur le voile, la liberté. Certains ne savent pas quelle est leur identité ». Une question qui l’a amenée jusqu’à l’université d’été du Medef (syndicat des patrons), le 30 août dernier.

« Il y avait le thème fier d’être français. Moi la première je dirais oui, j’en suis fière. La France m’a donné la chance de réussir, autant que ce que je lui ai donné. Ses valeurs, ses richesses ont aussi profité à mes enfants » raconte-t-elle avec entrain avec d’ajouter : « mais à côté, des jeunes se sentent rejetés. Quand vous êtes dans un établissement scolaire et que vous demandez aux élèves : est-ce que vous vous sentez français ? Est-ce que vous avez l’espoir ? Est-ce que vous avez des rêves ? Leur réponse est non. Pour moi, cette jeunesse se ferme elle-même les portes et c’est très inquiétant ».

Ce sont les mots d’adolescents à peine entrés au collège. Un constat qui fait apparaître la question de l’identité française. Qu’est- ce être français aujourd’hui? Le devient-on ? Alors de son côté, Latifa Ibn Ziaten renoue le dialogue. Un peu comme une deuxième maman, elle essaie de répondre à leurs questions, de faire en sorte qu’ils se sentent aimer et qu’ils sachent qui ils sont.

De Ramallah à Pékin

Pour les pousser à s’ouvrir aux autres, l’association organise des voyages. En 2014, 17 élèves s’étaient rendus en Israël et en Palestine. Malgré une situation tendue, ils ont pu observer une situation plus complexe que ce qu’ils croyaient, mais aussi une certaine coexistence entre les deux camps. « Nous avons pu aller à la rencontre de différentes familles… Les jeunes ont été étonnés de voir un Arabe parler hébreu et vice-versa. Lorsqu’on est rentré, ils se sont sentis grandis, sachant ce qu’est le vivre-ensemble », se souvient une Latifa pleine de fierté dans la voix. Certains d’entre eux se rendent avec elle dans des conférences, et parle de leur aventure autour d’eux.

En octobre 2016, un voyage sera aussi organisé, mais cette fois en Chine. A l’initiative d’une personne travaillant à l’ambassade de France en Chine et ayant perdu un proche au Bataclan, en novembre dernier, c’est une manière de rendre hommage. Pour la présidente de l’association, c’est « montrer que si on ne réussit pas en France, on peut bouger ! Il faut savoir ouvrir ses horizons. »

Contre toutes les radicalisations

La volonté de bouger, c’est ce qui porte cette femme. En février 2016, une première maison de prévention à la radicalisation a ouvert sous le nom de « maison Imad », à Garges-lès-Gonesse, dans le Val d’Oise. « On essaie de prévenir les parents, qu’ils sachent vivre ensemble et ne pas avoir peur de l’autre », explique rapidement Latifa Ibn Ziaten. Malgré toute cette énergie, un malaise persiste. Cette franco-marocaine a beau recevoir bien des distinctions (Légion d’honneur, distinction de l’américain John Kerry, un documentaire…), cela n’a pas empêché les huées à l’Assemblée Nationale, en décembre 2015.

La raison : ses détracteurs estiment qu’elle n’est pas apte à parler de laïcité à cause de son foulard. « Je ne croyais vraiment pas être agressée à l’Assemblée Nationale, surtout par des personnes qui connaissent le respect », commente Latifa, avant d’ajouter : «  ils ne l’ont pas eu envers moi parce que je porte un foulard. Je ne suis pas voilée, je ne porte pas un niqab ».

Et pourtant, pas question de s’arrêter. Dans des interviews, Latifa Ibn Ziaten insiste sur le fait que son fils était resté debout jusqu’au bout. Un leitmotiv qui semble lui donner un courage sans limite. Et de continuer : « Un enfant m’a dit mais c’est quoi Madame la chance d’être Français ? J’ai rien, je suis rien, je ne suis même pas reconnu par la République. Je lui ai répondu : la République reconnait tous ses enfants, c’est vrai qu’elle a peut-être oublié ou est dépassée mais vous devez aussi lui montrer ce que vous lui apportez ».

Reportage de France24, sur le voyage en Israël et en Palestine. Source : YouTube


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