Les Abilympics : une compétition de métiers pour les personnes handicapées

Julien, handicap à mobilité réduite et mal-voyant travaille le 13 novembre 2008, au conseil régional de Basse-Normandie à Caen. AFP PHOTO / MYCHELE DANIAU
© AFP Photo / Mychele Daniau

Roger Noël explique à Respect Mag ce que sont les 9èmes Abilympics, compétition internationale organisée à Bordeaux, et pour la première fois en France, les 25 et 26 mars 2016. Pour le président de la branche française, ces jeux paralympiques des métiers prouvent que tout le monde peut s’investir dans un métier.

Qu’est-ce que les Abilympics ?
Les Abilympics sont pour les métiers ce que sont les jeux paralympiques dans le sport ! Ce sont les championnats du monde des personnes handicapées. C’est une véritable compétition sur 49 métiers, et on va désigner le meilleur, celui qui va avoir la médaille d’or, la médaille d’argent et la médaille de bronze. Donc c’est une compétition de métiers.

Comment définissez-vous ces métiers ?
Les métiers sont définis en plusieurs pôles : le pôle automobile, industrie, service, l’artisanat ou encore le pôle TIC (technologies de l’information et la communication)… Il y a plusieurs métiers identifiés. Par exemple, on a les coiffeurs, les soudeurs, les bijoutiers… Il y a 550 candidats qui viendront du monde entier pour concourir sur ces métiers. Ce sont toutes des personnes handicapées.

Chaque personne possède des talents. Encore faut-il qu’elle puisse les mettre en avant

Est-ce que certains métiers ont été ajoutés au fur et à mesure des compétitions ?
Oui, tout à fait. Nous en sommes aux 9èmes Abilympics. C’est la première fois que la France accueille cette compétition. Par exemple, à Séoul, c’est une compétition qui a lieu tous les quatre ans. Il y avait 450 représentants et environ 30 métiers. On a ajouté presque 20 métiers et il y a plus de 20% de candidats supplémentaires.

Comment est née cette compétition ?
Elle est née en 1976. L’ONU décidait alors que l’année 1981 serait celle des personnes handicapées, et c’est à la suite de cette déclaration, que le Japon initiait la création des Abilympics et les mettait en place pour la première fois, en 1981. Après cette date, quasiment tous les quatre ans, d’autres pays ont pris en charge et organisé cette compétition. La France l’a découverte aussi au Japon, lors des 7èmes Abilympics, en 2007. En 2011, à Séoul, nous avons envoyé pour la première fois huit personnes handicapées.

Aujourd’hui, quel est le message véhiculé par les Abilympics ?
C’est important de faire venir beaucoup de pays du monde pour montrer que les personnes handicapées ont des compétences comme tout le monde. Notre slogan, celui que nous avons retenu pour cette édition, est « une personne, un talent, un métier ». Chaque personne possède des talents. Encore faut-il qu’elle puisse les mettre en avant. Alors sur le plan professionnel, il faut suivre une formation mais je veux montrer que la passion et le talent peuvent aboutir à un métier. C’est changer de regard sur le monde du handicap et montrer que les personnes handicapées peuvent s’insérer dans la vie professionnelle comme tout le monde.

Combien de nationalités seront présentes ?
On devrait réunir 35 nationalités, de tous les continents. Après, l’Amérique du Sud n’est pas très bien représentée mais autrement, nous comptons l’Australie, l’Asie, les pays européens, l’Afrique, l’Amérique du nord…

En France, la population de personnes handicapées en capacité d’intégrer un poste de travail est deux fois supérieur à la moyenne du chômage actuel

Quelle est l’importance d’un tel événement pour la France ?
Bon d’abord, les Abilympics ne sont pas connus, mais progressivement nous avons d’importants partenaires auprès du monde du handicap et des entreprises, comme le Crédit Agricole ou les Entreprises du médicament, qui se sont associés et vont porter le message de l’intégration des personnes handicapées dans les entreprises.
Le ministère de l’Emploi et le secrétaire d’État aux personnes handicapées sont à l’origine de la création d’Abilympics France, et portent cet événement. Ils seront donc aussi présents à cette manifestation.

Que peut-on dire de l’insertion professionnelle des personnes handicapées en France, comparée à d’autres pays ?
Il faut bien savoir que la législation pour les personnes handicapées n’est pas la même dans tous les pays. Elle peut être facilitante, parfois c’est un peu plus compliqué. En France, la population de personnes handicapées en capacité d’intégrer un poste de travail, que ce soit la nature ou le niveau du poste dans les entreprises, est deux fois supérieur à la moyenne du chômage actuel. Nous sommes à 20% de personnes handicapées inscrites à Pôle Emploi.
La première nécessité est de montrer qu’une personne handicapée peut travailler comme tout le monde. Par exemple, nous avons obtenu à Séoul, il y a quatre ans, une médaille de bronze en web design. Ce candidat est tétraplégique. Depuis, il a monté sa propre entreprise et conçoit des sites internet pour le privé.
Je n’ai pas beaucoup de comparaisons avec les pays asiatiques, mais ces derniers ont largement développé la formation des personnes handicapées. Par exemple, à Séoul, j’ai appris que Samsung avait créé une entreprise devant son siège qui fabriquait des produits de la marque, comprenant 180 personnes handicapées sur ses 250 salariés.En France, on voit qu’on a encore beaucoup de choses à faire même s’il y a plus d’offres adaptées.

 

Un petit aperçu de la préparation de l’équipe de France des Abilympics (vidéo ci-dessous):


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