À Saint-Denis, des logements durables pour les gens du voyage

© Héloïse Leussier

Le logement social se réinvente. Dans le 93, une communauté de gens du voyage vient de s’installer dans des logements en bois. Ce projet, porté par la société coopérative d’intérêt collectif (Scic) Habitats Solidaires, permet d’allier sédentarisation et préservation des modes de vie.

Sur un petit terrain clôturé, entre le campus de l’université Paris 8 et les barres d’immeuble de la cité Guynemer, une troupe d’enfants joue au pied d’un cercle de caravanes et petites maisons en bois. Une radio émet un son animé, deux petits chiens aboient joyeusement. Les petites têtes brunes se précipitent auprès de leurs grands-parents, Nicolas et Janine, pour réclamer en sautillant « les clés des boîtes aux lettres ! ». Recueillir le courrier est le jeu favori de ces enfants depuis que le 8 rue Guynemer est devenu officiellement leur adresse, en octobre 2015. « Maintenant, on a chacun notre boîte, avant on n’en avait qu’une seule », explique, l’oeil rieur Nicolas, l’un des «anciens» des sept familles de gens du voyage qui viennent de s’installer ici.

Leur présence sur le terrain n’est pourtant pas nouvelle. « Nos ancêtres vivaient ici il y a déjà 40 ans », dit-il. Mais il y a quelques années, le Conseil général de Seine-Saint-Denis, propriétaire du terrain, a souhaité y implanter des aménagements sportifs et un bassin de rétention. Le département a alors émis l’idée de réserver une partie de l’esplanade à la communauté des gens du voyage, avec un projet adapté à leur mode de vie.

Un projet soutenu localement

« On nous avait proposé d’aller en HLM, mais on ne veut pas. On ne peut pas vivre en immeuble nous, on a besoin de nos caravanes. Chaque année, à partir du mois de mai, nous partons sur les routes pour les rassemblements évangélistes dans le Sud de la France », explique Janine, cheveux argentés et accent chantant dans la voix. Le projet s’est donc orienté vers une installation associant logements en dur et espaces pour camping-cars. Dans le quartier, la présence de ces familles est parfaitement acceptée et l’idée n’a gêné personne, bien au contraire. « Les gens nous connaissent, les enfants ont toujours été scolarisés à côté. Dans les années 90, quand on a failli être expulsés, toute la cité était avec nous », raconte Nicolas, pointant fièrement du doigt les immeubles environnants.

La mise en place de cette belle idée aura pris plusieurs années. « Au départ, le projet était mené par un autre bailleur social qui a abandonné. C’est alors que le Conseil général nous a proposé de reprendre le projet », explique Jean- Baptiste Resson, chargé d’opérations pour Habitats Solidaires. Cette Scic francilienne a été créée il y a douze ans par quatre associations impliquées dans le mal-logement et le vivre-ensemble (Pour loger, Solidarités nouvelles pour le logement, Bail pour tous et Médiation sociale immobilière). Sa vocation est d’améliorer les conditions d’insertion, « dans et par l’habitat », de familles exclues de l’accès au logement pour des raisons économiques et sociales.

Une conception participative

Gibson et son fils, deux résidents du 8 rue Guynemer à Saint-Denis
Gibson et son fils, deux résidents du 8 rue Guynemer à Saint-Denis

Les travaux avaient commencé avec l’entreprise d’insertion Emmaüs bâtisseurs, mais la liquidation de l’entreprise en 2014 a obligé Habitats Solidaires à interrompre le chantier, faire appel à des structures plus classiques et revoir son budget. Le projet a tout de même pu se faire en concertation avec les habitants, qui ont participé au chantier. Les maisons en bois avec isolation thermique ont été imaginées par l’architecte Jérôme Laplane. L’architecte Caroline Cazor a pour sa part travaillé sur la conception. « Elle nous montrait des maquettes, on lui disait si ça nous plaisait », se souvient Janine. « On l’aimait bien Caroline, c’est dommage, maintenant on ne va plus la voir ».

Les familles bénéficient d’un prêt locatif aidé d’intégration (PLAI) et paient un loyer au bailleur social Habitats Solidaires, propriétaire du terrain pour 10 ans. Elles sont par ailleurs accompagnées par une assistante sociale qui leur rend visite chaque semaine. Nicolas et Janine reçoivent dans leur T2 avec plaisir. Dans leur pièce à vivre au carrelage brillant, trônent une cuisine équipée impeccable, un canapé, une télévision, une table et quatre chaises encore protégées par leur emballage plastique. « La propreté c’est très important chez les gens du voyage », souligne Janine. Dans la salle de bain, ils viennent d’installer une machine à laver. « C’est plus simple que dans une caravane », pointe Nicolas.

En face de la maison de Nicolas et Janine, leur fils, Jim, vit avec sa femme et les trois plus jeunes de leurs cinq enfants, dans une maison avec étage. Il est encore en train de s’occuper de l’ameublement, mais une enceinte et un micro ont déjà été installés au milieu d’un grand salon aux rideaux rouges. « On aime chanter quelques fois », glisse-t-il. À l’extérieur, le long d’une allée longeant les installations, Nicolas a planté des arbres fruitiers. « Des pommiers, des pêchers, et même des vignes », détaille-t-il. Le petit village est impatient de voir éclore les premières fleurs à l’arrivée du printemps. « Il ne reste plus qu’à nous trouver un
nom ! », sourit Nicolas.

Les chiffres-clés de l'association
Habitats solidaires

  • Effectif : 8 personnes permanentes
  • Logements gérés : 119 logements dont 107 en droits réels
  • Logements en cours de construction : 34 logements


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