Un passeport d’avenir pour les jeunes des quartiers

Un passeport d’avenir pour les jeunes des quartiers
Gwel

L’association Passeport Avenir œuvre à donner aux jeunes des milieux dits « sensibles » des clés pour réussir et intégrer des fonctions de dirigeants. Le temps n’est plus aux constats, mais aux solutions positives. Récit.

Selon la Fondation Bettencourt-Schueller, on compte 15 % d’illettrisme dans les banlieues françaises. C’est deux fois la moyenne nationale. Toujours selon cette source, 50 % des élèves scolarisés dans les ZUS (Zones Urbaines Sensibles) « maîtrisent les compétences de base à la fin du collège, avec pour conséquence une employabilité limitée ».

Fabien Truong, un ancien professeur en sciences économiques et sociales dans différents lycées de Seine-Saint-Denis, a suivi quelques-uns de ces jeunes. Il en a fait un livre, « Jeunesses françaises. Bac +5 made in banlieue » (Editions La découverte). « Ces jeunes sont invisibles dans ce qu’ils sont réellement mais ils sont très visibles en tant que stéréotypes du jeune de banlieue. Partout où ils vont, quand ils disent qu’ils vivent en banlieue, dans le 93, on leur colle une étiquette, avant même de les connaître en tant qu’individu », expliquait-il sur Respect mag, dans un entretien en octobre 2015.

La réussite, l’arme contre le racisme 

Le classement PISA, qui diagnostique chaque année la santé des systèmes éducatifs des pays du globe, n’hésite d’ailleurs pas à régulièrement pointer du doigt la France. Ce que ne réfute sûrement pas Benjamin Blavier, fondateur de Passeport Avenir . L’association veut faire des jeunes issus de milieux défavorisés les leaders de demain. Pour le quarantenaire, « ceux qui dirigent aujourd’hui les entreprises ne ressemblent pas à la France dans sa diversité d’origine sociale et culturelle. Plus on monte dans les hiérarchies d’entreprise, plus c’est monocolore, monogenré ». Le problème vient même de plus bas, de la formation qui est, selon lui, « fermée aux jeunes issus de milieux populaires ».

Lire aussi : Le talent se trouve aussi chez les jeunes des quartiers populaires” 

C’est en 2006 que Passeport Avenir voit le jour. L’organisme a comme ambition de « permettre à ces jeunes d’avoir un diplôme qui leur ouvre facilement les portes du marché de l’emploi et de mener un parcours de réussite au sein de l’entreprise en occupant des postes de management ». L’association prend le problème à la racine en intervenant directement dans les lycées, du BAC jusqu’au Master. Passeport Avenir commence par faire des opérations d’information et de sensibilisation, en commençant par traiter le virus de l’autocensure, ce frein moral que les jeunes des quartiers s’installent dans la tête, les empêchant d’accéder à des études supérieures. « Nous avons accompagné cette année plus de 6 000 jeunes », se réjouit Benjamin Blavier.

Entreprises et Etat à la rescousse 

L’association a très vite compris qu’il fallait nouer des partenariats avec des entreprises majeures pour avoir une certaine crédibilité. En 2016, c’est plus de 30 entreprises qui s’investissent avec l’association dans sa mission d’accompagnement de jeunes des quartiers. « Elles ont une vraie sensibilité, et sont convaincues de ce besoin de diversité qui est une vraie plus-value pour elles ».

Ateliers collectifs
Concentration lors des ateliers collectifs organisés par Passeport Avenir (crédit photo : Gwel)

En toile de fond, l’association a identifié trois problématiques : « un déficit d’information sur les entreprises, un déficit d’accès au réseau entrepreneurial et un déficit de confiance, assez dramatique car on a peu d’exemples de jeunes issus des quartiers qui réussissent dans les entreprises, au niveau des emplois de direction ». Ne s’arrêtant pas à ce constat, l’association a concrètement créé deux dispositifs qui se suivent selon l’évolution scolaire de l’élève : d’abord dans le cadre d’ateliers collectifs, puis lors de tutorats individualisés. « Ces ateliers, où nous intervenons directement dans les classes de lycées, servent à apprendre aux jeunes ce que l’école ne leur apprend pas : présentation des métiers, le financement des études, prise de parole et préparation des entretiens ou encore la constitution d’un réseau professionnel ».

Un succès qui se développe 

Le tutorat, lui, se fait en post-bac, et avec l’accord des enseignants. Ils sont directement impliqués dans ce dispositif, dans la mesure où c’est eux qui communiquent aux tuteurs le nom des élèves à suivre. « Ce tuteur vient du monde professionnel, que l’on forme pour cette mission et qui va accompagner l’élève pendant un an », ajoute Benjamin Blavier. De l’élaboration du CV à l’apprentissage de l’anglais, l’accompagnement est très précis et régulier, avec comme volonté de n’instaurer aucun rapport hiérarchique, ce qui bloquerait l’élève dans formation.

Benjamin Blavier, « ardent militant de la lutte contre les discriminations à l’emploi », rejoint le constat de Fabien Truong, cité en début d’article, et pointe une « discrimination qu’il ne faut pas nier », mais qui est aussi liée à la situation géographique des victimes : « Il y a aussi une barrière sociale. Pour les jeunes qui grandissent dans une région industrielle ravagée ou au fin fond du plateau des mille vaches, ils n’ont pas l’obstacle de la couleur de peau mais ont, eux aussi, des obstacles à surmonter ».

Lauréat de « La France s’engage », l’association ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Elle continue d’intervenir dans plus de 200 établissements, et de convaincre d’autres entreprises dans sa mission. « Je veux dire à des entreprises : il y a la caution et l’accompagnement de l’Etat, ça garantit que c’est utile, et que le pays en a besoin », conclut Benjamin Blavier.

Le témoignage de Kamel, qui a bénéficié de ce dispositif : 


Autre article écrit par Mounir Belhidaoui

Laïcité et religion expliquées aux enfants

64   Dans une société qui se pose de nombreuses questions sur son rapport...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.