Religion : Les croyants doivent « asseoir les bases d’une société commune »

Attentats de Paris : l'union sacrée des religions/ CREDIT : AFP PHOTO/ THOMAS COEX
© AFP Photo / Thomas Coex

2016, une épreuve pour la France, sa population athée mais aussi croyante : stigmatisation des musulmans suite aux attentats de 2015 et de Nice le 14 juillet dernier, assassinat du prêtre Hamel et débats autour de la question des cultes… Ces sujets font la une. Dans ce contexte, les initiatives religieuses au service du vivre ensemble tentent de pacifier le débat. Ghaleb Bencheikh, islamologue et président de la branche française de la Conférence mondiale des religions pour la paix (CMRP), revient sur ce contexte particulier.

Comment pourrait-on définir l’attitude de la France envers les religions ?
On a toujours compris que la laïcité de l’État était une chance. C’est la loi qui garantit le libre exercice de la foi aussi longtemps que la foi ne prétend pas dicter la loi. Cela permet la cohabitation des sacrés, de garantir la croyance et la non croyance, mais aussi le changement de religion.

Que pensez-vous de la proposition de Manuel Valls, très vite balayée par le président Hollande, d’un financement public de l’Islam de France ?
Je ne suis pas sûr qu’il faille des financements publics pour tel ou tel culte. Nous sommes en présence d’une difficulté majeure : si nous ne finançons pas le culte musulman en France, d’autres le feront. Or, celui qui finance l’orchestre choisit la musique, donc celui qui finance va dicter ses conditions. Nous vivons dans un régime de concordat dans certains départements (deux départements en Alsace et en Moselle). Nous ne pouvons pas dire que la laïcité est une exception en France, que le concordat est une exception dans l’exception, et que l’Islam est une exception dans l’exception, dans l’exception ! Dans les départements concordataires, qu’il y ait une intervention publique et par exemple, qu’on rémunère les imams comme ça se fait pour les autres représentants religieux. Ailleurs, il vaudrait mieux que cette fondation des œuvres de l’Islam de France, qui va voir le jour, puisse assurer la collecte d’argent par des souscriptions nationales et internationales. Que ce soit transparent et soumis à un contrôle, et pourquoi pas directement par la Cour des comptes.

Pensez-vous que les associations religieuses sont trop peu mises en avant, vu le contexte en France ?
Jusqu’à peut-être la fameuse messe commune dans les différentes églises suite à l’assassinat odieux du père Hamel (à Saint-Etienne-du-Rouvay, fin juillet 2016), on ne percevait pas l’intérêt des associations interreligieuses. Après ce drame, on voit que des croyants peuvent vivre dans notre pays pour l’intérêt commun, fraterniser, aller chez les uns chez les autres pour asseoir les bases d’une société commune. Ces différentes associations doivent concourir à une meilleure compréhension des traditions religieuses entre elles, et les présenter pour un meilleur engagement dans la cité, dans la vie de tous les jours, devant les concitoyens.

Du côté des assos…

Grandir ensemble :

Pour cette association, le projet est de « favoriser la connaissance de la laïcité et des différentes convictions religieuses pour une coexistence apaisée dans notre société ». Dans cette envie d’échange, Respect mag les avait rencontrés lors d’événements co-organisés avec une entreprise sociale : les « Kawaa Grandir Ensemble », qui depuis janvier 2015, réunissent entre dix et vingt participants. Pour Marine Quenin, déléguée générale de Grandir Ensemble, « il fallait vraiment organiser un cadre pour que les gens puissent se rencontrer et comprendre que derrière des convictions se trouvaient des personnes à part entière ». Un joli exemple de partage.

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Coexister :

Né en 2009, le mouvement Coexister est présent un peu partout en France, mais aussi à l’étranger. Leur projet, « la coexistence active », se décline en un manifeste et des actions sur le terrain : des échanges auprès des jeunes dans les écoles, des événements culturels, jusqu’à un projet de collocation interreligieuse appelé « Interfaith Home ». Ils étaient aussi présents lors d’une visite à la Grande Mosquée de Paris, en janvier 2015. « Si venir poser des questions s’ancre dans le quotidien des personnes, alors nous aurons gagné en fraternité, en liberté, en égalité, en devises républicaines », résumait alors Christophe Cadiou, directeur administratif de l’association, en commentant ce genre d’initiatives.

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Religions pour la Paix :

Née en 1970, la Conférence mondiale des religions pour la paix (CMRP) est une organisation internationale, présente dans près de 70 pays. Elle rassemble les grandes traditions religieuses de l’humanité : les juifs, les chrétiens et les musulmans, mais aussi les religions d’Extrême-Orient. Une finalité de l’organisation est de disparaître une fois la paix trouvée, mais comme le regrette Ghaleb Bencheikh, « ce n’est pas pour demain », avant d’ajouter : « on va sur les lieux de conflits, surtout quand ils sont teintés de confessions, pour tenter de convaincre les représentants religieux de ne pas provoquer une escalade de la violence ». En France, leur travail se concentre surtout sur les relations interreligieuses, et ce à travers des commissions : prévention des conflits, paix, laïcité, confessions…


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1 Comment

  • La laïcité est une “invention” républicaine. La trilogie “liberté, égalité, fraternité” en est une autre. Avant d’être laïque, le République française est athée. Si les croyants de tous les chamanismes et de toutes les religions décident de faire “ami-ami”, on ne va pas leur chercher querelle. Après s’être entre-tués pendant des siècles,délestés désormais de tout pouvoir légal, ils s’embrassent ici et aujourd’hui sur la bouche…tout en continuant à tuer là…et ici! Le devoir de la République française est très simple:par tous ses moyens -pédagogie, politique, loi, force- protéger son athéisme, fondateur unique de sa laïcité, de toute agression majeure, mineure, minime des fantassins du “très haut”, de quelque nom ou attribut qu’ils l’affublent.D’un mot, ce n’est pas aux charlatans de réglementer le “vivre ensemble” en République.

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