Réfugiés, exilés : une association leur ouvre ses portes

Réfugiés - Crédit Armend Nimani
Crédit : AFP / Armend Nimani

Au 21ème siècle, le nombre de réfugiés et exilés est en constante progression. Par centaines de milliers, femmes, hommes et enfants tentent de s’échapper d’un quotidien sous les bombes. La France se dit prête à assumer, en partie, son rôle de terre d’accueil. Mais sur le terrain, les choses se révèlent un peu plus compliquées. Respect mag fait le point.

L’année dernière, le président François Hollande s’était engagé à accueillir 30 000 réfugiés, dans le cadre du « plan de relocalisation européen », acté par l’Union Européenne. Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous sommes loin du compte : depuis cet engagement, la France a vu arriver un peu plus de 150 Syriens dans le cadre de ce dispositif. Dans une interview accordée au journal Libération, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve avait justifié ce chiffre par « l’imperfection » des dispositifs d’accueil de réfugiés en France.

Et pourtant, loin des programmes et autres discours étatiques, JRS (Jesuit Refugee Service) accueille et accompagne depuis 10 ans des personnes exilées ou réfugiées en leur trouvant, via le « programme Welcome in France », une famille d’accueil, le temps de leur intégration définitive. Marcela Villalobos, coordinatrice de l’organisation, part d’un constat simple : « Quand le projet Welcome in France est né en 2009, nous constations que les demandeurs d’asile étaient à la rue. Ils n’avaient aucun accès à un relogement digne, pérenne et durable. Il n’y avait pas de réelle prise en charge dans une structure d’accueil par l’État. Nous sommes nés comme une réponse à ces besoins. Notre objectif est de proposer une expérience d’hospitalité, non pas un hébergement, qui est plutôt du ressort de l’État. Nous ne pouvons pas nous substituer à lui. »

L’État, justement, Louis Bastin lui en veut. « Je voulais accueillir des réfugiés bien avant la crise des migrants, explique ce réalisateur de documentaires, le service jésuite des réfugiés, via son dispositif d’hospitalité et de mise en relation de particuliers et réfugiés, très enrichissant par ailleurs, m’a semblé être l’expérience la plus utile ». Il a beaucoup apprécié l’expérience que le Service lui a proposée : « Avec Kubra, une jeune afghane accueillie quelques temps, ça s’est super bien passé. On avait des discussions interminables, elle m’a beaucoup apporté en termes d’expérience humaine. Kubra est très courageuse, il faut savoir que cette femme fait l’objet d’une fatwa en Afghanistan… »

Kubra, entre l’Afghanistan et la France 

Jeune artiste afghane, Kubra s’est révélée à la face du monde en 2015, pour ses performances artistiques en Afghanistan, à l’occasion de la journée de la lutte des droits des femmes. La jeune femme a déambulé dans les rues de Kaboul, vêtue d’une armure en fer aux formes féminines, pour dénoncer le harcèlement dont font l’objet les femmes dans cette contrée qui est la plus dangereuse du globe pour elles, selon une étude menée par la fondation Thomson Reuters et l’agence de presse du même nom. Durant cette prestation, les choses se sont très vite envenimées pour Kubra qui a dû fuir la rue où elle marchait, protégée par des amis, qui ont rapidement réussi à l’extirper de cette situation mortifère.

Voulant donner un élan supplémentaire à sa création et faire connaître au plus grand nombre son engagement, Kubra est partie d’Afghanistan pour venir en France. « Je n’ai pas choisi de quitter mon pays pour des problèmes liés à ma sécurité. J’ai été invitée à venir en France pour présenter une œuvre, et depuis j’ai continué à travailler ici », explique-t-elle. La famille de Kubra a dû fuir l’Afghanistan pour le Pakistan afin d’échapper à la dictature imposée par le régime dans les années 70 : « Quelque chose m’a manqué durant mon enfance, j’étais uniquement vue comme une réfugiée au Pakistan, ne pouvant pas m’intégrer à la société civile, en dépit de mes compétences en dessin notamment. J’étais frustrée de savoir que l’Afghanistan ne connaîtrait sans doute jamais la paix, c’est ce qui m’a poussé en 2008 à y retourner ». C’est la Maison des journalistes qui a redirigé Kubra vers le Service Jésuite des Réfugiés.

Une expérience plaisante, agréable pour Louis Bastin, vite nuancée par un constat amer au sujet de la politique d’asile de la France : « Je suis ulcéré, révolté… Je suis attentif à la politique d’asile menée par l’État français, quasi-inexistante. Je constate une évolution qui n’est pas souhaitable. Regardez ce qu’il se passe à Stalingrad (19ème arrondissement de Paris) comme la police fond sur ces réfugiés en détruisant tout ce qui leur appartient. A Calais, les migrants sont entassés sans eau courante, sans douche…»

Kubra nous a fait part du plaisir qu’elle a eu d’avoir été prise en charge par l’organisation. Une belle façon de voir que, loin des sphères politiques et des décisions communautaires, les réfugiés en France sauront où chercher pour être accueillis, mais aussi à qui parler.


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