“S’engager dans les quartiers” : des solutions pour faire bouger les lignes

crédit photo : One, Two, Three... Rap !
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Entre bricolage, insertion à l’emploi et cours d’anglais à la sauce hip-hop, ils s’engagent au quotidien pour leurs quartiers. Ces associations font partie des candidats au concours « S’engager dans les quartiers ». Respect mag a choisi de mettre en lumière trois des finalistes.

« One », « tou », « tri », « four »*… En plein goûter chocolaté, les apprentis anglophones reprennent les chiffres au début de leur atelier. Ils sont une dizaine de jeunes, entre 5 et 17 ans, à suivre cette initiative lancée par une maison de quartier d’Ivry-sur-Seine. La semaine de vacances de février s’annonce studieuse mais pas seulement ! « On s’adapte un peu » prévient Ael, l’animateur principal. « En général, on a des jeunes plutôt niveau collège et lycée ». Il improvise un peu, mais aborde vite le sujet du hip-hop.

Do You Speak Hip Hop?

Cet atelier fait partie des activités de l’association « One, Two, Three… Rap ! ». Créé en septembre 2012, son objectif est simple : apprendre l’anglais par la culture rap et hip-hop américaine. Une manière actuelle et ludique d’accéder à la langue de Shakespeare version Jay-z. Avec ses apprentis, Ael explique les bases. Le MC, le beat box, les DJ, la danse et le graffiti prennent la place, avec pour toile de fond, le clip du titre « Juicy » de Notorious Big.

L’idée est venue de Nastasia Tennant et une amie, Audrey. « Elle a vécu aux États-Unis et est bilingue », se souvient Nastasia. « Moi, de mon côté, j’ai toujours été passionnée de hip-hop, j’y ai même consacré mon mémoire… Mais mon niveau était juste déplorable en anglais ! [Rires]. Du coup, Audrey m’a proposé de lier nos deux passions et on s’est dit qu’il y avait certainement pas mal de petits Français avec de grosses lacunes en anglais. On a décidé de créer une pédagogie autour de ça. Atte, un ami bilingue et rappeur, nous a dit que ça l’intéressait de donner des cours ». De fil en aiguille, l’association s’est développée avec pour première base, l’équipe de football américain de la Courneuve – où Audrey était la seule joueuse – avant de s’exporter dans des collèges, des lycées et associations du 18ème arrondissement.

Pour l’entraide au quotidien


Clip réalisé par l’association dans le cadre de son projet de fin d’année. Réalisation: Farès B.M. et Juliette Sinet

Une bonne alternative pour les profs, et l’occasion de développer d’autres activités pour l’association. Aujourd’hui, elle propose des sorties culturelles – comme l’exposition « Hip-hop : du Bronx aux rues arabes » –, de gros projets de fin d’année comme enregistrer un CD, faire un voyage ou un Mooc (paru l’année dernière, en partenariat avec l’ambassade américaine). Un développement qui l’a poussée à s’inscrire au concours « S’engager dans les quartiers », aux côtés d’autres initiatives citoyennes.

L’une d’entre elles est le projet « Habiter » à Stains, au sein de la cité de Clos Saint-Lazare. Développé depuis trois ans par l’association Franciade, « l’objectif est de créer un système de chantiers d’entraide d’appartement en appartement », explique Carine Tontini. « On va aider les habitants chez eux avec un animateur technique et des voisins qui ont à peu près les mêmes problèmes ». Une initiative concernant particulièrement les femmes, puisqu’elles constituent 80% des participants. Globalement, ce sont des familles monoparentales, plutôt isolées ou avec enfants donc sans forcément de famille directe, d’époux ou de conjoint. Ce qui pose de réels problèmes sur la rénovation, l’entretien du logement ou encore sa décoration. Pour Carine, « sur trois ans, on peut vraiment voir un gain d’autonomie, d’indépendance et de réassurance ».

« La rénovation urbaine est porteuse »

Donner de l’assurance à l’individu et à un quartier, c’est aussi le but à atteindre pour « le Cloître ». Situé dans les quartiers nord de Marseille, le projet mise sur la réinsertion professionnelle et l’apprentissage à partir d’un lieu rénové. Pour un de ses responsables, Arnaud Mispolet, le Cloitre, c’est « un endroit où les jeunes des quartiers peuvent avoir de l’information, de l’insertion aux métiers de la restauration, de l’hôtellerie, ou encore de la petite enfance mais aussi aux métiers innovants comme l’agriculture durable ».

Sur cette dernière question, des chantiers participatifs devraient être lancés dès cet été. Au programme : un projet de compost, un poulailler et mettre certaines cultures en maraîchage. S’il fallait une phrase pour résumer ces projets et ce concours, c’est bien de sa chef de projet, Frédérique Le Monnier. Pour elle, c’est montrer que « la rénovation urbaine est aussi porteuse d’une dynamique au sein des quartiers et peut contribuer à créer du lien social, du développement local, et tout ça, à partir des projets des habitants de ces quartiers ».

Un concours, 109 candidats et 12 finalistes
Organisée par la FACE (Fondation Agir Contre l’Exclusion) et l’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine), cette édition 2015 a retenu douze nominés sur 109 candidatures dans quatre catégories distinctes : l’ « innovation sociale », la « création d’activité et le développement économique », l’ « insertion professionnelle » et la « vie quotidienne et le lien social ». En plus d’un prix de 10 000 euros pour chaque gagnant d’une catégorie, les lauréats sont suivis par des parrains (notamment Engie et Vinci).

* les chiffres ont été écrits comme ils ont été prononcés


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