Laïcité et religion expliquées aux enfants

Les religions expliquées aux enfants
© Enquête

Dans une société qui se pose de nombreuses questions sur son rapport à la religion, l’association Enquête veut d’abord parler aux enfants. Avec comme enjeu de leur donner très tôt des réponses à des questions qui agitent tant de débats.

Bannir les amalgames grâce à un apprentissage dès le plus jeune âge du fait religieux et de la laïcité, mieux saisir les complexités du monde qui nous entoure, nouer le dialogue avec des êtres de toutes confessions : telles sont les ambitions de Marine Quenin, fondatrice de l’association Enquête.

Une religion : la laïcité

Fondée en 2010, l’association est née suite à des questions et autres remarques que la fille de Marine Quenin, Agathe, à l’époque âgée de 8 ans, lui suggérait : « Un jour, elle m’a dit, par exemple, qu’elle aimait beaucoup les vacances de la Poussin », sourit la dirigeante de la structure. Une autre fois, cette même petite fille rentre à la maison, effarée de savoir que son copain « Elias est malade car il a mangé du porc ». D’où l’urgence de créer une organisation qui poserait les bonnes questions sur la religion, et apporterait les bonnes réponses. « Cela leur permet d’à la fois comprendre le monde dans lequel ils évoluent, d’évoquer ces sujets de façon apaisée dans un monde qui ne l’est pas vraiment », ajoute Marine Quenin. En somme, l’idée est d’installer ces sujets dans la vie quotidienne de ces enfants afin qu’ils vivent avec en harmonie.

L’association articule sa mission autour de plusieurs champs d’intervention : des ateliers qu’elle anime à destination des enfants en CM1 et CM2, à l’extérieur ou au sein de l’école. Des fiches pédagogiques et des jeux, à destination des enseignants sont aussi mis à disposition sur le site de l’association. « Nous sommes en collaboration avec un laboratoire du CNRS qui dresse un état des lieux de cet enseignement de laïcité  à l’école primaire», ajoute à ce titre Marine Quenin.

La laïcité est un jeu

L’association investit aussi de son temps dans la formation d’enseignants. Elle intervient à cet effet dans les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) afin « de les outiller, leur transmettre des connaissances et puis les accompagner dans leur réflexion, mais aussi leurs inquiétudes ». Enfin, Enquête intervient aussi dans les centres sociaux en formant des éducateurs issus de la société civile.

Les enfants sont-ils réceptifs au fait religieux dont ils pourraient avoir du mal à saisir les tenants et les aboutissants ? La réponse est oui, pour Marine Quenin : « Ils adorent. C’est à la fois un sujet dont on parle jamais dans le cadre éducatif et beaucoup ailleurs. Le fait religieux, c’est de grands récits, beaucoup de symbolique,  ça touche à des questions de sens. Les enfants voient bien que laïcité et religion sont des sujets qui imprègnent leur quotidien ».

À travers des petits jeux ludiques et des discussions sereines, le programme d’intervention en classe primaire d’Enquête permet « d’apaiser le débat » pour Marine Quenin : « Nous  comprenons que nous sommes porteurs d’une conviction, qu’elle relève de la croyance et pas de la connaissance. Qu’elle est peut-être très importante pour soi, que nous devons la pratiquer dans le respect des autres, que nous ne pourrons pas convaincre quelqu’un qui ne croit pas la même chose que nous. »

Bannir les idées reçues

À long terme, l’association veut former des citoyens qui « aborderont ces questions de façon moins épidermique ». En installant plus de recul et de compréhension. Marine Quenin sait que ce n’est pas un travail facile, mais on sent de la persévérance dans sa voix au ton ferme mais sympathique. Une voix qui n’hésite pas à distiller quelques anecdotes dans un discours positif: « Nous avions sereinement réussi à faire comprendre à un enfant que le fait d’être athée n’était ni une maladie ni une transition, mais une conviction respectable. Dans certains quartiers, l’athéisme est quelque chose d’incompréhensible.»  Un autre jour, c’est un petit garçon tenant des propos antisémites qui a participé à une visite dans une synagogue avec des amis. Dans les petits pas qu’elle fait, l’association arrive doucement à faire changer les mentalités.

L’Etat se montre reconnaissant en lui attribuant le label « la France s’engage », bien connu dans le milieu de l’entrepreneuriat social et du monde associatif. Pour Marine Quenin, c’est un « soutien politique qui permet de valider le bien-fondé de ce que nous faisons, cela rassure. Cela n’ouvre pas toutes les portes, mais cela permet de ne pas avoir à démontrer et redémontrer qui nous sommes, notre engagement ».

L’association veut toucher une dizaine de milliers d’enfants (contre 7 000 actuellement), et veut lever un peu la tête pour travailler avec des adultes. Elle travaille notamment avec « Kawaa, grandir ensemble ».

Présentation du jeu “L’arbre à défis” : 


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1 commentaire

  • “Une religion: la laïcité”
    Cet inter-titre est-il de l’auteur de l’article ou de la rédaction?
    Dans l’une et l’autre hypothèse, il confirme ce que l’on sait: l’heure n’est pas à la défense et sauvegarde de la laïcité comme option rationnelle contre les dogmatismes, mais à sa banalisation et dénaturation. C’est effrayant.Et c’est anti-républicain .
    Vous n’allez pas publier ce commentaire plus que les précédents. J’aurai au moins fait savoir aux modérateurs de la rédaction que tout le monde n’apprécie pas certaines positions de cette revue.

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