« Un passage sous silence de la dimension LGBT-phobe de l’attaque d’Orlando »

défilé de la gaypride LGBT

La communauté LGBT internationale est sous le choc. Le Pulse, “the hottest gay bar in Orlando”, a subi une attaque revendiquée par l’État islamique, dans la nuit du samedi 12 au dimanche 13 juin. Omar Mateen, un Américain de 29 ans, a ouvert le feu, faisant 49 morts et 53 blessés. Un acte homophobe mais aussi la fusillade la plus meurtrière de l’histoire des États-Unis. Virginie Combe, vice-présidente de l’association SOS homophobie, revient sur la tragédie et sa dimension LGBT-phobe occultée par les politiques et les médias français.

Quelle a été votre réaction face à la tuerie d’Orlando ?Virginie Combe, vice-présidente de l'association Sos homophobie
On s’est d’abord demandé si c’était l’œuvre d’un déséquilibré qui s’était retrouvé par hasard dans ce club, non seulement festif LGBT, mais aussi avec un historique très militant. On a vite compris que c’était une cible choisie.

Cette fusillade est-elle révélatrice d’un recul dans nos sociétés ?
Les LGBT-phobies sont très ancrées dans nos sociétés. Il est devenu habituel d’être la cible d’insultes, de discriminations voire d’agressions haineuses. Jusqu’à présent, on ne pensait pas pouvoir être victime de ce genre de tuerie. On constate que ça peut être le cas…

Il y avait le tous en terrasse, nous on veut faire un tous à la Marche

Est-ce qu’Omar Mateen a brisé un sentiment de sécurité en s’attaquant à un « safe space », un endroit où habituellement on échappe aux regards désobligeants ?
Il ne faut pas que les gens prennent peur, se cachent et ne sortent plus dans les clubs LGBT. On doit continuer à être fier de ce qu’on est. N’ayons pas peur, ne restons pas enfermés chez nous ! Il y avait le « tous en terrasse », nous on veut faire un « tous à la Marche ». On appelle tout le monde à venir sur les différentes Marches des Fiertés qui ont lieu actuellement. C’est très important de rendre hommage à ces victimes, de montrer qu’on est tous unis face à la barbarie et à la haine, et qu’on veut vivre tous ensemble.

Il y a une césure aux États-Unis entre ceux qui font avancer les droits LGBT et les Américains conservateurs, qui reviennent sur les lois anti-discriminations et créent des débats controversés autour des « bathroom issues » des personnes transgenres. Est-ce qu’il y a aussi une déchirure dans la société française ?
On avait l’impression que la plupart des politiciens, même s’ils n’étaient pas forcément pour l’avancée des droits LGBT, n’étaient pas non plus contre. On voit que le mariage pour tous ne semble plus leur poser problème. Même ceux qui étaient contre disent qu’ils ne reviendront pas dessus en 2017. Mais on constate un passage sous silence de la dimension LGBT-phobe de l’attaque.

On peut craindre qu’il y ait une libération de la parole homophobe encore plus forte que la précédente

François Hollande et Nicolas Sarkozy ont parlé de « tuerie », Marine Le Pen et Alain Juppé l’ont qualifié « d’horreur », quand Jean-François Copé a évoqué une « fusillade ». Il n’y a que quelques politiques qui ont reconnu cette dimension LGBT-phobe, comme Franck Riester, qui a tweeté « l’homophobie tue ». Comment expliquez-vous cette langue de bois ?
On la constate, on la regrette mais on n’arrive pas à l’expliquer. Je ne peux pas vous dire si les politiques n’ont pas vu, n’ont pas voulu voir cette dimension LGBT-phobe ou si ils n’ont pas envie d’en parler par peur des réactions de la population. Toutes les manifestations autour des débats sur le mariage pour tous ont pu les effrayer. On a d’ailleurs constaté un déchainement de haine LGBT-phobe sur les réseaux sociaux. On peut craindre qu’il y ait une libération de la parole homophobe encore plus forte que la précédente.

Le journal Sud-Ouest est le seul à avoir titré, au lendemain de la tuerie, « un massacre homophobe lié à Daesh ». Le terme « homophobe » n’est pas apparu dans la presse française. Pour l’attentat de Charlie Hebdo, l’atteinte à la liberté d’expression a tout de suite été identifiée, tout comme l’antisémitisme après l’attaque de l’Hyper Casher. Pourquoi est-ce qu’on a du mal à nommer les victimes à Orlando ?
Et en novembre, on a tout de suite vu que c’était la jeunesse et le mode de vie occidental qui étaient visés… On s’interroge sur cette difficulté des médias, comme des politiciens, à appeler un chat un chat. Les victimes ont été précisément touchées parce qu’elles faisaient la fête dans un lieu LGBT connu. Je ne sais pas à quel point ce tueur était conscient du symbole fort qu’est le Pulse, pour la communauté d’Orlando, mais aussi pour la communauté LGBT mondiale.

On ne peut pas utiliser la peur et la haine pour obtenir des voix

François Hollande a aussi été maladroit en déclarant que la tuerie portait atteinte « à la liberté de choisir son orientation sexuelle ». Est-ce que ça vous a fait bondir d’entendre parler de « choix » ?
Ça semble être une maladresse mais cette maladresse reprend le vocabulaire de personnes assez  haineuses envers les LGBT. Non ce n’est pas un choix, on ne choisit pas qui on va aimer, on ne choisit pas de naître dans un corps qui ne correspond pas à ce qu’on ressent être.

Certains craignent une instrumentalisation de la tragédie par les partis d’extrême droite. Pensez-vous qu’il y aura des effets secondaires pour la communauté LGBT ?
On va être vigilant sur les propos qui vont être tenus dans les jours à venir, faire en sorte de rappeler à tout le monde qu’on ne peut pas utiliser la peur et la haine pour obtenir des voix. On a peur de cette instrumentalisation de la peur, qui est l’outil de certains partis… Et on craint les amalgames.


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