Du porte-à-porte pour améliorer le quotidien des habitants des quartiers populaires


Née en 2010, l’association Voisin Malin délivre aux résidents des quartiers populaires des messages utiles d’information relatifs aux projets d’aménagement d’espaces, à la santé, au développement durable, à la citoyenneté… Et ce, sur le mode du porte-à-porte via des voisins recrutés spécifiquement. Narimane Baba Aissa, chargée de développement de Voisin Malin et Baptiste Cabaret, manager du site Lille Sud nous expliquent le concept de cette association, labellisée en 2015 par le programme la France S’engage.

A partir de quel constat est née l’association ?
Narimane Baba Aissa : Nous sommes partis du constat que dans les quartiers populaires, notamment dans les quartiers prioritaires de la ville que nous ciblons, il y avait une déconnexion entre les habitants et les services proposés, mis à leur disposition, comme les cours d’alphabétisation par exemple. Le but de Voisin Malin est de reconnecter les habitants avec les structures existantes et de pouvoir recréer du dialogue.

Comment fonctionne Voisin Malin ?
Baptiste Cabaret : L’aspect innovant de Voisin Malin est qu’il repose sur les ressources de ces quartiers, c’est-à-dire sur ses habitants. Les voisins malins sont des habitants du quartier, recrutés en CDI, missionnés pour porter aux habitants des messages de la part des collectivités, bailleurs, services publics, associations… en faisant du porte-à-porte. Les messages sont divers, il peut s’agir d’informer sur la tenue d’une prochaine concertation d’habitants sur l’aménagement d’espaces extérieurs, sur le tri sélectif ou sur le dépistage du cancer du sein… c’est-à-dire sur tous les sujets qui peuvent avoir un impact et améliorer le quotidien des habitants. Avant d’aller sur le terrain, les voisins collaborent à l’élaboration du message et aux moyens mis en œuvre, en apportant leur “expertise” d’habitants. Ils étudient par exemple si le vocabulaire est compréhensible par tous ou déterminent les supports à privilégier.
Ensuite, nous remontons au commanditaire les retours des habitants collectés par les Voisins Malins, nous leur faisons part de ce qui fonctionne ou pas. Avec l’idée de faire évoluer les pratiques des acteurs institutionnels.

Comment les Voisins Malins sont-ils recrutés ?
Baptiste Cabaret : Nous ne diffusons pas d’offres d’emploi mais nous passons par les acteurs pivots des quartiers, des acteurs de centres sociaux, d’associations, d’écoles, de mairies, qui travaillent déjà avec les habitants. Sur la base de cette suggestion d’habitants repérés, nous sélectionnons ceux qui ont envie de s’investir, d’aller vers les autres, et qui veulent apporter quelque chose de positif à leur quartier. Nous sommes attentifs à ce que ces profils soient divers au niveau de l’âge, du sexe, de la langue parlée, de l’origine culturelle pour aussi faciliter le contact avec les habitants.

Notre objectif est de revitaliser, dans les cinq ou six ans, 20% de la population des quartiers prioritaires

Selon quel modèle fonctionne Voisin Malin ?
Narimane Baba Aissa : Voisin Malin repose sur un modèle hybride. Aujourd’hui, un tiers de notre budget provient de la rémunération de l’activité de porte à porte. C’est par ce biais que nous essayons de pérenniser Voisin Malin de sorte que chacun des sites soit de plus en plus indépendant. Les deux autres tiers viennent de subventions publiques et privées. La ration subventions/rémunération des services devrait s’inverser d’ici à 5 ans.

Quels sont les premiers résultats observés ?
Narimane Baba Aissa : Mais déjà nous constatons que les habitants se rendent plus aux réunions de concertation par exemple. Du côté des Voisins Malins, nous observons une évolution positive dans leur prise de parole, dans leur confiance en eux. Des études d’impact sont en cours notamment pour mesurer l’empowerment de ces voisins.
Baptiste Cabaret : Le taux d’ouverture des portes, au passage des voisins, atteint 80%. Ce qui est un taux de contact extrêmement élevé par rapport à d’autres types de communication et de médiation. Depuis le lancement de Voisin Malin, nous avons rencontré 20 000 familles.

Que représente aujourd’hui, le réseau Voisin Malin ?
Narimane Baba Aissa: Aujourd’hui, Voisin Malin ce sont huit sites en région parisienne et un à Lille. Nous avons des perspectives de développement dans les six grandes aires urbaines françaises, à Bordeaux, Toulouse, Paris, dans le Grand Ouest et le Grand Est. Notre objectif est de revitaliser, dans les cinq ou six ans, 20% de la population des quartiers prioritaires. C’est-à-dire être présent sur vingt villes, dans une trentaine de quartiers environ. Nous prévoyons ainsi de toucher 500 000 habitants.


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