Démos : quand les jeunes de quartiers donnent des concerts philharmoniques

Bertrand Gaudillère

A Paris, la Philharmonie de Paris accueille des enfants issus de quartiers dits difficiles pour qu’ils se familiarisent avec la musique classique. But du jeu : favoriser la démocratisation culturelle et l’égalité des chances. Et, en ligne de mire : des concerts, en fin d’année, partout en France.

Il est bientôt midi et plusieurs dizaines d’enfants se ruent dans une grande pièce de la Philharmonie de Paris, dans le nord de Paris. C’est l’heure de la pause-déjeuner, après une matinée bien studieuse. Chacun sort son casse-croûte en compagnie de musiciens, danseurs, chefs de chœur et travailleurs sociaux. Un peu de détente, en somme, avant de reprendre les répétitions pour le concert de musique classique, prévu en fin d’année.

Tel est l’objectif du dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale (Démos). Proposer un apprentissage de la musique classique à des enfants âgés de 7 à 12 ans et former, ainsi, des orchestres avec des petits originaires de quartiers difficiles. Démos, lancé en 2010 en Île-de-France, était au départ porté par l’Association de prévention du site de la Villette. Il s’étend désormais sur tout le territoire français.

« Personne ne doit être exclu »

Démos, coordonné dorénavant par la Cité de la musique, ne s’occupe pas du recrutement : la sélection est à la charge des structures sociales, réparties sur tout le territoire. Les travailleurs sociaux recherchent des jeunes motivés qui n’ont pas l’habitude de jouer ce type de musique. Et peu importe leur origine sociale. D’ailleurs, voilà tout l’intérêt du projet : « Nous ne mettons pas d’étiquette, explique Pauline Lamy, chargée de développement social. L’idée n’est pas de pointer du doigt tel ou tel profil. Chacun peut se rencontrer durant les séances de répétition. »

Et elles sont nombreuses : les enfants se retrouvent deux fois par semaine, sans compter les stages en vacances scolaires, durant deux jours. Les mineurs cohabitent avec les adultes, tant musiciens que référents sociaux. « Ma mission est de faire en sorte que chacun ait bien un rôle au sein du groupe, que personne ne soit exclu pour une raison ou une autre », explique Pauline Lamy, à la manœuvre pour éviter tout souci au sein de ce collectif, uni pour préparer le concert.

« Un trésor dans leurs mains »

Certains enfants ont des problèmes de concentration ou se dévalorisent car ils apprennent par exemple moins vite que les copains. « A ce moment-là, le musicien ou le travailleur social doit s’adapter – et pas l’inverse – afin de trouver une solution », explique-t-elle.

C’est justement l’une des principales difficultés : l’enfant a presque plus de mal à avoir confiance en lui que de se familiariser avec un violoncelle ou une flûte : « Quand un jeune a un instrument de musique dans ses mains, on dirait qu’il tient un trésor », sourit Pauline Lamy.

Tous doivent répéter en harmonie et s’épanouir… pour qu’au final, on perçoive les apprentis autrement. Notamment leurs instituteurs qui les voient peut-être comme des éléments perturbateurs dans leur classe. « Si certains se produisent lors d’un concert de fin d’année, dans leur structure sociale, les professeurs, invités à l’occasion, auront une autre image de leurs élèves. Leur regard pourra évoluer. On les valorise et on leur donne l’occasion de se présenter différemment. »

« Les différences sont laissées de côté »

Pauline Lamy pense en outre que c’est un projet enrichissant pour les accompagnateurs. Le fait d’ «ouvrir des portes », de « déstigmatiser » permet des rencontres… insoupçonnées. « Des enfants des quartiers difficiles se rendent dans des lieux prestigieux, comme la philharmonie. Des musiciens sortent de leur routine professionnelle… L’apprentissage de la musique nous rassemble. Durant les répétitions, les différences sont laissées de côté. »

Alors, Démos, engagé pour le bien vivre ensemble ? « Cette formulation comporte une part d’ambiguïté, explique Gilles Delebarre, responsable du projet Démos, car elle sous-entend qu’il y a des personnes qui ne vivent pas ensemble, et qu’il y a des frontières entre tous. Je préfère le terme de lien social que nous tentons de renforcer, autant que l’égalité des chances et la démocratisation de l’accès artistique. »

Six ans après le démarrage, peut-on parler de succès ?  Certains enfants, qui rencontrent trop de difficultés, abandonnent en cours de route. « Nous ne sommes pas des magiciens », glisse Pauline Lamy. Or, après la fin des deux premiers cycles (2010-2012, 2012-2014), que constate-elle ? « 50 % des enfants ont continué la musique en conservatoire », dit-elle.

Le repas se termine ; les enfants vont reprendre les répétitions. Et il y a encore du travail…

Les chiffres clés en 2016

- Démos regroupe près de 900 enfants dont 600 en Île-de-France et 300 dans les régions.
- Le programme a mis en place 9 orchestres dont 6 en région francilienne.


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