« Le talent se trouve aussi chez les jeunes des quartiers populaires »

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Lutter contre l’échec scolaire via un travail d’accompagnement dans les quartiers populaires : c’est l’ambition de Zup de Co. Depuis sa création en 2005, l’association est intervenue auprès de 1700 enfants, accompagnés tous les soirs. Pour Respect mag, François-Afif Benthanane, le directeur de la structure, a répondu à nos questions.

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer Zup de Co ?
Zup de Co a été créé pour démontrer que le talent n’a pas de domiciliation, qu’il peut aussi se trouver chez les jeunes des quartiers populaires. Pendant deux ans, j’ai regardé qui agissait sur le territoire, dans le domaine de l’entrepreneuriat, de l’éducation et de l’emploi. Il faut, à un moment donné, choisir qui aider et comment le faire. C’est à partir de là que j’ai créé Zup de Co, en me disant que j’allais travailler autour de sujets liés à l’exemplarité, qui regroupent un peu tous les domaines précités, et à l’éducation qui me semble être à la base d’une bonne partie des problématiques de précarité, de chômage et de délinquance.

En quoi consistent vos « tutorats solidaires » ?
La particularité de Zup de Co est de structurer le système de l’accompagnement scolaire avec une logique qui n’est pas de faire ce qu’on peut, mais ce qu’il faut. La problématique que je pose n’est pas liée à l’éducation nationale ou à la pédagogie, mais aux parents : peuvent-ils aider leurs enfants à faire les devoirs ? Le décrochage scolaire de ces jeunes issus des quartiers difficiles est en grande partie lié aux devoirs à domicile. Chaque année, ce sont 140 000 jeunes qui sortent du système scolaire. Le tutorat solidaire consiste à faire en sorte qu’un étudiant vienne aider le collégien dans la durée. J’y ai mis un point d’honneur.

Les parents doivent encourager et sécuriser le jeune dans son ambition

Les « tutorats solidaires » feraient donc ce que les devoirs à la maison ne feraient plus ?
Oui. Prenons un jeune qui est en difficulté, sous 10 de moyenne. Ce jeune sera la cible de ce tutorat individuel, où un étudiant l’aidera deux heures par semaine, en travaillant sur la méthode et la compréhension. Il existe aussi des sessions collectives de travail. Mais j’y tiens : il faut le faire dans la durée. Si un collégien d’un quartier populaire bénéficie d’une aide dans une association qui se débrouille bien, peut-être qu’un autre de ses camarades ne pourra pas en bénéficier, alors qu’ils fréquentent le même établissement. C’est pourquoi il est important d’agir au sein même de l’école, afin que tout le monde parte avec les mêmes chances.

Existe-t-il une discrimination inconsciente des grandes écoles à l’égard des jeunes issus de milieux difficiles ?
Je ne crois pas. Les grandes écoles sont pragmatiques. Soit vous avez le niveau, soit vous ne l’avez pas. Il suffit de regarder le nombre de jeunes qui sont diplômés. Aujourd’hui, on parle beaucoup plus de ces 4-5 % de jeunes issus d’un milieu ouvrier qui accèdent aux grandes écoles versus les 80 % d’enfants de cadres ou d’enseignants. On retrouve ici une dynamique de frein. Il suffit de regarder les enfants des quartiers populaires qui ne vont pas vers les grandes écoles parce qu’eux-mêmes vont trouver ça cher. Ils développent des freins naturels. D’autres vont plutôt dire que c’est un investissement, et non pas une perte, ou une dette. Si ma fille me dit qu’il faut payer telle somme pour entrer dans une grande école, je le considérerai comme un investissement. C’est une question de point de vue. Les parents doivent encourager et sécuriser le jeune dans son ambition.

Il faut féliciter la progression et non la performance

L’UNICEF, comme le Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves (PISA) ont respectivement publié des études qui classent la France comme faisant partie des pays qui produisent le plus d’inégalités sociales. Ces inégalités sociales mènent-elles de facto vers les inégalités scolaires ?
Je me dis que si tous les enfants faisaient leurs devoirs à l’école avant de rentrer à la maison, nous aurions une vraie égalité. La seule différence se fera par les enfants qui auront plus de motivation que les autres. Tout doit résider dans la notion de stimulation de l’effort. A partir du moment où ma fille me dit : « j’ai gagné un point sur ma note par rapport à la précédente », je trouve que c’est bien. Il faut féliciter la progression et non la performance, là est la vraie égalité sociale.

Des projets pour l’avenir ?
Avec Zup de Co, nous allons poursuivre notre collaboration avec le mouvement des Zèbres (mouvement citoyen d’initiatives positives lancé par l’écrivain Alexandre Jardin, ndlr). Nous allons aussi organiser des lectures en partenariat avec « Lire et faire lire » (une association qui intervient dans des établissements scolaires et qui veut redonner le plaisir de la lecture aux enfants, ndlr). Nous comptons développer des ateliers d’orthographe et de grammaire dans des établissements ciblés. Donnez-moi n’importe quelle personne qui fait des fautes, je peux vous assurer qu’en sept heures d’atelier il n’en fera plus aucune, avec des techniques et astuces très simples. Nous n’aurons de cesse d’insister sur l’accompagnement des élèves, avec des outils de mesure en temps réel qui nous permettront d’identifier les difficultés et les combattre.


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