Les femmes en piste pour la coupe du monde de foot des sans-abris

© Eversport

1 gardien, 3 joueurs, 4 remplaçants… Voilà la composition type d’une équipe qui participe à la ‘’Homeless World Cup’’. Créée en 2003 et disputée aux quatre coins du monde, la compétition réunit tous les ans la crème des footballeurs sans abris de plus de 70 pays. Cette année, c’est à Glasgow que l’évènement aura lieu. Les joueuses de l’équipe de France féminine tenteront de ramener la coupe. Sera-t-elle synonyme d’une éventuelle réinsertion et la fin des galères de rue ?

Elles sont sept. Sept joueuses à se rendre, pour la première fois de leur vie, en Écosse. Sept talentueuses filles qui vont porter haut les couleurs de la France lors de la 13ème édition de la Homeless World Cup (HWC). « Cette année, c’est un peu particulier, on a réussi à avoir une place pour la Coupe du Monde un peu au dernier moment », explique Margot Abdelhakmi, l’entraîneuse de l’équipe, avant de déplorer : « d’habitude, on fait une sélection avec un tournoi qu’on organise localement partout en France. Ensuite, on fait plusieurs regroupements pour apprendre à connaître les filles. Cette année, on en aura qu’un seul de 4 jours… » Marine Cossoul, joueuse de l’équipe, partage ces inquiétudes. « Consolider un groupe sur ce laps de temps, c’est compliqué… Il aurait dû y avoir plus de regroupements », confie-t-elle, avant de relativiser : « Les filles étaient toutes dans l’optique de passer un bon moment. Les affinités se sont créées de suite. On s’en sort bien, je trouve. »

Les principes du jeu ne sont pas exactement les mêmes. Ce foot si spécial, Margot Abdelhakmi le qualifie même de « foot de rue », à l’image du dessin animé.

« Respecter des règles de vie »

Le 8 juillet, la jeune équipe féminine (Moyenne d’âge : 27 ans) s’envolera pour Glasgow, après avoir passé ces 4 jours à se préparer pour la compétition. Pour la sélectionneuse, l’implication de ses joueuses dans ce projet n’est pas anodine. « On a travaillé tous les matins pendant 2 heures le cardio, le physique, la tactique, la technique… », détaille la coache. « C’était dur, ça tirait sur les jambes. Mais ça m’a donné envie de retourner sur un terrain !», témoigne Marine Cossoul.

Car, au-delà du physique, l’implication est également mentale. « On travaille avec un public qui peut être victime d’addictions, et ça nous demande de faire un travail dessus. Ensuite, la confiance en soi et l’esprit d’équipe se développent, le corps se remet en mouvement… Mais pour ça, il faut respecter des règles de vie », explique Margot Abdelhakmi. « Ça demande une grande mobilisation de s’engager dans un projet, d’y aller jusqu’au bout », poursuit-elle.

« Une expérience intense dans un moment de leur vie qui est difficile »

Joueuses de l'équipe du Mexique, ©Sharkfoot
Joueuses de l’équipe du Mexique. ©Sharkfoot

« Je pense qu’on peut gagner des matches », assure l’entraineuse. Éducatrice sociale à Montpellier, Margot Abdelhakmi a été appelée à entraîner les équipes féminines françaises alors qu’elle était encore en formation. « Mon éducateur m’a dit qu’il cherchait une personne diplômée dans le social, et qui avait, en même temps, des compétences dans le foot. Et moi, je jouais à l’Olympique Lyonnais quand j’étais jeune… et en forme ! », évoque celle qui joue aujourd’hui à Villeneuve les Maguelone (34).

Du côté de l’équipe, la Coupe du monde des sans-abris est destinée aux personnes de la rue. Les participantes ont toutes connu des périodes sans logement ou des cures de désintoxication dans les deux dernières années. Le but de la compétition est de réinsérer ces personnes en difficulté à travers la pratique du sport. Sur le papier, du moins. « Ce n’est pas parce qu’on participe à cet évènement qu’on se réinsère socialement, qu’on trouve un travail, un logement… C’est une sortie qui est assez rare », constate la coache, avant d’ajouter, « ce qui est intéressant dans ce projet, c’est que les filles vivent une expérience intense dans un moment de leur vie qui est difficile. Il y en a certaines qui ressortent de ce projet en étant dans une dynamique très positive et elles ont envie de reprendre les études par exemple ».

L’aventure sociale au-delà des frontières

Plus qu'une simple compétition, c'est aussi un moyen de tisser des liens. ©UEFA
Plus qu’une simple compétition, c’est aussi un moyen de tisser des liens. © UEFA

Cette dynamique positive, Marine Cossoul est en plein dedans. À 24 ans, la joueuse cherche à reprendre ses études à la fac de Toulouse, après avoir vécue une adolescence « assez particulière », suivi d’un parcours plutôt chaotique qu’elle « assume totalement ». Aujourd’hui, hébergée par le foyer des jeunes travailleurs, elle se lance dans le projet de la HWC, découvert grâce à la structure d’accompagnement. La balle ronde, elle y a déjà touché dans ses années lycée. « J’ai joué dans 4 ou 5 clubs de la région autour de mes 17 ans ». Alors quand on lui propose de partir jouer en Écosse contre des équipes du monde entier, elle n’hésite pas une seconde.

Mais pour elle, le plus important n’est pas la compétition. C’est avant tout une « aventure sociale », durant laquelle elle pourra apprendre et échanger aux côtés de joueurs et de joueuses de toute nationalité. La barrière de la langue ? Ça ne l’inquiète pas le moins du monde. Après tout, tout le monde parle le football.

Et les hommes ?

Cette année, seule l’équipe féminine représentera la France à la Homeless World Cup. Patrick Mbonge regrette un bug informatique l’ayant empêché d’inscrire ses deux équipes pour Glasgow. Les places étant restreintes, les hommes se sont vus siffler leurs chances de jouer. Pas de panique cependant, le sélectionneur garde les pieds sur terre. « On se prépare déjà à jouer la prochaine coupe du monde », confie-t-il, sans amertume. A l’année prochaine, donc !

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